
L'information a été rapportée samedi par la radio de Belgrade B92, avant d'être confirmée par les autorités serbes et le TPI : Slobodan Milosevic est mort. A 64 ans, l'ancien président yougoslave, jugé depuis plus de quatre ans à La Haye pour son rôle dans les guerres en Croatie et Bosnie (1991-1995) et au Kosovo (1998-1999), a été retrouvé sans vie samedi matin dans la prison du Tribunal pénal international (lire : "Milosevic, de la "grande Serbie" au TPI"). On ignore encore les circonstances exactes de cette disparition, que la Radio-télévision de Serbie a attribuée sans plus de précision à "une dégradation brutale de son état de santé" : Milosevic souffrait d'hypertension et de difficultés cardio-vasculaires. Le TPI, pour sa part, sans donner plus d'explication, a assuré n'avoir "rien à se reprocher", tentant ainsi de répondre à un début de controverse qui n'a pas manqué de grandir en Serbie...
Car le TPI, qui perd en Milosevic le personnage central de toutes les procédures engagées sur les atrocités commises en ex-Yougoslavie, semble peiner à communiquer sur cette mort. D'autant plus qu'il s'agit de la quatrième disparition d'un de ses détenus, après le suicide lundi de l'ex-chef des Serbes de Croatie Milan Babic... Auparavant, un autre Serbe de Croatie, Slavko Dokmanovic, avait mis fin à ses jours en juin 1998. Un troisième Serbe de Bosnie, Milan Kovacevic, est décédé de mort naturelle en août de la même année. Trois autres inculpés sont disparus de mort naturelle alors qu'ils étaient en liberté provisoire avant leur procès.
Samedi, refusant toute explication détaillée, un porte-parole du Tribunal a indiqué tout au plus "qu'il n'y a pas de signe [que Milosevic] ait commis un suicide", disant attendre un rapport détaillé : "Nous ne pouvons pas dire qu'il est mort de mort naturelle". Le corps a été transféré samedi en fin de journée à l'Institut médico-légal néerlandais à La Haye, en vue d'une autopsie et d'un examen toxicologique.
Vojislav Kostunica réclame "un rapport détaillé"
Le Premier ministre serbe Vojislav Kostunica a d'ores et déjà déclaré que son gouvernement allait demander "un rapport détaillé" - alors qu'en Serbie, beaucoup accusaient ouvertement le TPI (lire : "Polémique et crainte de tensions en Serbie"). L'un des conseillers juridiques de Milosevic, Zdenko Tomanovic, a affirmé à des journaliste que le prisonnier "disait qu'on avait tenté de l'empoisonner". Aussi, "après avoir consulté la famille de Milosevic, j'ai insisté officiellement pour que l'autopsie ne soit pas conduite à La Haye mais à Moscou." L'accusation à l'égard du TPI est plus qu'implicite - alors pourtant que les juges de Milosevic avaient tout à perdre à cette mort qui ampute leurs procédures et risque de faire de l'accusé un martyr auprès des nostalgiques de la "grande Serbie". Finalement, l'autopsie sera bien réalisée par des médecins néerlandais... en présence toutefois d'un médecin serbe.
Milosevic était accusé de crimes de guerre, crimes contre l'humanité et de génocide - ce que n'ont pas manqué de souligner samedi les nombreux dirigeants qui ont réagi à l'annonce de sa mort (lire : "Réactions internationales à la mort de Milosevic"). Désormais, le statut du Tribunal prévoyant qu'un procès ne peut pas se dérouler en l'absence de l'accusé, le TPI devrait décider l'extinction de son action contre Milosevic (lire : "Milosevic : le procès inachevé").
Son procès avait déjà été interrompu à de nombreuses reprises en raison de sa mauvaise santé. Le TPI avait rejeté fin février une demande de remise en liberté provisoire déposée par ses avocats, pour qu'il puisse se faire soigner en Russie - fait largement souligné et commenté samedi en Russie, notamment au sein du parti communiste, particulièrement virulent à l'égard du TPI...
Photo d'ouverture : le transfert du corps de Slobodan Milosevic, samedi soir - DR
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