© AFPCela devait être son apogée politique. Ariel Sharon avait misé son avenir sur ce scrutin législatif anticipé du 28 mars. En quittant le Likoud, dont il était l'un des créateurs, pour fonder Kadima fin novembre, son pari était audacieux : placer l'échiquier politique israélien au centre et en finir avec la dualité gauche-droite, représentée par l'éternelle bataille entre Parti travailliste et Likoud.
Mais sa forte personnalité et la confiance des Israéliens pour garantir leur sécurité semblaient lui assurer la victoire. Début janvier, les sondages donnaient d'ailleurs Kadima largement en tête.
Vote en hommage
Dans un premier temps, après l'accident cérébral de Ariel Sharon, beaucoup d'observateurs ne misaient alors pas grand-chose sur l'avenir de Kadima. "Kadima a été créé par et pour Sharon. Sans lui, le parti n'est rien" estimaient-ils. Certains, plus prudents, n'excluaient cependant pas un vote émotionnel d'une partie de l'électorat en sa faveur en hommage à Sharon. Les premiers sondages confirmaient cette hypothèse avec des enquêtes largement favorables à Kadima, voire meilleures qu'avant l'indisponibilité d'Ariel Sharon.
Restait à savoir si, une fois l'émotion passée, "En avant" allait garder cette avance. Le pari n'était pas gagné : il ne possédait ni leader affirmé, ni véritable programme, puisque sa plate-forme électorale était alors en élaboration. Mais très rapidement, Ehud Olmert, le bras droit de Sharon, nommé Premier ministre par intérim -il l'est toujours- était également propulsé à la tête de Kadima et tous ses dirigeants, Shimon Peres en tête, se rangeaient derrière lui sans faire de vagues.
Sharon partout
La politique de fermeté d'Ehud Olmert vis-à-vis de l'Autorité palestinienne -notamment après la victoire du Hamas- et son projet de dessiner lui-même les frontières d'Israël d'ici fin 2010 en cas de victoire mardi ont ensuite plu aux Israéliens. Résultat : petit à petit, l'état de santé de Sharon ne faisait plus la "Une" des journaux, mais Kadima gardait néanmoins son avance en tête des sondages.
Il est vrai que le parti a fait de Ariel Sharon une figure omniprésente de la campagne : il apparaît dans les spots électoraux, sur des affiches brandies dans les meetings, parfois sa voix résonne sur les ondes. On voit des photographies de Sharon en uniforme, héros de la guerre du Kippour en 1973, le visage pansé, ou Sharon leader de la nation aux côtés de George W. Bush.
Assaut électoral
Sharon est également très souvent associé à Ehud Olmert, présenté comme l'héritier. Pour montrer qu'il est justement bien le digne successeur de "Arik", Olmert, qui ne possède pas de passé militaire à mettre en avant, lança Tsahal à l'assaut de la prison de Jéricho deux semaines avant le vote. Objectif : capturer un leader du FPLP que Mahmoud Abbas, le président palestinien, s'apprêtait éventuellement à libérer. Exactement ce qu'aurait pu faire Ariel Sharon.
(photo afp : un meeting de Kadima)
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