
Il manquait d'affection, de repères et a erré à Londres sans le sou : mercredi les jurés au tribunal fédéral d'Alexandria ont appris comment Zacarias Moussaoui, comme d'autres Français issus de l'immigration, a été recruté par Al-Qaïda. Avant même d'arriver à Londres, au début des années 1990, "la coupe était pleine" pour Zacarias Moussaoui, a témoigné le psychologue spécialiste des phénomènes sectaires Paul Martin.
Ce Français d'origine Marocaine, qui risque la peine de mort ou la prison à vie pour complicité avec les auteurs des attentats du 11-Septembre, avait eu une enfance difficile, marquée par des problèmes familiaux et, comme d'autres Français issus de l'immigration et acculturés, il représentait une proie facile pour Al-Qaïda, selon l'expert.
Dans une situation vitale difficile
Les recruteurs opéraient comme les sectes, en effaçant un sentiment de "marginalisation" et en comblant des vides affectifs, voire économiques, a-t-il souligné, en citant les travaux du sociologue Farhad Khosrokhavar, spécialiste en France de ces questions.
Avant même de quitter la France, le racisme était devenu chez Zacarias Moussaoui "une obsession", a aussi indiqué, dans un livre qui lui est consacré, son frère Abd Samad. Mais il n'avait pas abandonné toute illusion.
Titulaire d'un BTS technico-commercial, il se rêvait homme d'affaires dans l'import-export et avait fini par vendre sa Ford Fiesta pour séjourner à Londres et perfectionner son anglais. Or, sur place, "personne ne l'attendait", a souligné Abd Samad dans "Zacarias Moussaoui, mon frère".
Agé d'un peu plus de 20 ans, âge propice à l'apparition d'une maladie comme la schizophrénie, un temps hébergé dans un foyer de sans-abris, il était dans "une situation vitale difficile". Les recrues ayant son profil "n'ont pas de sentiment d'appartenance" à un groupe. "Et lorsqu'ils sont pour la première fois en contact avec des éléments radicaux, ils ont (...) le sentiment d'appartenir!", a expliqué M. Martin.
Ce sentiment là, il l'a d'abord eu à la mosquée de Brixton, dans le sud de Londres. Réputée modérée, elle accueille essentiellement des convertis à l'islam. "On l'héberge, il est apprécié, il s'intègre", dit M. Martin.
"Lavage de cerveau"
Aux abords de la mosquée, les recruteurs guettent. Moussaoui est sans doute embrigadé dans des "cercles d'études" de l'islam. Selon l'expert, au sein de ces cercles, la mosquée de Brixton est dévalorisée. On explique aux étudiants qu'ils peuvent apprendre au côté de véritables spécialistes parlant l'arabe. On visionne des films violents montrant des atrocités commises à l'égard de musulmans en Bosnie: castration, exhibition du fruit de cette castration sur des plateaux. A cette époque, Moussaoui était entouré et a d'ailleurs décroché un master en commerce international en 1995.
L'étape suivante est archi-connue: les camps d'entraînement en Afghanistan, où le sentiment d'appartenir à un groupe de privilégiés se solidifie. Selon une version déclassifiée d'un rapport de la CIA de 2003 lue à l'audience, sur place les recrues se voyaient encore appliquer des techniques sectaires: "lavage de cerveau", "isolement" de la famille.
Après une brève suspension, l'audience s'est poursuivie, avec le témoignage d'un éminent psychiatre américain, Michael First, qui a dès le départ expliqué qu'il était persuadé, comme un autre expert appelé la veille, que le Français était atteint de schizophrénie. Avec ces témoignages, les avocats de Zacarias Moussaoui cherchent à mettre en valeur des "circonstances atténuantes" qui amèneront les jurés à le condamner à la réclusion à perpétuité et non à la peine de mort. (AFP)
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