
A peine installé dans la salle d'audience du tribunal fédéral d'Alexandrie (Virginie, près de Washington) où environ 120 jurés potentiels attendaient que la juge Leonie Brinkema leur présente l'affaire et leur fasse remplir un questionnaire, Zacarias Moussaoui, combinaison verte de prisonnier, barbe et cheveux longs, s'est levé. "Je veux être entendu !", a-t-il lancé. "Ces gens ne me représentent pas" a dit le Français en montrant ses avocats. "M. Moussaoui, asseyez-vous. Le moment n'est pas venu pour vous de vous exprimer", lui a répondu la juge. Mais Moussaoui n'a pas obtempéré. "J'ai dit depuis quatre ans... que je ne veux pas être représenté par Zerkin, MacMahon, Yamamoto et Duhnam (avocats de la défense, ndlr)". La magistrate a ensuite ordonné qu'il soit expulsé du tribunal. "Je ne veux pas qu'ils me représentent. Je suis Al-Qaïda. Ils sont américains. Ce sont mes ennemis. Ceci est un cirque judiciaire", a-t-il cependant encore asséné, d'une voix forte, mais calme et déterminée.
Cet incident s'est reproduit à chacune des trois autres audiences où la juge recevait des jurés potentiels, convoqués pour remplir des questionnaires sur leur profil. Moussaoui, 37 ans, refuse depuis plusieurs mois de communiquer avec ses avocats, qu'il a parfois accusés de "comploter" contre lui en dépit de leurs efforts pour le défendre. Le Français comparaissait en public pour la première fois depuis le 22 avril 2005. Il avait alors plaidé coupable pour les six chefs d'accusation retenus contre lui dans le cadre des attentats du 11-Septembre, dont quatre sont passibles de la peine de mort. Tout en admettant sa complicité, il avait aussi affirmé qu'il ne faisait pas partie de l'opération 11-Septembre, précisant qu'il devait attaquer la Maison Blanche.
Premiers débats le 6 mars
L'audience de lundi marquait le début du processus de sélection des jurés pour ce procès, qui, en raison de la reconnaissance de culpabilité, ne portera que sur sa peine : la prison à vie ou la peine de mort.
Cinq cents personnes tirées au sort étaient convoquées pour remplir un questionnaire destiné à déterminer si elles peuvent "se prononcer de manière neutre sur cette affaire", selon le texte. Au fil des pages, rien n'y était laissé au hasard. L'islam : "éprouvez-vous des sentiments négatifs à l'égard des musulmans, des Arabes ? Le terrorisme : les craintes qu'il inspire, les liens avec le 11-Septembre, les attentats attribués à Al-Qaïda ou ses affidés. L'Irak et les méthodes coercitives d'interrogatoire sont aussi évoquées. Enfin, la peine de mort : "Croyez-vous au principe 'oeil pour oeil, dent pour dent?'". Les questionnaires seront analysés par la défense et l'accusation avant des séances de questions orales qui démarreront le 15 février. Après ces auditions, seules 18 des 500 personnes convoquées (12 jurés et leurs suppléants) seront retenues.
La mère de Moussaoui, Aïcha el-Wafi assistera au procès au début des débats, à partir du 6 mars. Lundi, elle a pris sa défense : "Zacarias est un coupable idéal, parce qu'il est pauvre, instruit et arabe", a-t-elle affirmé. "Mon fils (...) a compris qu'il n'y avait pas de solution, que le procureur américain voulait un coupable".
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