Perpétuité ou peine de mort pour Moussaoui ?

le 06 mars 2006 à 21h39 , mis à jour le 06 mars 2006 à 21h39

Le procès du Français, seul inculpé aux Etats-Unis en liaison avec les attentats du 11 septembre, s'ouvre véritablement aujourd'hui devant la cour fédérale de Virginie. Le prévenu ayant plaidé coupable, les débats serviront à déterminer s'il sera condamné à mort ou à la prison à vie.

Convoi Moussaoui

Cliquez ici pour voir la vidéo de l'interview de la mère de Zacarias Moussaoui

Le premier procès en lien avec les attentats du 11 septembre 2001 doit s'ouvrir aujourd'hui. Le jury du tribunal fédéral d'Alexandria, près de Washington, décidera si Zacarias Moussaoui doit être condamné à mort pour son rôle supposé dans les attentats les plus meurtriers de l'Histoire revendiqués par Oussama ben Laden, en fuite. 

La matinée a été consacrée à la sélection finale des 12 jurés et des six suppléants. 83 personnes présélectionnées étaient présentes au tribunal à 10h, heure locale. En entrant dans la salle, l'accusé les a longuement toisées avant de s'asseoir avec un carnet de notes sur les genoux.  Il a ensuite demandé à se défendre seul, sans ses avocats, ce qui lui a été refusé.

L'après-midi, accusation et défense résumeront pour ce jury l'"affaire Etats-Unis contre Zacarias Moussaoui", puis les procureurs présenteront leur premier témoin.

Retransmission dans plusieurs villes américaines 

Des centaines de proches des quelque 3.000 victimes pourront les écouter, grâce à une retransmission des audiences en circuit fermé dans six salles sécurisées situées notamment à New York, Alexandria et Boston. Moussaoui sera présent, de même que sa mère Aïcha el-Wafi, qui ne l'a pas vu depuis une audience en juillet 2003. En revanche, les organisateurs présumés des attaques, le Yéménite Ramzi ben al-Shaiba et le Pakistano-koweïtien Khalid Cheikh Mohammed, détenus au secret par la CIA depuis 2002 et 2003, seront absents.

Moussaoui, 37 ans, né à Saint-Jean-de-Luz (sud-ouest de la France), recruté pour le jihad au milieu des années 1990, était vraisemblablement lié à Al-Qaïda lorsqu'il a été arrêté le 16 août 2001 à Eagan (Minnesota, nord), trois semaines avant les attentats. Mais pendant les quatre ans qui ont précédé le procès, les autorités n'ont jamais semblé établir son rôle précis dans les attaques: doublure? 20e pirate? Terroriste d'une autre cellule?

Prison à vie ou injection mortelle ?

Moussaoui est pourtant "coupable": le 22 avril 2005, cet homme trapu au visage rond marqué par une tension qui semble permanente, a reconnu sa culpabilité en lien avec le 11-Septembre. Il a admis avoir participé à un complot "en vue de commettre un acte terroriste transnational, en vue de détruire un aéronef et d'utiliser des armes de destruction massive". Il a étrangement plaidé coupable - "parce qu'il en avait marre", selon sa mère - alors même qu'il affirme avoir été choisi pour un autre attentat, contre la Maison Blanche.

Du coup, le procès ne portera pas sur sa culpabilité, mais sur la peine à lui infliger - prison à vie ou injection mortelle. Le jury devra pour cela décider s'il a causé la mort des victimes, condition indispensable à une peine capitale. En mentant le 16 août 2001 lors de son arrestation, et en affirmant qu'il prenait des cours de pilotage "pour le plaisir", Moussaoui a-t-il empêché la première puissance mondiale de prévenir les attentats? Et donc participé au meurtre des victimes comme l'affirme le gouvernement?

Trois semaines d'audience

La défense cherchera à "faire le procès du FBI (police fédérale) qui n'aurait pas trouvé de moyen de prévenir ces attaques, même si Moussaoui avait parlé", estime Andrew McBride, ancien procureur à Alexandria. Ces audiences, très "politiques", pourraient être riches en révélations sur les mois qui ont précédé les attentats. A l'issue d'environ trois semaines d'audience, le jury devra décider si Moussaoui est "éligible" pour la peine de mort.

En cas de réponse négative, il sera renvoyé en prison pour une peine à perpétuité. Si la réponse est positive, une nouvelle phase du procès commencera, consacrée aux circonstances "aggravantes" et "atténuantes". Des images des attentats seront diffusées. La défense amènera des témoins pour évoquer l'enfance difficile de ce fils d'immigrés et sa probable schizophrénie. Une deuxième manche bien plus "émotionnelle", qui sera aussi plus difficile à remporter pour la défense, selon M. McBride.

Arrivée du convoi à Alexandria. DR.

le 06 mars 2006 à 21:39
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