© INTERNELa mère du Français Zacarias Moussaoui, jugé pour les attentats du 11-Septembre, a cherché mardi en vain à attirer le regard de son fils, assis dans la salle d'audience à quelques mètres d'elle. Moussaoui, 37 ans, est entré dans la salle du tribunal fédéral d'Alexandria (Virginie, près de Washington) en balayant le public du regard. Il a bien effleuré le banc où était installée Aïcha el-Wafi, sa mère, pull rouge bien visible et foulard dans les mêmes tons, mais sans s'attarder.
Face au prisonnier en combinaison verte et longue barbe noire, la mère, 59 ans, a étouffé une plainte. Moussaoui ne lui a cependant offert, pendant les 90 minutes qui ont suivi, qu'un profil indifférent. Elle a pleuré, discrètement. "Ce n'est pas Zacary. Ils l'ont shooté", dit-elle bouleversée lors d'une suspension d'audience, évoquant son regard vague, son empatement, sa passivité. "Il est shooté", répéte-t-elle. "Pour qu'il soit calme et qu'il ne dérange personne". Interrogée sur les invectives de Moussaoui, elle répond: "C'est son choix, c'est sa vie, je suis sa mère, je l'aime".
"Une manipulatrice incapable de tendresse"
Les deux entretiennent une relation conflictuelle depuis l'adolescence du prisonnier, selon son frère aîné, Abd Samad, qui décrit Aïcha el-Wafi comme une "manipulatrice incapable de tendresse". D'après Mme Wafi, son fils cadet lui reproche de parler avec ses avocats alors que lui-même ne les reconnaît pas.
Mardi, le détenu ne s'est jamais tourné vers sa mère, qui assistait au procès pour la première fois dans la salle d'audience. Lundi, elle s'était contenté d'une salle annexe où les débats sont retransmis. Le prisonnier a semblé se concentrer sur une vidéo, diffusé par la chaîne qatariote Al-Jazira après le 11-Septembre, où l'on entendait Ayman al-Zawahiri, numéro deux d'Al-Qaïda, et Oussama ben Laden.
Le premier s'adresse au peuple américain et lui promet la défaite dans la guerre contre les musulmans. Les Américains viennent de souffrir "ce que nous avons subi pendant des décennies", dit pour sa part ben Laden. Un deuxième enregistrement a captivé son attention: il s'agit d'une conversation entre Oussama ben Laden et d'autres responsables, datant de novembre 2001, où ils se félicitent des attentats et louent leurs auteurs.
Devant les dix hommes et sept femmes qui forment le jury (12 membres et leurs cinq suppléants), l'accusation menée par David Raskin a poursuivi l'interrogatoire de son témoin, Michael Anticev, agent de la section antiterroriste du FBI, spécialiste d'Al-Qaïda.
La mort ou la prison à vie
Lecture a été donnée du manuel du parfait terroriste d'Al-Qaïda où comment préparer des attentats, "kidnapper", "attaquer des lieux de débauche", des "ambassades", et enferrer les policiers lorsqu'ils vous questionnent sur des voyages au Pakistan, en Afghanistan, les camps. Les promesses de paradis pour les martyrs, peuplé de "72 vierges", ont fait sourire Moussaoui.
L'avocat de la défense Edward MacMahon a ensuite mis en évidence les amples connaissances dont le FBI disposait sur Al-Qaïda, dès 1998, bien avant les attentats. Il a poussé le témoin à admettre que le FBI savait au "début des années 1990" que ben Laden "tentait de former des pilotes", et qu'il savait, aux alentours de 1998, que l'organisation envisageait de détourner des avions. Le policier a cependant rétorqué que l'agence fédérale n'y voyait que des "détournements traditionnels".
Le gouvernement avance que Moussaoui a menti lors de son arrestation le 16 août 2001, pour permettre à ses complices de mener à bien les attentats du 11-Septembre. Ses avocats veulent au contraire prouver que l'administration en savait bien plus que lui. Le procès du Français, déjà reconnu coupable, vise à définir une sentence : la mort ou la prison à vie.
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