Polémique et crainte de tensions en Serbie

le 11 mars 2006 à 16h01 , mis à jour le 12 mars 2006 à 13h45

D'emblée, l'annonce de la mort de Slobodan Milosevic a donné lieu en Serbie à une série d'hommages douteux de la part de son parti, certains réclamant qu'il soit "enterré à Belgrade, dans l'Allée des Grands". Et à des accusations contre le TPI, Milosevic étant le quatrième détenu à décéder dans la prison du Tribunal.

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"Aujourd'hui (..) Slobodan Milosevic a été trouvé sans vie dans son lit dans sa cellule du centre de détention des Nations unies à Scheveningen". C'est par ce communiqué que le Tribunal pénal international a confirmé samedi la mort de l'ex-président yougoslave. Le médecin de la prison a constaté le décès, une autopsie complète et un examen toxicologique ont été diligentés, et le président du TPI Fausto Popar a ordonné une enquête. A cette fin, le corps a été transféré à l'Institut médico-légal néerlandais à La Haye. La famille de Milosevic, sa femme et son fils, en fuite en raison des procès menés par la justice serbe, probablement en Russie, et sa fille qui vit au Monténégro, ont été informés, selon le TPI.

A Belgrade plusieurs chaînes de télévision ont interrompu leurs programmes pour annoncer le décès. La télévision B92, dont la radio, symbole de la lutte de l'opposition contre le régime de Milosevic, a été la première à annoncer son décès, diffusait un programme spécial, avec des interventions en direct de La Haye. Parmi les premiers à réagir sur la scène internationale à cette mort, Paddy Ashdown, ancien Haut représentant de la communauté internationale en Bosnie, a déclaré craindre "une petite période d'instabilité, car certains vont sans doute vouloir rendre hommage à ce leader qu'ils admiraient".

"Quelqu'un a décidé au TPI que les Serbes n'avaient aucun droit"

Les premières accusations contre le TPI sont en fait venues de Moscou. "Malheureusement, en dépit de nos garanties, le tribunal n'a pas accepté de donner la possibilité à Slobodan Milosevic de se faire soigner en Russie", a déclaré le ministère des Affaires étrangères russe dans un communiqué. "Ceux qui ont refusé à Milosevic de venir se faire soigner doivent démissionner", a réagi Lioubov Sliska, vice-présidente du Parlement russe et membre du parti pro-Kremlin Russie unie. "Le TPI prend le plus grand soin de ses accusés, et de celui-ci en particulier", a répliqué un porte-parole du TPI, Christian Chartier.

Mais un conseiller juridique de Milosevic, Zdenko Tomanovic, est allé plus loin en affirmant samedi soir que son client lui avait déclaré avant sa mort qu'on avait tenté de l'empoisonner. Il a demandé que l'autopsie soit effectuée à Moscou. Finalement, elle aura bien lieu à La Haye, mais en présence du médecin-chef du Conseil national (serbe) de coopération avec le TPI. Pour le frère du défunt, Borislav Milosevic, ancien ambassadeur de Yougoslavie en Russie, "le tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie porte l'entière responsabilité de cela". "Il a été systématiquement tué pendant toutes ses années (de détention) à La Haye", a déclaré quant à lui Ivica Dacic, haut responsable du Parti socialiste serbe (SPS, opposition).  Avant de poursuivre dans la provocation lors d'une conférence de presse : "Nous estimons que Slobodan Milosevic doit être enterré dans son pays, à Belgrade dans l'Allée des Grands". Haut responsable du Parti radical, Tomislav Nikolic a lancé à la radio indépendante B92 : "Quelqu'un a décidé au Tribunal de La Haye que les Serbes n'avaient aucun droit, qu'ils ne sont pas des hommes, qu'ils sont au niveau de ceux enfermés dans la prison de Guantanamo".

"Personne n'aura le courage de dire que le TPI n'est pas antiserbe"

Le ton était le même du côté de certains Serbes dans les rues de Belgrade. La nouvelle du décès de Milosevic allait de bouche à oreille à grande vitesse au marché Kalenic, le plus grand de Belgrade au centre de la capitale, où les vendeurs avaient les oreilles collées à leurs postes de radio portables, écoutant les bulletins d'information. Et déjà, des opposants à Milosevic se disaient persuadés que sa mort, dans sa cellule à La Haye, aura un effet négatif sur la Serbie. Certains redoutant que les supporters de "Sloba" n'en fassent un martyr. Avec aussi cette autre crainte : "Personne n'aura désormais le courage de dire que le TPI n'est pas une institution antiserbe. Pas maintenant, pas après cette semaine après les décès de Milan Babic et de Milosevic".

Car Slobodan Milosevic est le quatrième détenu à décéder dans la prison du TPI, alors qu'il venait de se voir refuser un transfert à Moscou pour raisons médicales. Dimanche, l'ex-chef des Serbes de Croatie, Milan Babic, 50 ans, condamné à 13 ans de prison pour crime contre l'humanité pendant la guerre de 1991-1995 en Croatie, s'était suicidé. Selon des informations non confirmée officiellement, Babic se serait pendu. Mais alors que les circonstances de la mort de Milosevic n'ont pas encore été divulguées, Steven Kaye, l'un des avocats commis d'office contre l'avis de Milosevic, qui assurait lui-même sa défense, a indiqué à la BBC que son client lui avait assuré "il y a quelques semaines qu'il n'avait aucune intention de mettre fin à ses jours". L'hypothèse du suicide a également été implicitement écartée par le TPI.

Photo d'ouverture : le communiqué du TPI confirmant la mort de Slobodan Milosevic - DR

le 11 mars 2006 à 16:01
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1 Commentaires

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  • Ben, le 11/03/2006 à 17h57

    4 leaders serbes morts dans les geoles du TPI durant leur procès c'est louche.. Le TPI serait il pire que guantanamo?

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