
Nos lecteurs expatriés ont été très nombreux à répondre à notre appel à témoins sur la bataille du CPE. Nous les en remercions. Voici une sélection de leurs témoignages.
- TRAITEMENT DANS LES MEDIAS
Julie Buguet, Australie
Les Australiens nous voient déjà faire la révolution !!!! Ils inondent les médias à grands coups de "c'est bien Français tout ça !!!! Ils dressent des portraits anarchistes, voire barbares, des manifestants.
Tanguy Monceau, Canada
L'accent est placé sur le nombre de manifestants mais surtout sur les casseurs qui sont très largement mis en avant, dans la presse écrite et encore plus dans les journaux télévisés où les images de violences tournent en boucle, mélangées parfois à celle des émeutes de l'automne dernier. Les journalistes prennent tout de même la peine d'expliquer ce qu'est le CPE.
Nicolas Janvier, Etats-Unis
Les images sont terribles et les commentaires ne valent guère mieux. Quand on écoute les commentateurs, on a l'impression qu'il s'agit d'une guerre civile et que les médias veulent faire avaler une image négative de la France à leurs téléspectateurs.
Benjamin Boles, Espagne
Les journaux sont assez intransigeants avec nous : "les réformes ne peuvent jamais se faire, tout le monde est dans la rue au lieu d'être au travail".
- IMAGE DE LA FRANCE A L'ETRANGER
Sandrine Marquer, Italie
L'avis général est plutôt contre le CPE français : les Italiens placent les Français à l'avant garde pour ce genre de manifestations, de mouvement social et de groupe. Ils font souvent référence à la révolution de 1789.
Jean-Claude Gourier, Russie
Les jeunes et les étudiants se demandent si et comment une telle protestation serait possible en Russie. Ensuite, une fois le CPE expliqué, ils comprennent la forte mobilisation de la jeunesse française.
Daniel Polivier, Israël
Aujourd'hui, lendemain des élections israéliennes, la première question qui m'a été posée était : "Tu as vu ce qu'il se passe en France ? Ah, c'est bien français ça, de toujours rouspéter !". La France a vraiment une image désastreuse.
Bruno Raoult, Japon
Vu de Tokyo, personne ne comprend. Faire grève semble être d'un autre monde... Ma femme (asiatique) rigole bien, parle de la fin d'un ancien monde, et je manque d'arguments, evidemment..
Erymanthe, République tchèque
Aujourd'hui, mes collègues se marrent lorsqu'ils entendent parler de la France.
Thierry Grimplet, Suisse
A croire que la Suisse a élargi ses frontières. On ne parle que de ça (journaux, télévision et même au travail ). Parfois, être français, ce n'est pas facile à porter. On nous résume comme étant un pays de grévistes voulant travailler moins et gagner plus !
Vincent Schickhel, Suisse
On arrive à un point où on n'ose plus dire que l'on est français.
Julien Chenelat, Royaume-Uni
Les Anglais ne comprennent pas que les gens soient perpétuellement en grève. Ils deviennent blaser tellement cela arrive souvent. Ils ne font plus tellement attention.
Thibault Mallet, Royaume-Uni
La France passe pour un pays :
1) incapable de s'adapter
2) hautain
3) hypocrite : on veut le beurre (l'Europe) l'argent du beurre (les subsides), la crémière (protectionnisme), ses enfants (l'Europe, c'est nous) et les petits enfants (l'Europe, c'est nous et c'est pour nous !!!)
4) donneur de leçons (Irak)
5) mais encore hypocrite (et le pétrole irakien, il va où..... ??)
5) AVEC UN PRESIDENT QUI SE LEVE QUAND IL ENTEND DE L'ANGLAIS (là, j'ai eu vraiment honte d'être français !!!! Pour la première fois de ma vie).
Christophe Ravery, Luxembourg
L'analyse qui se dégage ici est que la France s'isole et n'est pas prête à prendre le virage vers le modernisme et la mondialisation.
David Pointel, Pays-Bas
La France passe pour un pays archaïque qui s'acharne à conserver un système largement dépassé depuis des décennies, pour un pays malade qui ne sait pas gérer les débordements de violences. Ce n'est pas flatteur.
- DIFFERENCES SUR LE MARCHE DU TRAVAIL
Alain Pincon, Allemagne
L'évolution de la situation en France m'intéresse au plus haut point. En Allemagne, il est en effet prévu de mettre en place un système similaire. La différence est que cette période d'essai serait pour tous, pas seulement pour les jeunes. Actuellement, les périodes d'essai sont de 6 mois et personnellement, je trouve cela correct. Deux ans, cela serait un abus de pouvoir et la porte ouverte à des décisions arbitraires des patrons. Peut-être les événements en France vont-ils faire réflechir les dirigeants allemands.
Vincent Schikel, Suisse
Ici le taux de chômage est inférieur à 4% et les lois sur le travail sont BEAUCOUP plus flexibles qu'en France.
Magali Mercier, Italie
Ici, beaucoup de stages ne sont pas rémunérés et les 1ers emplois sont très mal payés, en dessous du SMIC. Je suis actuellement assistante marketing dans une entreprise de cosmétique. Mon salaire est vraiment bas, je touchais plus en tant que vendeuse dans une parfumerie en France ou animatrice de vacances pendant mes jobs d'été. Je pense que les étudiants en France ne se rendent pas compte de la chance qu'ils ont.
Jean-Laurent, Royaume-Uni
Ici, le chômage est au plus bas, l'économie tourne bien, parce qu'il y a plus de flexibilité et de libertés pour les employeurs et les employés. A Londres, il est très facile de trouver un emploi en 2 jours chrono pour quelqu'un qui veut vraiment bosser, même sans qualification. Et les responsabilités augmentent très vite, au vu du travail fourni. Les diplômes ont beaucoup moins d'importance qu'en France : ce n'est pas un bout de papier qui va nous montrer la valeur et le sérieux d'un employé.
Cyrille-Edgard Tissjeling, Royaume-Uni
En France, le chômage est vécu comme un mal invincible. Pourtant de nombreux pays ont réussi à le vaincre en adaptant leur marché du travail. Il n'y a pas de mystère : la solution reste la flexibilité. J'aimerais que ceux qui manifestent sortent un petit peu de leur cocon protecteur et voyagent dans les pays qui ont déjà adopté des contrats du genre CPE. Ils verraient que ce sont eux qui sont a plaindre parce qu'à la fin, ce sont eux qui vont galérer pour trouver du boulot. A l'opposé, ceux qui comme moi vivent dans un pays "néo-liberal" trouvent du boulot, et de surcroît bien mieux payé qu'en France.
- TEMOIGNAGE SUR DES EXPERIENCES PERSONNELLES
Philippe Maitre, Etats-Unis
Chef d'entreprise, je pense que cette nouvelle réglementation est la seule solution pour débloquer la situation. Le dynamisme économique ET social des Etats-Unis et du Royaume- Uni a son origine dans la flexibilité et l'acceptation permanente du changement. A titre d'exemple, je ne créerai certainement pas de filiale en France tant que la flexibilité sur l'emploi n'y sera pas améliorée.
Julie Buguet, Australie
Il y a six mois, j'ai démissionné d'un poste car je ne voulais plus travailler les soirs et week-ends. Je me présente à un entretien d'embauche pour une autre entreprise. Mes recruteurs me garantissent que le poste pour lequel je postule ne demande pas de travailler les soirées et week-ends. Cool bananas !!! J'accepte !!!!! Je suis employée en CDI.
Ces derniers jours, j'ai reçu une lettre : mes employeurs me disent que pour répondre aux besoins du marché blablabla, je dois maintenant travailler le soir, les week-ends, et faire quelques nuits par mois. Oups, ça craint. Résultat : avec la nouvelle loi sur les conditions d'embauche renégociables, je ne peux pas refuser. Sur ce coup là, j'ai suffisamment de diplômes en poche pour pouvoir négocier. Mais des collègues n'ont pas tous pu le faire, alors ils acceptent, ils ne se plaignent pas et continuent de travailler. Seulement voilà, la plupart vont démissionner dans les semaines à venir.
Le turn-over est important en Australie et les entreprises se font compétition, revendiquant des conditions d'embauche plus stables. Mais bon, il y a du boulot, j'ai moins de 25 ans et je suis payée plus de 2000 euros par mois !!!!!!! Les Français, prenez-en de la graine !!!!
Valentin Danner, Royaume-Uni
En 2001 je suis arrivé ici grâce à un stage d'entreprise inscrit dans mon cursus universitaire. Apres six mois, j'ai décidé de chercher du travail en Angleterre. J'avais 22 ans à l'époque, et sans trop d'expérience, à part des stages. On m'a donné ma chance et j'ai été directement embauché comme responsable commercial export dans une entreprise à Newcastle.
Après un peu plus d'un an, je suis rentré France en comptant sur mon expérience à l'étranger et le fait que je sois bilingue pour trouver un travail décent à Paris. J'ai cherché pendant 7 mois, m'inscrivant dans la plupart des agences de recrutement. A chaque fois, j'ai reçu la même réponse : trop qualifié, trop jeune, pas assez d'expérience. La société française est trop basée sur le CV, et pas assez sur l'ambition des jeunes.
Après cette galère, je suis retourné en Angleterre. Le soir de mon arrivée, j'ai mis mon CV en ligne sur des sites d'agences de recrutement. Le lendemain, j'avais déjà trois entretiens d'embauche. En Angleterre, les agences de recrutement sont extrêmement compétitives et très orientées sur les services. Les Anglais sont beaucoup plus sélectifs à l'entretien qu'en France et ils donnent une chance aux jeunes car les entreprises savent que les jeunes sont ambitieux et créatifs. Les jeunes sont aussi prêts à accepter des salaires moins importants au départ. Les cursus de formation interne sont aussi plus développés qu'en France.
(photo : dans un cortège anti-CPE)
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