Milosevic, de la "grande Serbie" au TPI

le 11 mars 2006 à 19h24 , mis à jour le 13 mars 2006 à 12h21

Jugé depuis février 2002 devant le TPI, Milosevic a toujours nié ses responsabilités dans les guerres qui ont ensanglanté l'ex-Yougoslavie. Il a ainsi défié l'Occident jusqu'au bout, tout comme lorsqu'il démentait, en pleine guerre, devant des journalistes, tout intervention militaire en Bosnie-Herzégovine.

milosevic oeil © INTERNE

Tout au long des plus de quatre ans de procès devant le TPI, Slobodan Milosevic a, l'air hautain dans ses traditionnels costumes bleu marine, mené une croisade contre l'Occident, seul responsable à ses yeux des déboires endurés par les républiques de l'ex-Yougoslavie devenues indépendantes. Refusant de reconnaître ses erreurs, il a jusqu'au bout attribué sa chute, en octobre 2000, aux forces étrangères anti-serbes et à leurs "valets" de l'intérieur. Traduit en clair, les leaders de l'opposition. Sa santé, notamment son hypertension artérielle, ont provoqué de très nombreuses suspensions d'audience. Certains rapports médicaux l'avaient soupçonné de jouer avec ses médicaments pour aggraver sa santé à bon escient.

Cigarillos, whisky et manigances

Les épisodes majeurs de la vie de Slobodan Milosevic, né le 20 août 1941 à Pozarevac, ont été abondamment commentés. Mais il reste que l'homme a souvent été décrit comme un paranoïaque manipulé par une virago nommée Mirjana Markovic. Tous deux se sont rencontrés au lycée, tous deux étaient adolescents, solitaires et incompris, psychiquement aussi brillants que troubles. Mais Slobodan Milosevic était-il seulement ce roi Lear de Belgrade, grandiloquent et dérisoire ?

On a beaucoup évoqué le parcours professionnel du directeur de banque parfaitement anglophone, du fumeur de cigarillos à la personnalité ombrageuse et colérique, de l'apparatchik devenu secrétaire général de la Ligue des communistes de Serbie en 1987. L'homme devint en 1989 le très populaire président de la Serbie, avant que les citoyens ne le sacrent président d'une Yougoslavie fantôme en 1997. Tout le monde a parlé du suicide de ses deux parents, l'un théologien orthodoxe enterré au Monténégro, l'autre militante communiste de la première heure. Puis on a redécouvert son cousin, sorte de Zorba monténégrin raillant les manières de citadins de son jeune parent "Sloba" lors de ses vacances à la campagne. Ses laudateurs comme ses détracteurs ont évoqué son goût pour le calcul politicien et le whisky, son égoïsme et son ambition, son populisme grand'serbe et son habileté dans le mensonge.

Autre façon de voir

Mais prenons-le au mot et disons que Slobodan Milosevic a toujours considéré comme supérieurement précieux l'unité de la République yougoslave contre les sécessionnistes de tous bords (Slovènes, Croates, Musulmans bosniaques, Kosovars). Disons qu'il ne déteste rien tant que les "provinciaux" qui refusent aux Serbes disséminés dans la fédération de vivre selon leurs vœux, au sein de la fratrie yougoslave. Disons qu'il a usé de tout pour arriver à ces fins, quel qu'en soit le prix. Ainsi a-t-il eu l'incroyable culot, à son arrivée à une conférence internationale en pleine guerre de Bosnie, d'affirmer à des journalistes, dans un parfait anglais et de sa voix brumeuse : "Il n'y a pas d'action militaire en cours en Bosnie-Herzégovine" ("There is no such thing as a military action going on in Bosnia-Herzegovina"). C'était vrai, mais ce n'était pas réel : l'armée yougoslave n'intervenait certes pas officiellement. Mais l'on sait aujourd'hui ce qu'il en est de la mainmise de Milosevic sur les marionnettes bosno-serbes du psychiatre-poète Karadzic et de son pitbull Mladic.

Le premier épisode de la carrière politique de "Sloba" est édifiant à cet égard. Envoyé dans la petite république autonome du Kosovo par son parti en 1987, sa mission devait être de rétablir le calme et le dialogue entre les communautés albanaise et serbe, en perpétuel affrontement. Lors d'une réunion houleuse avec les nationalistes serbes de la province, il écoute, des heures durant, la complainte de ces hommes et de ces femmes qui affirment que les Shqipetars les violentent, les martyrisent, les parasitent. Dehors, les Serbes ont fait venir des camions bourrés de pierres. Quelques-unes volent dans la foule massée. Pour affirmer l'autorité du Parti, Milosevic sort, flanqué du représentant albanais du PC au Kosovo, terrorisé, conspué par les manifestants, Azem Vlasi. Un homme accuse les policiers albanais de les brutaliser. Une caméra de la chaîne nationale RTS s'avance vers Milosevic. Il murmure, la mine grave, et répète deux fois : "Plus personne ne vous fera de mal."

Sa carrière est lancée, sa méthode est installée, mélange de persuasion archaïque et de ruse maladroite, de passion et de cruauté, de culot maniaque dans le mensonge et de précision diplomatique dans le verbe. Il n'est pas parvenu à ses fins et ce sont les moyens employés qui lui auront valu, depuis le 12 février 2002, un procès historique devant le TPI. Avant qu'il n'échappe au verdict par cette mort en détention...

Photo d'ouverture : Slobodan Milosevic lors de l'une de ses premières comparutions devant le TPI - archives

le 11 mars 2006 à 19:24
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