"Berlusconi, populiste, oui, fasciste, non"

Par Propos recueillis par Fabrice AUBERT, le 07 avril 2006 à 06h45 , mis à jour le 07 avril 2006 à 09h02

Malgré son faible bilan, le Premier ministre italien est au coude à coude avec Romano Prodi pour les législatives de dimanche et lundi. Marc Lazar, spécialiste de l'Italie, explique à lci.fr les raisons d'un phénomène qui, vu de France, apparaît souvent comme incongru.

TF1/LCI berlusconi meeting

TF1/LCI italie berlusconi livre marc lazarMarc Lazar est notamment l'auteur de "L'Italie à la dérive" (Editions Plon-Perrin).

Lci.fr : En France, les médias véhiculent l'image d'un Berlusconi populiste, limite fasciste. Est-elle déformée ?
Marc Lazar : Le jugement est excessif mais il provient du personnage qui pousse à l'excès. Berlusconi trouble tellement qu'on a envie de le placer dans des catégories simplifiées : populiste, télécrate ou fasciste. Or pour bien comprendre, il faut analyser la complexité du phénomène. Populiste, il l'est, c'est certain. Ses provocations sont permanentes, il transgresse les règles.

Mais fasciste, non, au contraire, bien qu'il tente de museler les médias, et même s'il affirme vouloir faire la peau aux juges et aux journalistes. Il existe toujours une démocratie en Italie et même lui se retrouve dans une position de médiateur où il doit concilier avec les différents partis qui forment sa coalition. Ses électeurs attendent quant à eux de la clarté et de la simplification, et surtout la liberté de faire ce qu'ils veulent. Leur raisonnement est basique : "je veux faire ce que je veux sans avoir besoin de respecter les règles".

Lci.fr : Plus qu'une élection, Berlusconi a essayé de transformer le scrutin en référendum pour ou contre lui. Pari risqué ?
M.L. : C'est justement sa force et même sa réussite. Aujourd'hui, il dit aux Italiens : "voulez-vous que je continue ou pas ?". Cette personnalisation du vote à outrance fait que les électeurs qui diront "non" diront "non" à Berlusconi, ils ne diront pas "oui" à Prodi. Résultat : il a réussi à se placer au centre du débat et la gauche se retrouve sur la défensive.

"Berlusconi flatte le sentiment anti-politique"

Lci.fr : En 2001, Berlusconi avait mis en scène son "contrat avec les électeurs". Quel bilan peut-on tirer cinq ans après ?
M.L. : C'est un bilan globalement négatif. En cinq ans, le déficit public a augmenté, la compétitivité des entreprises et la productivité du travail ont reculé, les systèmes universitaire et de la recherche se sont dégradés. Il faut néanmoins admettre que sur certains points, il a réussi à tenir ses promesses. Il a prolongé le système de retraites mis en place par la gauche et a augmenté les pensions, les impôts ont baissé, même si c'est moins que prévu. Enfin, le chômage a été réduit à 7,5% de la population active. Malgré tout, l'Italie est à la dérive et sa situation économique est pire qu'en France ou en Allemagne.

Lci.fr : Pourtant, 1 Italien sur 2 s'apprête à voter pour sa coalition, dont 1 sur 4 pour son parti, Forza Italia.
M.L. :
Il faut vraiment raisonner sur la densité politique mais également socio-économique de Berlusconi et de l'Italie d'aujourd'hui pour comprendre ce phénomène.

En cinq ans, les inégalités sociales et régionales se sont accrues. Les salariés du public et du privé ont souffert, notamment les seconds qui ont voté Berlusconi en 2001. Mais entrepreneurs, artisans, commerçants et professions libérales ont bénéficié des nouvelles mesures, notamment la fin de l'impôt sur la succession. Evidemment, cette suppression a profité à Berlusconi à titre personnel, mais elle a aussi et surtout profité à beaucoup d'Italiens qui peuvent désormais transmettre leur entreprise à leurs enfants sans rien payer. Or la structure familiale est très importante dans le pays. Ces électeurs sont donc satisfaits de la législature. Plus globalement, le thème des impôts a fait mal à la gauche pendant la campagne.

D'un point de vue régional, il faut également souligner de grandes disparités. Le chômage est par exemple à 7,5% au niveau national. Mais il est très faible dans le Nord (3-4%) et endémique dans le Sud (15%).

Lci.fr : Comme Bush face à Kerry en 2004 aux Etats-Unis, Berlusconi est vivement contesté dans son pays par les intellectuels et la presse ainsi qu'à l'étranger. En face de lui, il combat un adversaire compétent mais moins vindicatif. Pour le même résultat ?
M.L. :
Faire un pronostic est très difficile. Mais il est vrai qu'on a tendance à caricaturer Berlusconi comme on pouvait le faire avec Bush. En revanche, ce qui est vrai, c'est que lorsqu'il tape sur les grands patrons, lorsqu'il insulte les électeurs de gauche en les traitant de "couillons", il flatte le sentiment anti-politique de beaucoup d'électeurs. C'est la caractéristique de base du populisme. Cela en dit aussi beaucoup malheureusement sur la mentalité des Italiens aujourd'hui.

(photo : Silvio Berlusconi lors d'un meeting)

Rendez-vous : Marc Lazar sera l'invité mardi prochain sur LCI de l'émission "Questions d'actu" consacrée aux résultats de l'élection (diffusion à 11h10 et 17h10)

Par Propos recueillis par Fabrice AUBERT le 07 avril 2006 à 06:45
Envoyer cette page à un ami
Les champs marqués par une étoile * sont obligatoires.
Les derniers articles Monde
  

19 Commentaires

Afficher : Les plus récents | Les plus appréciés

  • Rko95, le 07/04/2006 à 17h10

    Comme c'est beau de voir des récits sur berlusconi juste en regardant les guignols et le zapping. Le fait est qu'en tout cas on entend pas trop les propositions de prodi, on pourrait faire un parallèle avec la france, ou les élections de 2007 vont aussi se jouer sur "pour sarkozy" ou "contre sarkozy", un peu normal quand ton adversaire principale ne propose rien et passe son temps a critiquer...

  • Cricri, le 07/04/2006 à 16h55

    Le dénommé Bruno écrit des choses à hurler de rire,c'est le discours type du français qui n'a jamais posé un pied à l'étranger;dire que Berlusconi doit être élu pour le bien de l'Italie c'est consternant,moi qui suis de droite je n'oserai même pas comparer ce sinistre individu avec Sarkozy,on peut ne pas aimer ce dernier mais le comparer à des bouffons comme Berlusconi ou Bush cela relève de la pathologie. Un conseil:voyagez( j'ai passé 30 ans hors de France donc je parle de ce que je sais)ça arrivera peut être un jour à vous éviter de sombrer dans le jugement approximatif ( j'ai entendu dire que..il parait que...)

  • Alain, le 07/04/2006 à 16h13

    A Pascal de Paris. Al Capone il est deja elu et c'est en France. D'ailleurs il a vote sa propre loi pour eviter les juges.

  • Alain, le 07/04/2006 à 16h12

    Il faut quand meme rappeler que le fascisme est derive du socialisme, tout comme le notional socialisme. C'est vrai qu'apres la guerre les gauchistes ont mis beaucoup d'efforts pour effacer cette tache dans leur histoire, mais le fait est la.

  • Joseph G., le 07/04/2006 à 16h03

    A 46 ans, Je suis venu m'installer a qq kilomètre de Rome il y a 2 ans, par amour de ce pays, de cette ville et de ma femme (romaine). 2 ans plus tard, nous préparons notre rappatriement d'urgence, lassés de vivre au moyen age pour tout ce qui concerne les services (routes défoncées et saturées; trains en retards permanents, vétustes et dangereux; Ecoles sans moyens et cours "orientés" politiquement; Sanité et hopitaux dignes du moyen age; télécommunications en décrépitude; etc.) Voilà ce qu'a fait en 5 ans Silvio B., affairiste, populiste, égoïste, Voleur, Clientéliste, prétentieux et francophobes (et j'en oublie). Nous préférons même oublier son nom !!!

  • David, le 07/04/2006 à 15h54

    -il monopolyse les medias -il s allie avec les facistes menés par la fille de mussolini -il vote des lois pour se proteger -il est corrompu jusqu a la moelle.... FUORA! pourvu que Romano soit élue et que l Italie retrouve sa propreté..

  • Paolo, le 07/04/2006 à 13h29

    Berlusconi est une anomalie de la démocratie, avec un conflit d'interet qui rend ses actions interpretables, certes. Ceci dit, il a accompli plein de réformes, il a accompli 90% du "contrat" qu'il avait presenté en 2001, sans parler des reformes structurelles (retraites, marché du travail) dont l'Italie a vraiment besoin... Du mauvais, et du bon trés bon par rapport au passé politique Italien). Il est certainment vulgaire et excessif, mais il est un etre humain qui subie depuis dix ans une guerre à sa personne qui va au dela du bon sens et de l'interet national. Je ne demande pas a épouser la cause berlusconienne, mais au moins à etre fair et pragmatique sans considerer mauvais TOUT ce que cet homme a accompli. Cela n'a pas ete le cas depuis des années: on a assisté plustot à une approche ideologique qui soutien tout simplement le NON DROIT d' EXISTENCE de Berlusconi.

  • Bruno, le 07/04/2006 à 13h22

    Evidemment quand un homme de droite (et pas de la fausse droite française) est au pouvoir, il est nécessairement fasciste cf berlusconi, bush, sarko. La gauche nous fait part comme d'hab de son terrorisme intellectuel. Bref, des méthodes nobles et démocratiques qui ne surprennent pas vraiment de la part des adorateurs de staline et mao. En espérant, pour le bien de l'Italie, que berslusconi soit réélu...

  • Pascal, le 07/04/2006 à 13h12

    J'ai du mal à comprendre que l'on puisse voter pour un arnaqueur, un charlatant, un malhonnete pareil... C'est sans doute la personne ayant le plus profité honteusement de l'appareil politique pour ses profits personnel, tout en insultant ses adversaires, et il y en a quand meme pour dire que c'est un bon premier ministre?????? C'est vraiment le monde à l'envers!! C'est qui le prochain? Al Capone Junior??

  • Carlo, le 07/04/2006 à 13h04

    J'ai bien apprecié cet article qui analyse finement ce qui en train de se produire dans le pays. Il ne s'agit pas de voter gauche ou droite, mais d'etre pour ou contre Berlusconi. Les autres grands partis de la coalitions de droite semble ne rien conter: la droite c'est lui. Comme idées je suis à droite, mais je voterai à gauche seulement pour ne plus le voir où il est. Dans un pays réellement à droite et surtout démocratique, pour un mal elevé grossier truand comme lui qui a mené ce pays a l'épuisement economique, social et surtout ethique pour mener a bien seulement ses propres affaires, autre serait sa juste place... Entendu Monsieur Berlusconi?

Lire tous les commentaires

       Chargement en cours...
      Alertez-nous
        alertez-nous

        Témoin d'un événement ?

        Alertez la rédaction !

        Envoyez une alerte

        A lire aussi
        logAudience