Election présidentielle sous tension en Biélorussie

le 19 mars 2006 à 08h02 , mis à jour le 20 mars 2006 à 11h15

Les 6.600 bureaux de vote ont ouvert ce matin en Biélorussie pour l'élection présidentielle. Plus de sept millions d'électeurs sont attendus pour cette élection à laquelle le président sortant, Alexandre Loukachenko, est le grand favori.

Carte Belarus

Cette élection se déroule dans un climat de forte tension alors que le président Loukachenko a promis de "briser le cou" à ses opposants s'ils osent contester sa victoire dans la rue dimanche soir. Dès la clôture du scrutin, à 20 heures, heures locales, le leader de l'opposition, Alexandre Milinkevitch, a appelé ses partisans à se réunir sur la place d'Octobre, près de l'administration présidentielle, pour protester contre la victoire annoncée du président Loukachenko, au pouvoir depuis douze ans. Alexandre Milinkevitch, a appelé les autorités à éviter toute "provocation" lors de cette manifestation pacifique. Il s'est inquiété d'un blocage du centre-ville et des voies d'accès à la capitale pour empêcher ses partisans de venir.

"Briser le cou" à l'opposition "comme un petit canard"

Alexandre Loukachenko a quant à lui appuyé les menaces du chef du KGB, Stepan Soukhorenko, qui a promis de faire condamner à mort ou emprisonner à vie les manifestants, assimilés à des "terroristes". Il a déclaré vouloir "briser le cou" à l'opposition, "comme à un petit canard" et assuré que le scrutin se déroulait "selon la législation bélarusse", pour couper court aux critiques émises en Occident et par l'opposition qui dénonçait un scrutin frauduleux. "Nous menons ce scrutin pour nous-mêmes. Le maître ici, c'est le peuple biélorusse. Ce qui est important, c'est que cette élection se déroule dans le respect de la législation bélarusse", a assuré Alexandre Loukachenko, minimisant l'importance des normes démocratiques internationales.

"Dernière dictature d'Europe"

Le régime biélorusse ne cesse de présenter l'appel de l'opposition à une révolution pacifique sur le modèle de la Révolution orange de fin 2004 en Ukraine comme une tentative de coup d'Etat dirigée par les Occidentaux. Plus de 20% des Biélorusses ont déjà voté lors d'une procédure de scrutin anticipé lancée cinq jours avant l'élection et critiquée comme étant un des moyens privilégiés du bourrage des urnes dans ce pays qualifié de "dernière dictature d'Europe" par Washington.

"Harcèlements et arrestations"

La réélection d'Alexandre Loukachenko en 2001 n'avait pas été reconnue comme démocratique par l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), qui a déployé près de 500 observateurs pour ce nouveau scrutin et a déjà émis des inquiétudes. L'OSCE s'est dite "de plus en plus préoccupée" par la situation dans ce pays coincé entre la Pologne et la Russie, évoquant "le harcèlement et les arrestations" des membres de l'état-major de campagne de l'opposition. Des dizaines d'entre eux sont emprisonnés pour des motifs allant de l'"injure" à l'organisation de "meetings non-autorisés". Seules deux organisations, proches du pouvoir, sont autorisées à mener des sondages à la sortie des urnes.

Faux tracts distribués

Alexandre Milinkevitch a qualifié d'"importante violation" et de "pression sur les électeurs" la publication d'un sondage sortie des urnes dès la mi-journée par la télévision publique, lui donnant 2% d'intentions de voix contre plus de 84% au président sortant. "Ils ne laissent pas entrer nos militants (venus observer le scrutin) dans les bureaux de vote ou les en chassent", a ajouté Alexandre Milinkevitch lors d'une conférence de presse à Minsk. Il a par ailleurs accusé les autorités de distribuer de faux tracts qui lui sont attribués et appellent à un coup de force dimanche soir.

Le second candidat de l'opposition, Alexandre Kozouline, qui fait front commun avec Alexandre Milinkevitch et a appelé lui aussi à manifester dimanche soir, a dénoncé la préparation de procès-verbaux de vote donnant  Alexandre Loukachenko vainqueur. "Nous savons que l'ordre a été donné que Loukachenko reçoive 80%. Nous attendons les résultats. Si ces chiffres sont confirmés, nous exigerons un nouveau décompte", a-t-il dit devant les journalistes dimanche. "Loukachenko ne peut garder le pouvoir que par la force", a-t-il ajouté.

Des observateurs refoulés, manifestent.

Des observateurs lituaniens, polonais et scandinaves, qui n'ont pu entrer en Biélorussie pour assister à l'élection présidentielle de dimanche, ont manifesté dimanche à la frontière lituano-bélarusse. Quelque 80 personnes se sont ainsi rassemblées au poste frontalier de Medininkai pour dire leur "solidarité avec ceux qui en Biélorussie veulent la liberté", et protester contre le régime du président Alexandre Loukachenko. Parmi eux figuraient une cinquantaine de Polonais, des représentants de l'organisation scandinave Silba refoulés de Biélorussie et les députés lituaniens à qui les autorités biélorusses ont refusé un visa d'entrée.

le 19 mars 2006 à 08:02
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