La presse européenne sévère envers le TPI

le 12 mars 2006 à 12h31 , mis à jour le 12 mars 2006 à 12h47

La presse européenne soulignait dimanche l'image écornée du Tribunal pénal international, après la mort en détention de Slobodan Milosevic. Pendant que certains titres entretenaient le doute sur les circonstances de sa mort, d'autres soulignaient l'échec cinglant que cette disparition représente pour Carla Del Ponte et le Tribunal.

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L'image du Tribunal pénal international de la Haye a été ternie par le décès en cellule de Slobodan Milosevic, selon la presse européenne de ce dimanche. "Milosevic, un final avec points d'interrogation", estimait ainsi le journal libéral espagnol El Mundo, qui rappelle que "Milosevic est le quatrième prisonnier jugé par le TPI qui meurt en prison". "Il convient d'exiger du gouvernement néerlandais une enquête exhaustive sur sa mort pour faire la lumière tant sur ses causes que sur les conditions de sa détention", écrit l'éditorialiste. ABC (conservateur) estime également que "le fait que le dictateur soit mort dans sa cellule alors que son entourage avait dénoncé un manque de soins médicaux ne contribue en rien à la bonne image du TPI".

Regrettant la mort sans procès du "boucher des Balkans", l'hebdomadaire britannique The Sunday Telegraph est particulièrement sévère pour le TPI, qui a prouvé "combien la justice internationale est incompétente, inefficace et impotente". La presse italienne préférait entretenir les spéculations sur la cause de la mort de l'ex-dirigeant. Le Corriere della Sera met en exergue les "soupçons de ses avocats" et le quotidien La Repubblica en titrant "Mystère à La Haye" évoque la thèse du suicide à travers un entretien avec Carla Del Ponte. "Il pourrait nous avoir lancé son ultime défi. Et s'il s'était suicidé?", s'interroge en effet Mme Del Ponte, le Procureur du TPI, en rejetant toute responsabilité. "Six ans et demi de dur travail et de renonciations annulés. En tant que représentante des milliers de victimes qui réclament justice depuis des années je me suis retrouvée les mains vides. La mort de Milosevic représente pour moi un échec total", a admis Mme Del Ponte dans le journal.

"Carla del Ponte a perdu la principale bataille de sa carrière"

L'allemand Tagesspiegel enfonce le clou : "Carla del Ponte, procureur en chef résolue, a perdu avec sa mort la principale bataille de sa carrière. Milosevic avait avec beaucoup de succès réussi à ralentir les audiences à La Haye (...) Ce petit jeu n'a été détecté que bien trop tard par les juges. Maintenant on a retiré à jamais aux victimes la satisfaction de le voir condamné". La plupart des quotidiens grecs ont pour leur part insisté sur les conditions du décès et étaient peu nombreux à s'étendre sur le parcours politique de Milosevic. Pays voisin de la Serbie et pro-orthodoxe, la Grèce a soutenu la Serbie pendant le conflit yougoslave. Rizospastis (communiste) a publié un communiqué du parti communiste grec (KKE) soulignant que le décès de Milosevic "était un assassinat calculé" et que "les Etats-Unis et l'Union européenne étaient responsables pour la guerre en Yougoslavie".

L'ensemble de la presse européenne décortiquait la personnalité de l'ex-président. "Dans le rôle de salaud intégral, il fut toujours exceptionnel", attaque l'hebdobadaire français Le Journal du Dimanche, en parlant d'un homme "sans relief". "Milosevic était un opportuniste sans convictions fortes à l'exception de celle de protéger son propre pouvoir", écrit le journal suédois Svenska Dagbladet. "Le boucher des Balkans était l'architecte du génocide", un homme "sans pitié" et "porté par un dédain des puissances occidentales", souligne De Telegraaf (populaire), premier quotidien néerlandais.

Pour le Sunday Times, on se rappellera de Slobodan Milosevic comme de "l'un des dirigeants les plus calamiteux du XXe siècle". L'autrichien Kurier fustige "un opportuniste de province qui a surfé sur la vague nationaliste". Il "a plongé beaucoup de Serbes dans la misère, la criminalité, la corruption, le désarroi politique et leur a valu à tous une étiquette de peuple criminel". "Parmi les nombreux tyrans qu'a connu le XXe siècle, Slobodan Milosevic a été le dernier d'une longue série à plonger plusieurs nations et son peuple dans la tragédie au nom d'une insatiable soif de pouvoir", dénonce le journal portugais Publico. La presse bulgare confirme en rappelant que "l'ombre de Milosevic a privé son pays et la région d'une perspective européenne pendant une décennie", tandis que l'embargo international imposé à Belgrade "a nourri la criminalité organisée en Bulgarie".

Photo d'ouverture : les titres de la presse dans un kiosque de Belgrade - DR

le 12 mars 2006 à 12:31
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