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CPE - Les médias étrangers atterrés par l'"immobilisme français"

le 29 mars 2006 à 11h20, mis à jour le le 29 mars 2006 à 16:53

L'opposition au CPE est très largement traitée par les différents journaux étrangers. Beaucoup estiment que la crise démontre une nouvelle fois l'incapacité de la France à se réformer.

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TF1/LCI manif cpe une presse etrangereMême traitement pour le New York Times dont le cliché de Une représente également les heurts qui ont éclaté place de la République.

ETATS-UNIS

Le New York Times (centre gauche) estime que ce qui est contesté par les jeunes fait tout simplement partie de la bonne santé d'une économie. "Quelqu'un a besoin de sauver la France de son malaise", indique un éditorial soulignant que "près d'un quart de ces jeunes sont sans emploi mais ils sont trop occupés à brûler des voitures pour rechercher un travail".

Le Washington Post (centre) publie plusieurs photos, dont celle d'une arrestation musclée d'un manifestant par des policiers. Il souligne que les manifestations sont un nouveau "test" pour la France. "Ces démonstrations massives montrent que de nouvelles fissures se sont créées dans le gouvernement de Jacques Chirac".

ROYAUME-UNI

Le Daily Telegraph (conservateur) parle de "nostalgie militante des voitures brûlées" à la Mai-68. "Les étudiants veulent faire revenir la France à l'heure de leurs parents, de leurs grands parents".

BELGIQUE 

"Les grévistes et manifestants sont des conservateurs qui se battent pour le maintien d'un monde qui dans les faits n'existe plus", estime le quotidien flamand De Standaard (droite). "Qu'il ne soit pas possible d'engager un débat sérieux sur la réforme d'un système qui laisse plus de 20% des jeunes de 18 à 25 ans sans emploi, un chiffre qui monte à 40% dans certains ghettos ethniques" pose une "grave hypothèque sur l'avenir de la France", ajoute De Standaard. "La défense d'un modèle aux conséquences si dramatiques ne peut être considéré ni de comme un combat de gauche, ni comme un combat éclairé", insiste le journal conservateur flamand.

Le quotidien francophone Le Soir (centriste) estime pour sa part que "la crise révèle le profond fossé qui s'est creusé entre le pouvoir et la jeunesse". "Le plus terrible est d'observer ce pays qu'on aime sombrer dans une incompréhension surréaliste.

ESPAGNE

El Pais (centre gauche) : "Le CPE est l'étincelle qui a allumé un incendie alimenté par des citoyens frustrés, opposés à tout changement et qui veulent préserver à outrance un modèle social qui a besoin de profondes réformes. Le triomphe du non au référendum sur la Constitution européenne a beaucoup à voir avec les manifestations d'hier dans leur rejet d'une France plus libéralisée et modernisée, à même d'affronter la compétition dans un environnement globalisé"..

El Mundo (libéral) : "on ne voit pas se profiler de leader capable de convaincre les Français du fait qu'eux aussi vont devoir changer et moderniser leur machinerie sociale ankylosée et inefficace".

Sous le titre "La France immobiliste", ABC (droite) décrit "une société obsédée par la conservation de son bien-être", qui "languit sans illusions face à l'avenir" et "disposée à exprimer son malaise face à toute initiative qui demanderait sacrifices et flexibilité".

ALLEMAGNE

Dénonçant "la rigidité de ces esprits qui jugent le présent et fondent leurs revendications à l'aune des heureux temps révolus", le quotidien conservateur Die Welt ne comprend pas que "au lieu de se féliciter d'un accès facilité au monde du travail", les jeunes Français "protestent parce qu'on ne leur offre pas tout de suite ces garanties de sécurité qui constituaient pour eux une gâterie à laquelle ils s'étaient habitués."

Pour le Frankfurter Allgemeine Zeitung (FAZ), quotidien des milieux d'affaires, les Français protestent contre "les conséquences de la mondialisation, et ce que cela implique comme exigences, dans nos sociétés du bien-être". "La réaction en France est virulente parce qu'une majorité y rejette le 'capitalisme mondialisé' et parce que l'histoire du pays n'est pas faite de réformes progressistes mais de ruptures, révoltes et révolutions".

Même la presse modérée ne voit pas forcément dans le CPE une menace pour l'insertion des jeunes. "En fait cette loi ne change pas grand chose, car en France aussi la plupart des jeunes doivent s'attendre à un parcours du combattant après leur formation. Stages, CDD, chômage, exactement comme chez nous", souligne le journal berlinois Tagesspiegel. Evoquant une "révolution à l'envers", il décrit un "pays en pleine ébullition, non pas parce qu'il souhaite des réformes, mais parce qu'il les refuse. Dominique de Villepin ayant "enfreint une tradition" en ne consultant pas au préalable les syndicats, ceux-ci en font désormais une "question d'amour-propre" et sont donc prêts à "lutter jusqu'au bout", prédit le quotidien.

ITALIE

"C'est comme si le CPE avait cristallisé toutes les insatisfactions des Français, qui dans les dernières années ont lancé à plusieurs reprises des signaux en direction du pouvoir politique sans jamais obtenir de véritable réponse", note La Repubblica (centre-gauche).

Pour La Stampa, quotidien turinois du groupe Fiat, "il y a un peuple en marche entre la Place d'Italie et la Place de la République, cinq kilomètres et demi de manifestants réunis en un seul sentiment d'attente et d'indignation". La Stampa souligne cependant les "nuances" qui se dessinent dans les rues, entre "la marche des syndicats (...) -un cortège solide, politique et adulte" et "le cortège des jeunes, des lycéens et des universitaires de la 'génération kleenex'". "Et puis il y a (...) les 'lascars', des 'galériens' venus en ville pour 'niquer du keuf'. Ils ne se cachent pas, au contraire, ils sont réunis en petites bandes visibles, les mains dans les poches, silencieux dans cette marée de cris", décrit le journal.

RUSSIE

Pour les Izvestia, "les autorités sont dans l'impasse". Si le gouvernement "ne retire pas la nouvelle loi, la crise portera un coup dur à l'économie. Céder à la rue, cela signifie reconnaître sa propre impuissance et enterrer des réformes nécessaires. Du moins jusqu'aux présidentielles de 2007".

(photo : la "Une" du New York Times)

le 29 mars 2006 à 11:20
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