Milosevic : le procès inachevé

le 11 mars 2006 à 14h24 , mis à jour le 11 mars 2006 à 15h12

400 témoins, un million de pages de documents, 1.250 pièces à conviction... Le procès-fleuve de Slobodan Milosevic, entamé le 12 février 2002, était entré dans sa cinquième et dernière année. Selon le programme de la Cour, l'ex-président yougoslave devait boucler sa défense en mars.

yougoslavie tpi slobodan milosevic gros plan discours © INTERNE

Le procès de Slobodan Milosevic, retrouvé sans vie samedi matin dans sa cellule, était entré le 12 février dans sa cinquième et dernière année devant le Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie. L'ancien président yougoslave risquait la prison à vie pour plus de 60 chefs d'accusation de crimes contre l'humanité et crimes de guerre pour son rôle dans les guerres de Croatie (1991-95), Bosnie, (1992-95) et du Kosovo (1998-99). Il répondait également de génocide, notamment pour sa responsabilité dans le massacre de quelque 8.000 hommes et garçons musulmans réfugiés à Srebrenica en 1995. A présent, Milosevic disparu, le TPI va, selon toute probabilité, mettre un terme aux actions engagées à son encontre.

La Chambre de première instance du TPI devant laquelle il comparaissait avait entendu près de 400 témoins, lu plus d'un million de pages de documents, examiné environ 1.250 pièces à conviction, dont 200 vidéos. L'étendue de ces accusations, visant un chef d'Etat au sommet de la chaîne de commandement durant 10 ans, explique la durée et la complexité du procès. Qui plus est, l'accusé ne comparaissait que trois demi-journées par semaine, compte tenu de son état de santé.

La défense de Milosevic

Depuis qu'il avait obtenu le droit d'assurer sa défense en août 2004, Slobodan Milosevic en avait consacré l'essentiel au conflit du Kosovo. Il avait fait témoigner nombre d'officiels du Kosovo assurant que les Albanais de cette province n'avaient pas fui les Serbes qui la contrôlaient mais les bombardements de l'Otan, qui ont commencé en mars 1999. Il avait aussi tenté de prouver que l'Armée de libération du Kosovo (KLA) était une organisation terroriste et que la sanglante répression serbe était donc justifiée. De longues heures avaient également été consacrées aux méandres des changements de structures politiques dans l'ancienne Yougoslavie.

Du coup, l'ancien homme fort de Belgrade n'avait quasiment pas abordé les accusations les plus graves, comme celles liées au génocide en Bosnie. En décembre dernier, les juges avaient d'ailleurs insisté pour qu'il quitte le Kosovo pour la Bosnie et la Croatie, ayant déjà épuisé deux-tiers de ses 360 heures de défense. Selon le programme de la Cour, Slobodan Milosevic devait boucler sa défense en mars. Avec les contre-interrogatoires, le procès devait durer jusqu'à mi-2006 et un verdict était attendu quelques mois plus tard.

Mais le procès avait été suspendu à maintes reprise pour raison de santé de l'inculpé, qui souffrait notamment d'hypertension et de problèmes cardio-vasculaires. Les avocats commis d'office de Slobodan Milosevic avaient réclamé qu'il puisse être soigné à Moscou, la Russie ayant fourni des garanties sur son retour. Fin février, les juges du TPI avaient refusé qu'il se rende à Moscou pour des raisons médicales, estimant que ce déplacement n'était pas nécessaire et que l'accusé risquait de ne pas se représenter à son procès. Dans leur décision, les juges avaient également indiqué que les avocats de Milosevic n'avaient pas suffisamment démontré que les besoins médicaux de l'accusé ne pouvaient être satisfaits aux Pays-Bas.

Photo d'ouverture : Slobodan Milosevic lors de l'une de ses premières comparutions devant le TPI - archives

le 11 mars 2006 à 14:24
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