Milosevic mort d'un infarctus

Par Franck LEFEBVRE (avec AFP), le 12 mars 2006 à 14h42 , mis à jour le 12 mars 2006 à 23h01

Milosevic est bien décédé suite à un problème cardiaque, a-t-on indiqué dimanche soir au TPI à la fin de l'autopsie. Reste à connaître à présent le résultat des analyses toxicologiques. La polémique n'est pas levée.

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Comment est mort Slobodan Milosevic ? D'un arrêt cardiaque. Plus précisément d'un infarctus du myocarde. C'est ce qu'a révélé dimanche soir une source proche du TPI, à l'issue de l'autopsie de l'ex-président mort en détention, tout en ajoutant que la dépouille de Milosevic serait remise lundi à sa famille. Reste à connaître la raison de cet arrêt cardiaque : naturelle ou provoquée ? Les médecins ont identifié au moins deux affections cardiaques qui pourraient l'expliquer. Mais pour avoir des certitudes, il faudra attendre le résultat des analyses toxicologiques, qui pourrait être connu au cours des prochains jours... La porte-parole du TPI a d'ailleurs mis en garde dimanche soir contre les conclusions qui pourraient être tirées hâtivement des seuls résultats de l'autopsie.

La dégradation de son état de santé semble plausible (Milosevic souffrait d'hypertension et de difficultés cardio-vasculaires), mais le TPI, embarrassé par cette disparition brutale, a préféré attendre les résultats complets avant de se prononcer (lire : "Milosevic échappe au verdict du TPI"). A Belgrade, où des dizaines de personnes, bravant la pluie, se sont rassemblées dimanche pour un hommage devant le siège du Parti socialiste de Milosevic, on pointe la responsabilité du Tribunal (lire : "Polémique et crainte de tensions en Serbie"). Une responsabilité mise en avant dans tous les journaux du pays, alors que le reste de la presse européenne n'a guère été tendre envers le TPI (lire : "La presse européenne sévère envers le TPI").

Des substances anormales dans le sang de Milosevic ?

Certains n'hésitent pas, comme son conseiller juridique Zdenko Tomanovic, à brandir l'accusation de meurtre. "Ils veulent m'empoisonner", écrivait Milosevic à veille de sa mort, dans une lettre à l'ambassade de Russie dont Tomanovic a fait dimanche une traduction pour des journalistes à La Haye. Dans cette même missive, Milosevic affirmait que des analyses de sang réalisées le 12 janvier et qui lui avaient été communiquées en mars par le greffe du TPI faisaient état de la présence à haute dose d'un médicament utilisé dans le traitement de la lèpre ou de la tuberculose... Mais réfutant par avance la thèse de l'empoisonnement, la télévision néerlandaise NOS a rapporté dimanche soir que des substances anormales avaient été découvertes par le passé dans le sang de Slobodan Milosevic...

S'ajoutant à cette polémique, les funérailles elles-mêmes deviennent sujet de controverse : un enterrement de Milosevic en Serbie, où sa femme Mira Markovic et son fils Marko font l'objet de poursuites judiciaires, pourrait constituer une forme de reconnaissance post-mortem, déjà revendiquée par les membres de son parti... (lire : "Controverse autour d'un enterrement") A tel point que, s'insurgeant contre de telles attitudes, le ministre des Affaires étrangères de la Serbie-Monténégro, Vuk Draskovic, ancien opposant au régime de Milosevic, a qualifié dimanche de "honte" les réactions publiques en Serbie après le décès de l'ex-président. "Par le fait d'élever un tueur en série au rang de héros national, ses victimes sont tuées à nouveau et la Serbie se déshonore elle-même", a-t-il dit.

"Pas d'autre choix qu'une mort naturelle ou un suicide"

Face à la polémique, Carla Del Ponte a rejeté comme de simples "rumeurs" les accusations d'empoisonnement. Mais le procureur du TPI, qui comme d'autres a regretté que la mort ait soustrait l'ex-président au verdict de la justice (lire : "Réactions internationales à la mort de Milosevic"), n'a pas totalement exclu un suicide dans une interview au quotidien italien La Repubblica : "Il pourrait nous avoir lancé son ultime défi. Et s'il s'était suicidé?" Evoquant les contrôles médicaux auxquels l'accusé était régulièrement soumis, elle a estimé "étrange, bien que naturellement possible, qu'il soit mort à l'improviste sans que les médecins se soient rendus compte d'une brusque aggravation de son état de santé".

Milosevic étant le seul inculpé du TPI pour des crimes présumés perpétrés durant toutes les guerres des Balkans (lire : "Milosevic, de la "grande Serbie" au TPI"), le procureur du TPI perd un élément central de plusieurs procès (lire : "Le procès inachevé"). "Il est très dommage pour la justice que le procès ne soit pas mené à terme et qu'aucun verdict ne soit rendu. Bien entendu, je suis très frustrée", a reconnu Carla Del Ponte. Mais elle a aussi réaffirmé que la mort de Milosevic rendait "encore plus urgent" un procès de Ratko Mladic et Radovan Karadzic, les chefs militaire et politique des Serbes de Bosnie toujours en fuite depuis leur inculpation de génocide par le TPI en 1995"

Photo d'ouverture : Carla Del Ponte, interrogée sur le mort de Slobodan Milosevic - DR

Par Franck LEFEBVRE (avec AFP) le 12 mars 2006 à 14:42
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4 Commentaires

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  • Jean, le 13/03/2006 à 08h50

    Est ce qu'à l'heure actuelle on ne dispose pas de drogues capables de provoquer un infarctus sans laisser de traces??? faudrait pas que la même chose arrive à Saddam...

  • Jerome, le 12/03/2006 à 17h50

    Ca fait quand meme beaucoup de morts en prison, pour des donneurs de lecons comme nous, c'est pas tres tres propre.

  • Alex, le 12/03/2006 à 17h17

    Une chose est certaine : on meurt beaucoup dans la prison du TPI, et ce n'est pas normal. Même si ce n'étaient que des suicides pour les 4 cas, pour une prison modèle et haute sécurité cela ne devrait pas pouvoir se produire.

  • Olivier, le 12/03/2006 à 16h35

    On voit un peu l'objectivité du TPI par ce genre de remarque "pas d'autre choix que le suicide ou la mort naturelle". Le TPI avait condamné d'avance Milosevic, qui si il n'était pas blanc comme neige, mettait en évidence un problème autrement plus complexe que la vision en noir et blanc donnée par les médias occidentaux ou les serbes sont systématiquement désigné comme "les grands méchants". Alors Milosevic assassiné, pourquoi pas ?

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