Les ports américains ne deviendront pas arabes

Par Par Fabrice AUBERT, le 10 mars 2006 à 11h05 , mis à jour le 18 mars 2006 à 07h55

Face à la fronde de la majorité républicaine, la société de Dubaï qui devait racheter six ports américains abandonne finalement la transaction. La décision évitera à George W. Bush, favorable à l'opération, de s'opposer aux siens au Congrès.

port de newark

Dubaï Ports World jette l'éponge. Suite à son rachat de la compagnie britannique P&O (pour 6,8 milliards de dollars), cette société des Emirats arabes unis, appartenant au cheikh Mohammad ben Rached Al-Maktoum, émir de Dubaï, devait prendre le contrôle de six ports américains (New York, Philadelphie, Newark, Miami, La Nouvelle-Orléans et Baltimore).

Mais l'opération a très vite pris un tournant politique outre-Atlantique. Les parlementaires, démocrates et républicains, s'y sont rapidement opposés au nom de la sécurité intérieure des Etats-Unis.

Soulignant que deux des pirates du 11 septembre étaient émiratis et que Dubaï avait servi de base arrière logistique et financière aux attaques, ils affirmaient que la prise de contrôle de ces portes d'entrées pouvait permettre à des terroristes de pénétrer plus facilement dans le pays.

Menace de veto présidentiel

De son côté, George W. Bush, soucieux de ne pas heurter un pays ami dans sa lutte contre le terrorisme, était favorable au rachat. Reprenant les arguments de DP World, la Maison Blanche faisait notamment remarquer que la transaction portait uniquement sur la gestion commerciale des ports, et non sur leur sécurité. Celle-ci devait en effet rester sous le contrôle des autorités américaines, par l'intermédiaire des gardes côtes et du FBI.

Au fil des jours, le bras de fer entre le président et sa majorité devenait de plus en plus dur. Une loi bloquant de fait le rachat était notamment sur les rails au Congrès, tandis que George W. Bush menaçait d'utiliser son droit de veto pour la première fois  depuis son arrivée dans le Bureau Ovale en janvier 2001.

Finalement, "dans l'intérêt des Emirats arabes unis et des Etats-Unis et pour préserver notre relation", c'est l'émir de Dubaï en personne qui a décidé  d'abandonner la partie de la transaction concernant les ports américains. Leur gestion sera confiée à une "entité américaine" -qui reste à déterminer.

Deux poids, deux mesures

Reste maintenant à savoir quelles seront les conséquences de cet imbroglio. A huit mois des élections de mi-mandat, il pose la question des relations entre les parlementaires républicains et un président désormais très impopulaire.

Sur le plan diplomatique et commercial, il envoie un très mauvais signal au monde arabe. "Cela signifie qu'une compagnie du Moyen-Orient est de facto interdite d'investissement sur le sol américain" expliquent les observateurs. Un credo repris par George W. Bush : "je suis inquiet du message que ce problème pourrait envoyer à nos amis et à nos alliés dans le monde, en particulier au Moyen-Orient" a-t-il déclaré. Pour certains, il pourrait en effet sembler y avoir deux poids deux mesures sur le sujet : des compagnies étrangères opèrent déjà dans divers ports des Etats-Unis.

Une société de Dubaï déjà implantée aux Etats-Unis


Juste avant l'annonce de DP World, Time Magazine révélait qu'une autre société détenue par Dubaï fournit des services à 12 ports et à l'armée américaine. La compagnie britannique Inchcape Shipping Services (ISS) a en effet été vendue en janvier à "une société d'investissement du gouvernement de Dubaï pour 285 millions de dollars", selon l'hebdomadaire.

ISS possède plus de 200 bureaux dans le monde, dont plus d'une douzaine dans des villes portuaires aux Etats-Unis dont Houston, Miami et La Nouvelle-Orléans. Elle fournit, entre autres, "des bateaux-pilotes, des remorqueurs et des dockers".

En juin dernier,  la marine américaine avait également signé  un contrat de 50 millions de dollars avec ISS pour en faire son "gestionnaire de navires dans la plupart des ports en Asie du Sud-Ouest, y compris ceux du Proche-Orient", selon un manuel de logistique non classé secret défense de l'US Navy, cité par Time.

(photo DR : le port de Newark)

Par Par Fabrice AUBERT le 10 mars 2006 à 11:05
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9 Commentaires

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  • Fil, le 10/03/2006 à 17h23

    La plupart des auteurs des commentaires seront surpris d'apprendre qui est le pricipal actionnaire de CitiBank par exemple...

  • Alexandre, le 10/03/2006 à 17h09

    A Moulay : le mot "arabe" n'est pas une injure que je sache, alors qui y'a t'il de scandaleux dans le titre de l'article de ce journaliste? Il faudrait arreter de s'enflammer par complexe de supériorité ou autres dès qu'une info concerne des pays ou des stés arabes; employer le terme arabe relève de la stricte info.

  • Christophe, le 10/03/2006 à 14h41

    Mort de rire: que les USA utilisent cette politique commerciale dans les pays arabes ne les dérangent pas mais quand ils voient l'inverse chez eux, ils ne sont pas d'accord! Peut-être celà pourra-t-il leur ouvrir les yeux sur les pourquois des comments de la haine qu'ils inspirent à leur encontre dans certaines régions du globe. Enfin bref...

  • Moulay, le 10/03/2006 à 14h19

    Je trouve encore plus scandaleux le titre!!!!!! Les ports américains ne deviendront pas arabes!!!!!!!!!!!! Au lieu de traiter le sujet d'un point de vue purement économique puis stratégique vu des américains, Mr Aubert s'engouffre dans du populisme!!! Avez vous rencensé les compagnies américaines qui ont en majorité des capitaux dits "arabes"????!!! Un peu plus de lucidité ne vous ferait pas de mal. Merci de me publier!!!!!

  • Farielle, le 10/03/2006 à 13h59

    Un site financier arabe en amérique ki aurai cru. Mai des sites américain chez les arabes OUI, juste pour l'or noire. Les américains pompent leur Pétrole et eux n'ont pa droit de gérer les ports. On son les échanges équitables? Chez les américains aussi ya d terroristes, ya ka voir les photos et vidéo ke l'on voi dan les infos. De tte façon qui pourra défié la politique de Bush et des américains, il est pa encore né. Merci de publier

  • MOI, le 10/03/2006 à 13h58

    Ce n'est pas du tout un bon exemple de liberalisme c'est presque du communisme,en tout cas cette demarche protectioniste demontre bien le fashisme ambiant...

  • Jean-jacques, le 10/03/2006 à 13h55

    C'est pas ici en France que ça se verrait un truc pareil. Nous ici, on vend tout et aprés les usines se barrent à l'étranger.

  • YVON, le 10/03/2006 à 13h16

    Tous les pays devraient imiter les USA sur ce point et mettre fin aux privatisations des secteurs stratégiques.

  • Mazen, le 10/03/2006 à 12h34

    C'est vraiment la HONTE pour une "démocratie" comme les Etats Unis, c'est contre les regles internationaux de l'OMC. il s'agit d'une opération commerciale la politique n'a rien a voir là dedans!!!

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