Quels obstacles au gouvernement Hamas ?

Par Par Fabrice AUBERT, le 27 février 2006 à 11h40 , mis à jour le 28 avril 2006 à 17h57

Cohabitation avec Mahmoud Abbas, fonds gelés, limitation de déplacement : de nombreuses difficultés se dressent sur la route d'Ismaïl Haniyeh, le nouveau Premier ministre palestinien issu du mouvement islamiste.

ismail haniyeh

DEPLACEMENTS LIMITES ?
Ismaïl Haniyeh vit à Gaza. Le Conseil législatif palestinien est quant à lui installé en Cisjordanie, précisément à Ramallah, où se trouve également le siège de la présidence.

Or le passage entre les deux zones dépend de la bonne volonté d'Israël qui peut empêcher les déplacements. "Ceux qui font partie d'un mouvement terroriste qui prône la destruction de l'Etat d'Israël ne peuvent prétendre à aucun privilège concernant leur liberté de circulation", a expliqué récemment un membre de la présidence du conseil israélien, soulignant que le Premier ministre palestinien pourrait remplir ses fonctions grâce aux technologies modernes, notamment Internet.

C'est d'ailleurs ce qu'il s'est passé le jour de l'inauguration du Parlement le samedi 18 février : Ismaïl Haniyeh et les principaux leaders du Hamas y avaient assisté par visio-conférence depuis Gaza.

COHABITATION TENDUE AVEC ABBAS ?
Les larges pouvoirs garantis par la loi fondamentale au président de l'Autorité palestinienne font planer le risque d'un affrontement, notamment sur la question des relations avec Israël : Mahmoud Abbas et le Fatah prônent la négociation pour parvenir à un règlement de paix, tandis que Ismaïl Haniyeh et le Hamas abondent toujours dans le sens de la lutte armée.

La Constitution accorde également de larges pouvoirs au président dans le domaine de la sécurité -il en est "le commandant suprême"- et limite le rôle du Premier ministre et du gouvernement aux affaires intérieures.

Outre ces prérogatives prévues par la loi fondamentale, Mahmoud Abbas dispose aussi d'un atout majeur face au Hamas grâce à ses fonctions de chef de l'Organisation de libération de Palestine (OLP), seule entité habilitée à signer des accords politiques avec Israël.

En revanche, rien n'accorde au président le pouvoir de dissoudre la Conseil législatif et de convoquer des élections en cas de crise avec le Hamas. Il peut toutefois saisir la Cour constitutionnelle, dont il nomme lui-même les membres, pour demander l'organisation d'un référendum populaire sur la dissolution du Parlement.

MOINS D'ARGENT ?
Jouer la pression financière pour influer sur la politique radicale du Hamas : Israël a déjà appliqué cette théorie en bloquant des fonds correspondant au produit de la TVA et des droits de douane prélevés sur les produits importés dans les territoires palestiniens et transitant par Israël. 200 millions de shekels (35 millions de dollars environ) ont ainsi été gelés il y a quelques jours. Au total, l'Autorité palestinienne pourrait se voir privée de près d'un tiers de son budget de cette manière.

Les Occidentaux engagés dans le processus de paix, notamment les Etats-Unis et l'Union européenne, étudient également la possibilité de limiter, voire d'annuler, leur aide si le Hamas n'infléchit pas sa position vis-à-vis d'Israël. Lundi, la commissaire européenne aux Relations extérieures, Benita Ferrero-Waldner, a néanmoins annoncé le déblocage de 120 millions d'euros pour venir en aide au peuple palestinien, appelant les autres pays donateurs à faire de même.

RISQUE D''"ELIMINATION CIBLEE" ?
Ismaïl Haniyeh a déjà échappé à une tentative d'assassinat ciblé en septembre 2003. Israël, qui a déjà éliminé de cette manière le fondateur du Hamas, cheikh Yassine, puis son successeur, pourrait-il prendre le risque politique et diplomatique de tuer le Premier ministre palestinien en exercice ?

Avi Dichter, l'ancien chef du Shin Bet, le service de renseignement intérieur, ne l'exclut pas en cas de poursuites des attentats. "S'il se produit des attaques terroristes auxquelles Israël décide de réagir par des mesures préventives, Haniyeh sera une cible légitime parce que le Hamas ne pourrait pas perpétrer une attaque terroriste sans son autorisation", a-t-il lancé.

Avi Dichter, architecte de cette stratégie d'assassinats ciblés, n'occupe pas actuellement de poste de responsabilité mais il est influent au sein du parti Kadima, donné favori des élections du 28 mars. Il est même pressenti comme ministre de la Défense en cas de victoire de la formation créée par Ariel Sharon.

(photo d'archives : Ismaïl Haniyeh)

Par Par Fabrice AUBERT le 27 février 2006 à 11:40
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1 Commentaires

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  • Carpenier, le 27/02/2006 à 13h20

    Les prévisions optimistes viennent une fois de plus d'être démenties par les faits. La double stratégie des islamistes Parallèlement à cette vague d'enthousiasme et de prosélytisme, les mouvements islamistes ont adapté leur stratégie aux nouvelles réalités politiques, notamment sur la scène proche-orientale. Alors que les organisations jihadistes, agissant sous le label d'Al-Qaida ou d'autres mouvements radicaux, portaient leurs attaques contre les pays occidentaux, à Madrid et à Londres, et transformaient l'Europe en nouveau champ de bataille du jihad. islamiste (La pratique aujourd'hui)... La victoire électorale du Hamas prouve ainsi, malheureusement, que les stratèges islamistes ont une longueur d'avance sur les analystes occidentaux, dont les prévisions optimistes viennent une fois de plus d'être cruellement démenties par les faits. « Vous aviez à choisir entre la guerre et le déshonneur ; vous avez choisi le déshonneur et vous aurez la guerre. » [ Winston Churchill ] - Extrait d’une lettre à Chamberlain « C'est l'esprit qui mène le monde et non l'intelligence. » [ Antoine de Saint-Exupéry ] - Extrait des Carnets

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