Irak : vers la guerre civile entre chiites et sunnites ?

le 23 février 2006 à 11h06 , mis à jour le 24 février 2006 à 16h29

Au lendemain de l'attentat contre le mausolée chiite de Samarra, les affrontements entre chiites et sunnites se multiplient dans tout le pays malgré les appels au calme. La principale liste sunnite se met en retrait des négociations pour la formation du gouvernement irakien. Un couvre-feu est imposé vendredi jusqu'à 16 heures à Bagdad et dans trois autres provinces.

irak manif chiite

Le spectre de la guerre civile, crainte par les dirigeants du pays et la communauté internationale, se fait de plus en pressant en Irak depuis mercredi. Les affrontements et attentats se multiplient en effet partout dans le pays entre chiites et sunnites. Et la principale liste sunnite, le Front de la Concorde, a annoncé qu'elle suspendait sa participation aux négociations pour la formation du gouvernement irakien.

Au moins 130 personnes - et sans doute plus - ont péri dans des violences confessionnelles sans précédent. A Bagdad, au moins 80 corps de personnes tuées par balles ont été transportés à la morgue alors que 47 ouvriers sunnites et chiites d'une briquetterie, ont été abattus à l'est de la capitale par des hommes armés.

Zarqaoui ?

Point de départ de cette flambée de violences : l'attentat commis mercredi matin contre le mausolée chiite de Samarra, ville à majorité sunnite située au nord de Bagdad. Même si l'action n'a pas encore été revendiquée, elle porte pour de nombreux observateurs la marque du groupe Zarqaoui, le chef de la nébuleuse Al Qaïda en Irak.

L'objectif : déclencher des affrontements entre chiites et sunnites et saboter la création du nouveau gouvernement. Le premier objectif semble atteint puisque les représailles ont débuté dès mercredi après-midi avec une trentaine d'attaques contre des mosquées sunnites. Des dizaines de milliers de chiites ont également manifesté en criant "vengeance". Le deuxième objectif semble aussi en passe d'être atteint avec l'annonce du Front de la Concorde...

La communauté internationale, Etats-Unis en tête, a unanimement condamné cette attaque et mis en garde contre un embrasement général dans le pays, où le scénario de guerre civile inquiète depuis des mois les experts à Washington. Les forces de sécurité ont été placées en état d'alerte maximum en Irak où 150.000 soldats américains déployés. Un couvre-feu renforcé a été imposé à Bagdad et dans les régions situées au nord de la capitale où se trouve Samarra.

Sommet

Pour l'instant, les appels au calme lancés par la plupart des dignitaires religieux des deux confessions et des responsables politiques se sont révélés inefficaces. Pour trouver une solution, le président Djalal Talabani -un sunnite laïc d'origine kurde- les a convoqués à un sommet. Un sommet qui n'aura sûrement servi à rien puisqu'il était boycotté par les principaux partis sunnites.

Djalal Talabani a néanmoins tiré la sonnette d'alarme sur les risques d'un embrasement généralisé. "Eteindre le feu de la sédition est un devoir sacré et passe par l'unité nationale", a-t-il notamment déclaré.

Couvre-feu

Un couvre-feu a été imposé vendredi durant la journée jusqu'à 16H00, heure locale, à Bagdad ainsi que dans trois autres provinces, selon un communiqué du bureau du Premier ministre Ibrahim Jaafari. Il est interdit de circuler jusqu'à 16H00. La mesure est appliquée à Bagdad ainsi que dans les provinces de Diyala, Babylone et Salaheddine, où se trouve Samarra, où un lieu saint chiite a été dynamité mercredi. Des barrages ont été mis en place pour empêcher tout déplacement entre les différents quartiers de la ville.


 (photo : manifestation de chiites)

le 23 février 2006 à 11:06
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7 Commentaires

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  • murielnajia, le 21/01/2010 à 10h03

    Bonjour à tous je trouve que ce texte écrit simplement et avec du bon sens et des connaissances répond bien à la question. "Irak : chiites/sunnites, le piège américain Tous les jours des dizaines de civils irakiens sont tués dans des mosquées, dans des marchés ou dans la rue. Tant qu'il s'agissait de candidats policiers, la main de la résistance était claire, mais s'agissant de civils, le spectre de la guerre civile inter communautaire plane sur l'Irak. Est-il voulu ou crée par les américains? Islamisme et frères musulmans En 1979, quand la révolution a amené le régime islamique en Iran puis en Septembre 1980, quand la guerre Irak/Iran a éclaté, les médias occidentaux brandissaient à tous les pays arabes la menace de contagion de ce régime. Tous les pays arabes étaient obligés de s'expliquer et de se justifier par rapport à l'Islam. Etant eux-mêmes musulmans, ils n'avaient en réalité rien à craindre d'un régime islamique, mais ils avaient besoin d'un retour aux sources et fondements de l'Islam pour contrer « les islamistes »; le mot était nouveau : on les appelait « les frères musulmans », made in Egypt. Au Maroc, on commençait à entendre vaguement parler de partis politiques issus des frères musulmans, même si la plupart, sinon tous, étaient clandestins. On commençait à voir apparaitre « le voile » et « la barbe ». Tous les pays musulmans ont connu une ferveur religieuse, la plupart du temps encouragée et canalisée par le pouvoir politique vers l'aspect rituel en mettant l'accent sur les différents courants religieux. Mais le fondamentalisme était recherché pour contrer une éventuelle contagion de la révolution islamique sur le plan politique. Jamais tout au long des années 80 et 90, on n'a soulevé un problème chiite / sunnite. Le problème au Maroc était davantage relatif à la propagation incontrôlée du rite wahhabite saoudien alors que le rite malékite était celui en vigueur depuis l'an 786 à l'arrivée de Moulay Idriss I dans la ville romaine de Volubilis. Peu de gens au Maroc savaient que l'Islam iranien était chiite et peu de gens savaient ce que « chiite » voulaient dire. Même ceux qui étaient plongés dans les racines de l'histoire musulmane ignoraient que les sunnites et les chiites étaient « ennemis » les uns des autres. Il a fallu que les Etats-Unis envahissent l'Irak en Janvier 2003 et que cette invasion illégale entreprise sous les motifs trompeurs de détention par l'Irak d'armes de destruction massive (ADM) et de « démocratisation du Grand Moyen Orient » entraine la mise en place d'un nouveau gouvernement pour que l'on se rende compte qu'il y a un problème de rivalité religieuse entre sunnites, chiites et kurdes pouvant déboucher sur une guerre civile... " lire la suite: http://robocup555.blogs.nouvelobs.com/archive/2007/02/05/irak-chiites-sunnites-le-piege-americain.html.

  • Feawing, le 23/02/2006 à 13h30

    Difficile de ne pas voir la main d' Ahmadinejad derrière tout ça, non?

  • Toto, le 23/02/2006 à 12h39

    C'est dégueulasse de détruire un lieu saint d'une si grande beauté... L'homme réagis violament à la violence; c'est sans fin tant qu'il n'y aura pas de chef du pays avec une rélle autorité. Peut-être que finalement ces peuples sont plus fait pour vivre en dictature ?

  • Pierre, le 23/02/2006 à 12h12

    Finalement saddam était le seul garant de l'unité d'un pays morcelé en trois communautés qui se haissent (chiites, sunnites et kurdes). C'est sans doute ce que n'ont pas voulu comprendre des américains bien trop optimistes ... De la à leur imputer toutes les responsabilités dans les massacres interethniques qui se déroulent en Irak depuis la chute du régime saddamite, il y a un pas ! Y'aura-t-il un journaliste assez courageux pour expliquer cela en détail aux anti-américains primaires qui se déchainent régulièrement ici ?

  • Le triste, le 23/02/2006 à 12h10

    Pauvre IRAK,c'est parti pour 50 ans de guerre...pour revenir à la pré-histoire! à qui le tour..la syrie je pense! merci aux défenseurs de la liberté, les américains et autres!!

  • Samuel, le 23/02/2006 à 11h56

    Bravo la démocratie à l'Américaine..!!!

  • Justice, le 23/02/2006 à 11h34

    A l'epoque de Saddam, jamais de telles choses n'auraient ete possibles...Un conseil Bush : Plutot que juger Saddam, demande lui conseil. En tout cas, merci d'avoir liberé le petrole, et d'avoir instauré la paix le calme, et surtout la "dignité" humaine telle que celle d'Abu Grahib".

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