
C'est un revirement de situation totalement inattendu : après quinze jours de manifestations quotidiennes violemment réprimées dans le pays -une dizaine de morts selon le dernier bilan-, le roi Gyanendra du Népal, qui semblait prêt à engager un long bras de fer, a cédé à la pression populaire.
Alors que des dizaines de milliers de personnes avaient encore défilé quelques heures auparavant dans les rues de Katmandou vendredi, il a annoncé lors d'une allocution solennelle à la télévision qu'il remettait de nouveau "le pouvoir exécutif du pays au peuple". Il invite également les partis politiques, à l'origine du vaste mouvement de contestation actuel, à recommander le nom d'un nouveau Premier ministre, qui "aura la responsabilité de diriger le gouvernement".
La foule a accueilli la déclaration par des cries de joie et de satisfaction. Mais les trois plus grands partis politiques à l'origine de la contestation estiment l'offre insuffisante. "Le roi n'a pas évoqué les questions soulevées par les sept partis de l'alliance" lance notamment le Parti communiste du Népal marxiste-léniniste unifié.
Pleins pouvoirs
Le 1er février 2005, Gyanendra, arrivé au pouvoir dans des circonstances troubles en 2001 -son frère, le roi Birendra, sa femme et sept autres membres de famille royale avaient été assassinés par le prince héritier Dipendra qui s'était ensuite suicidé- s'était en effet arrogé les pleins pouvoirs. Son prétexte : l'incapacité du gouvernement à mâter les maoïstes, engagés depuis 1996 dans une guérilla qui auraient déjà fait plus de 13 000 morts. Il avait alors instauré alors l'état d'urgence et suspendu les droits fondamentaux.
Depuis, Gyanendra gouvernait sans partage et avait relégué aux oubliettes le multipartisme, accepté par son frère en 1990 sous la pression populaire. De fait, la monarchie parlementaire était redevenue une monarchie de droit divin. (cliquez ici pour voir le portrait de Gyanendra).
L'opposition alliée à la rébellion
En novembre dernier, les sept principaux partis politiques népalais s'étaient alliés aux rebelles maoïstes pour demander l'abolition d'une "monarchie autocratique" et le rétablissement de la démocratie. Après une première grève générale en janvier, ils ont lancé un nouveau mouvement de protestation le 6 avril dernier.
Cette contestation a été très suivie : malgré le couvre-feu imposé en journée, les manifestations se sont multipliées dans tout le pays. Le point d'orgue de la protestation a donc eu lieu ce jeudi et vendredi avec des défilés monstres à Katmandou, poussant donc Gyanendra à accéder aux revendications de ses sujets.
(photo : Gyanendra lors de son allocution, ce vendredi)
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