
Blocage des territoires palestiniens oblige, c'est depuis Gaza et par vidéo que le Premier ministre désigné, Ismaïl Haniyeh, s'est exprimé lundi, à la veille des élections israéliennes (lire : "L'ombre de Sharon sur l'élection israélienne"), devant le Conseil législatif palestinien réuni à Ramallah. Une séance extraordinaire convoquée pour voter la confiance au gouvernement formé par le Hamas - vote qui a finalement été reporté à mardi en raison du grand nombre de députés ayant demandé à prendre la parole lors de la séance. Ismaïl Haniyeh, pour la première fois, a affirmé lors de son allocution sa volonté de discuter avec le Quartette sur le Proche-Orient. Mais sans renier pour autant les revendications du Hamas.
"Le peuple palestinien ne doit pas être puni pour avoir exercé son droit et choisi sa direction à travers des élections démocratiques et libres", a tout d'abord plaidé Ismaïl Haniyeh dans son allocution. "Celui qui pense que la pression économique va faire plier notre gouvernement ou entamer la détermination de notre peuple se trompe", a-t-il ajouté. Il se référait aux menaces internationales de couper l'aide à l'Autorité palestinienne après l'entrée en fonctions du gouvernement Hamas. "Le gouvernement s'efforcera de dialoguer avec tous les pays, y compris ceux de l'Union européenne, pour assurer la poursuite des aides à notre peuple et à l'Autorité" palestinienne, a-t-il ajouté en assurant que toute aide reçue sera dépensée "en toute transparence".
Appel aux Etats-Unis
"Notre gouvernement sera prêt à dialoguer avec le Quartette international (Etats-Unis, UE, Russie, Onu) des moyens de mettre fin au conflit et instaurer le calme dans la région", a-t-il alors assuré. "Notre gouvernement n'épargnera aucun effort pour parvenir à une paix juste dans la région qui mettrait fin à l'occupation et restituerait nos droits", a-t-il ajouté. Autre gage au Quartette, le Premier ministre désigné a affirmé son refus de la lutte armée - bien qu'en accusant de nouveau Israël d'être à l'origine de la violence. "Nous n'avons jamais été des partisans de la guerre, du terrorisme ou des effusions de sang, mais c'est l'occupation israélienne qui a exercé toutes les formes de terrorisme contre notre peuple en le chassant hors de sa patrie et en l'assiégeant et l'affamant", a-t-il poursuivi.
Haniyeh, dont le parti ne reconnaît pas le droit d'Israël à l'existence, a par ailleurs affirmé que son gouvernement "abordera les accords signés par l'Autorité palestinienne (avec Israël) avec un sens élevé de responsabilité nationale, susceptible de servir au mieux les intérêts de notre peuple". Cependant, détaillant les principaux axes de son programme de gouvernement, il a cité en premier "la défense du droit de notre peuple à se défendre face à l'occupation, pour l'élimination des colonies, du mur de l'apartheid et son droit à poursuivre la lutte pour la création d'un Etat palestinien indépendant avec Jérusalem pour capitale".
Il a également appelé les Etats-Unis à "réviser leur politique à l'égard du peuple palestinien". Appel assorti d'une demande "d'équité et de responsabilité en cessant de soutenir l'occupation et d'user d'une politique de deux poids deux mesures, afin que paix, stabilité et prospérité puissent s'instaurer dans la région". Un appel qui n'a reçu en réponse qu'une fin de non-recevoir de la part de Washington, le département d'Etat soulignant que le Hamas devait d'abord respecter les exigences de la communauté internationale. En revanche, l'Union européenne, par la voix de la commissaire européenne aux Relations extérieures, Benita Ferrero-Waldner, a assuré qu'elle ne "tournera pas le dos" au peuple palestinien. Mais la nouvelle direction palestinienne menée par le Hamas devra faire "les bons choix"...
Photo d'ouverture : Ismaïl Haniyeh montant à la tribune pour son allocution - DR
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