Italie : questions sur une élection

Par Par Fabrice AUBERT, le 11 avril 2006 à 14h24 , mis à jour le 26 avril 2006 à 09h23

Pourquoi tant d'incertitude sur le résultat final ? Prodi pourra-t-il gouverner librement ? Retour sur la folle journée électorale italienne et projections sur les incertitudes à venir.

TF1/LCI italie berlusconi prodi resultats incertitude

COMMENT FONCTIONNE LE PARLEMENT ITALIEN ?
Pour comprendre l'incertitude qui a régné toute la nuit, il faut se pencher sur la Constitution italienne. Comme en France, le Parlement italien est composé de deux institutions : la Chambre des députés, élue au niveau national, et le Sénat, représentant des régions.

Mais à la différence de l'Hexagone, les deux entités ont exactement le même pouvoir, en investissant notamment le Premier ministre. Une loi a également besoin d'y être votée dans les mêmes termes pour être appliquée.

En cas de majorités différentes qui se neutralisent, le pays est de fait ingouvernable. C'est la situation qui aurait pu se produire si la gauche avait gagné la Chambre des députés et la droite le Sénat.

QUEL EST LE RESULTAT FINAL ?
Après bien des incertitudes et plusieurs rebondissements de situation, "L'Union" -la coalition de gauche- a finalement obtenu la majorité absolue en sièges à la Chambre des députés ET au Sénat.

QUELLE A ETE LA PARTICIPATION ?
83,9% des 47 millions d'électeurs inscrits se sont déplacés. Un score bien plus élevé que lors des dernières législatives de 2001 (81%).

QUI SERA LE PROCHAIN PREMIER MINISTRE ?
En théorie, il s'agit du leader de la coalition arrivée en tête à la Chambre des députés : en l'occurence, Romano Prodi (cliquez ici pour voir son portrait en vidéo).

LA NOUVELLE LOI ELECTORALE A-T-ELLE CHANGE LA DONNE ?

- A la Chambre des députés : le bloc de Romano Prodi a bénéficié de la "prime au vainqueur" instituée par la réforme votée fin 2005. Ne disposant que de 25 224 voix d'avance au niveau national sur 47 millions d'électeurs (49,8% contre 49,7% des suffrages), "L'Union" a en effet obtenu automatiquement 340 des 630 sièges. Elle y a ajouté celui obtenu par le candidat d'une petite liste dans le Val d'Aoste pour porter sa majorité à 341 députés. Malgré sa faible défaite, "La maison des libertés" de Silvio Berlsuconi doit quant à ellle se contenter de 277 mandats. Les 12 députés élus par les Italiens de l'étranger complèteront la composition de la nouvelle Chambre.

- Au Sénat : la gauche avait fustigé la réforme électorale, affirmant qu'elle avait été instituée par Silvio Berlusconi pour limiter sa probable défaite, voire la transformer en victoire grâce à un système très complexe de répartition des sièges à la proportionnelle et par régions.

Or cette nouvelle donne a finalement profité à "L'Union". Majoritaire en voix (50,2%), "La maison des libertés" n'obtient que 156 sièges sur 315. Minoritaire en voix (48,9%), la gauche en récolte en revanche 158 et dispose donc de la majorité absolue -le dernier mandat, revenant au représentant des Italiens d'Amérique du Sud, ne peut changer la donne.

POURQUOI DES ECARTS DE VOIX A LA CHAMBRE ET AU SENAT ?
La gauche est majoritaire en voix à la Chambre mais minoritaire au Sénat. Une situation qui s'explique en grande partie par le code électoral : il suffit d'avoir 18 ans pour élire les députés. En revanche, seuls les Italiens de plus de 25 ans ont le droit de vote pour le Sénat.

Y-A-T-IL DES RECLAMATIONS ?
Lundi soir, quand le résultat s'est inversé en faveur de Silvio Berlusconi, plusieurs partis de la coalition de gauche ont parlé de fraudes et demandaient des enquêtes. Une exigence oubliée mardi matin après que Romano Prodi est repassé en tête.

C'est désormais le bloc de droite qui pourrait porter réclamation. Il envisagerait notamment de demander à ce que 500 000 bulletins annulés soient vérifiés. "Aucun des deux camps n'a réuni 50% à la Chambre des députés et l'écart est inférieur à 25 000 voix. Etant donné ce faible écart, il faudra revérifier très attentivement le dépouillement et les résultats" souligne Paolo Bonaiuti, le bras droit de Berlusconi.

PRODI DISPOSERA-T-IL DES MOYENS POUR GOUVERNER ?
Au Sénat, sa majorité ne tient qu'à une voix. Or sa coalition, qui va de l'extrême-gauche aux centristes, est très hétéroclite et en désaccord sur de nombreux points (PACS, économie, Irak, nucléaire...). Elle ne se retrouvait que sur un seul point : l'anti-Berlusconisme. "Il professore" devra donc composer avec ses différents alliés et leurs exigences pour appliquer son programme. Plus globalement, il devra rassembler une Italie divisée en deux entre les anti et les pro-Berlusconi.

De nombreux observateurs prédisent déjà que le gouvernement ne tiendra que quelques mois et envisagent de nouvelles élections dès l'année prochaine.

QUEL A ETE LE PREMIER DISCOURS DE PRODI ?
Il s'est exprimé lundi midi (cliquez ici pour voir un extrait), avant même la proclamation des résultats définitifs. "L'Europe et la paix seront au centre de la politique de mon gouvernement" a-t-il déclaré après avoir revendiqué la victoire et le poste de Premier ministre.

"Ce sera un gouvernement pour tous les Italiens, même pour ceux qui n'ont pas voté pour nous" a-t-il ajouté, estimant que "les marchés financiers et la communauté internationale accueilleront favorablement ce nouveau gouvernement". Concernant la présence des troupes italiennes en Irak, il a souligné qu'il préconisait toujours "le retrait le plus rapide possible en concertation avec les autorités irakiennes".

BERLUSCONI VA-T-IL ABANDONNER LA POLITIQUE ?
Non, au contraire. Donné largement battu dans les sondages il y a encore deux mois, sa remontée et son infime défaite signifie que sa politique, bien que très contestée, était néanmoins soutenue par un Italien sur deux. Il pourrait miser sur un échec de la coalition de gauche et de nouvelles élections pour remonter en selle.

QUELLES SONT LES PROCHAINES ETAPES ?
Dans un premier temps, Silvio Berlusconi devrait rester en fonction pour gérer les affaires courantes jusqu'à l'investiture du nouveau gouvernement. Il pourra signer des décrets et répondre si nécessaire aux situations d'urgence.

Voici en théorie le calendrier politique à venir :
- 28 avril : première réunion du nouveau Parlement.
- 29 avril : élection des présidents du Sénat et de la Chambre des députés.
- avant le 5 mai : élection des présidents des groupes parlementaires, étape nécessaire avant la formation du nouveau gouvernement.
- 12-13 mai : le Sénat, la Chambre des députés et les représentants des régions se réunissent pour désigner le nouveau chef de l'Etat. Le mandat de Carlo Azeglio Ciampi arrive à expiration le 18 mai et on ignore s'il sera candidat à sa propre succession.
- après le 13 mai : une fois élu, le nouveau chef de l'Etat entame ses consultations sur la formation du nouveau gouvernement. Il nomme le nouveau président du Conseil - a priori, Romano Prodi- après avoir consulté les chefs des groupes parlementaires. Le président du Conseil et le gouvernement doivent ensuite remporter un vote de confiance devant les deux entités du Parlement dix jours après avoir été investis par le chef de l'Etat.

Cependant, un nouveau comptage des voix et l'éventualité d'une contestation pourrait retarder la proclamation officielle des résultats et plonger le pays dans une période d'incertitude.

(photo : à la télévision italienne, lundi soir)

Par Par Fabrice AUBERT le 11 avril 2006 à 14:24
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2 Commentaires

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  • Joss, le 11/04/2006 à 16h55

    Hier soir sur ce même lieu, toute une meute se félicitait du succés de Berlusconi. Moralité, il vaut mieux attendre avant de se déchainer et entre nous si un candidat Français annonce que s'il est élu il fera disparaitre la taxe immobiliére, je suis sur qu'il sera élu même si c'est un tout mauvais.

  • Bénabar, le 11/04/2006 à 16h55

    Que de lire, cet pièce de théâtre, qu'une monnaie soit tombée sur pile ou sur face, l'inertie d'un nouveau gourvernement ne se ressent qu'au qu'au crépuscule de l'arrivée de nouveaux héros de l'euro ...

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