
Les manifestations contre le roi Gyanendra, qui s'est arrogé les pouvoirs absolus le 1er février 2005, se poursuivaient vendredi au Népal malgré la prolongation du couvre-feu, avec ordre de tirer à vue.
La veille, des dizaines de milliers de personnes ont défilé à Katmandou, où la répression a été sévère. Le bilan est désormais d'une dizaine de morts dans le pays depuis 15 jours.
- POURQUOI CES TROUBLES ?
Les partis politiques et les rebelles maoïstes manifestent pour le rétablissement de la démocratie.
Le 1er février 2005, le roi Gyanendra, arrivé au pouvoir dans des circonstances troubles en 2001 -son frère, le roi Birendra, sa femme et sept autres membres de famille royale avaient été assassinés par le prince héritier Dipendra qui s'était ensuite suicidé- s'est en effet arrogé les pleins pouvoirs. Son prétexte : l'incapacité du gouvernement à mâter les maoïstes, engagés depuis 1996 dans une guérilla qui auraient déjà fait plus de 13 000 morts. Il instaure alors l'état d'urgence et suspend les droits fondamentaux.
Depuis, Gyanendra gouverne sans partage et a relégué aux oubliettes le multipartisme, accepté par son frère en 1990 sous la pression populaire. De fait, la monarchie parlementaire est redevenue une monarchie de droit divin.
- LE ROI EST-IL POPULAIRE ?
Pas du tout. Au contraire, il est détesté par la population -alors que Birendra était resté populaire jusqu'à sa mort. L'incompréhension remonte à son accession au trône : beaucoup
de Népalais pensent qu'il est en fait à l'origine de l'assassinat de Birendra.
Surtout, alors que son peuple (25 millions d'habitants) vit en grande partie dans la misère, Gyanendra vit avec fastes dans ses différents palais et gouverne en s'appuyant sur son clan, notamment son fils, Paras, encore plus haï que lui.
Et depuis 14 mois, il ignore les appels réguliers de l'opposition, mais aussi de la communauté internationale, pour rétablir la démocratie. (cliquez ici pour voir son portait en vidéo).
- A QUAND REMONTE LA CONTESTATION ACTUELLE ?
Elle a été lancée en novembre dernier. Les sept principaux partis politiques népalais se sont alors alliés aux rebelles maoïstes pour demander l'abolition d'une "monarchie autocratique" et le rétablissement de la démocratie. Leur accord prévoit l'élection d'une Assemblée constituante, prélude à l'établissement d'une nouvelle Constitution.
De nombreux leaders ont ensuite été arrêtés et condamnés depuis les manifestations qui se sont déroulées dans tout le pays, notamment en janvier lors d'un premier mouvement de grève générale.
- QUE SE PASSE-T-IL DEPUIS QUELQUES JOURS ?
Le 6 avril, l'opposition et les maoïstes ont lancé une nouvelle grève générale après celle de janvier. Elle est massivement suivie : malgré le couvre-feu imposé en journée, les manifestations se multiplient dans tout le pays. Elles sont violemment réprimées, faisant régulièrement des victimes. Le point d'orgue de la protestation a donc eu lieu ce jeudi avec un défilé monstre à Katmandou auquel ont participé des dizaines de milliers de personnes.
- LE ROI EST-IL PRET A DES CONCESSIONS ?
Non. Le 13 avril, lors de son discours pour la nouvelle année népalaise, il a proposé l'organisation d'élections générales et promis une "démocratie multipartite". L'opposition, qui réclame toujours l'élection d'une assemblée constituante, n'a pas donné suite.
Il envisagerait simplement de reprendre la vieille garde politique pour former un nouveau gouvernement. Or cette formule a déjà été rejetée d'avance par l'opposition.
- LE ROI PEUT-IL TOMBER ?
Oui, notamment si l'alliance dure entre l'opposition et les maoïstes. Ces derniers, qui contrôlent une bonne partie du pays, pourraient notamment lancer une offensive majeure sur Katmandou. Ils pourraient alors être favorablement accueillis par la population et s'emparer du palais royal. Pourtant, 70% des Népalais sont attachés à la monarchie, mais avec un autre roi.
Les deux autres scénarios penchent soit vers une radicalisation (Gyanendra, soutenu par l'armée, renforcerait la répression) ou une sortie de crise avec l'annonce du rétablissement de la démocratie.
(photo : manifestation à Katmandou, ce jeudi)
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