
Dubaï Ports World jette l'éponge. Suite à son rachat de la compagnie britannique P&O (pour 6,8 milliards de dollars), cette société des Emirats arabes unis, appartenant au cheikh Mohammad ben Rached Al-Maktoum, émir de Dubaï, devait prendre le contrôle de six ports américains (New York, Philadelphie, Newark, Miami, La Nouvelle-Orléans et Baltimore).
Mais l'opération a très vite pris un tournant politique outre-Atlantique. Les parlementaires, démocrates et républicains, s'y sont rapidement opposés au nom de la sécurité intérieure des Etats-Unis.
Soulignant que deux des pirates du 11 septembre étaient émiratis et que Dubaï avait servi de base arrière logistique et financière aux attaques, ils affirmaient que la prise de contrôle de ces portes d'entrées pouvait permettre à des terroristes de pénétrer plus facilement dans le pays.
Menace de veto présidentiel
De son côté, George W. Bush, soucieux de ne pas heurter un pays ami dans sa lutte contre le terrorisme, était favorable au rachat. Reprenant les arguments de DP World, la Maison Blanche faisait notamment remarquer que la transaction portait uniquement sur la gestion commerciale des ports, et non sur leur sécurité. Celle-ci devait en effet rester sous le contrôle des autorités américaines, par l'intermédiaire des gardes côtes et du FBI.
Au fil des jours, le bras de fer entre le président et sa majorité devenait de plus en plus dur. Une loi bloquant de fait le rachat était notamment sur les rails au Congrès, tandis que George W. Bush menaçait d'utiliser son droit de veto pour la première fois depuis son arrivée dans le Bureau Ovale en janvier 2001.
Finalement, "dans l'intérêt des Emirats arabes unis et des Etats-Unis et pour préserver notre relation", c'est l'émir de Dubaï en personne qui a décidé d'abandonner la partie de la transaction concernant les ports américains. Leur gestion sera confiée à une "entité américaine" -qui reste à déterminer.
Deux poids, deux mesures
Reste maintenant à savoir quelles seront les conséquences de cet imbroglio. A huit mois des élections de mi-mandat, il pose la question des relations entre les parlementaires républicains et un président désormais très impopulaire.
Sur le plan diplomatique et commercial, il envoie un très mauvais signal au monde arabe. "Cela signifie qu'une compagnie du Moyen-Orient est de facto interdite d'investissement sur le sol américain" expliquent les observateurs. Un credo repris par George W. Bush : "je suis inquiet du message que ce problème pourrait envoyer à nos amis et à nos alliés dans le monde, en particulier au Moyen-Orient" a-t-il déclaré. Pour certains, il pourrait en effet sembler y avoir deux poids deux mesures sur le sujet : des compagnies étrangères opèrent déjà dans divers ports des Etats-Unis.
Une société de Dubaï déjà implantée aux Etats-Unis |
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(photo DR : le port de Newark)
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