
Face au roi du marketing politique Silvio Berlusconi, Romano Prodi, professeur universitaire d'économie et de politique industrielle, âgé de 66 ans, n'a pas compté sur son charisme dans la campagne pour convaincre les Italiens.
Amateur de grandes promenades à bicyclette, il n'a pas proposé non plus de rêve doré, mais plutôt l'assainissement des finances publiques, la lutte contre l'évasion fiscale et le retour de la morale en politique dans un pays devenu, selon lui, "un self-service" gangrené par les intérêts particuliers. Les Italiens n'ont pas été surpris par ce discours, prononcé sur le ton de l'évidence, avec un regard rieur réfugié derrière de grosses lunettes carrées.
Missions douleureuses
Car le parcours du "Professore", partisan d'un Etat présent dans le social mais pas du tout effrayé par le libéralisme économique, a souvent été marqué par les missions douloureuses. En 1982, quatre ans après avoir été ministre de l'Industrie dans un gouvernement de Démocrates-Chrétiens, l'ancien élève de la London School of Economics se voit confier les destinées de l'Institut pour la reconstruction industrielle (IRI), la plus importante holding publique italienne. A la tête du mastodonte (450 sociétés, 400.000 employés) criblé de dettes, il accélère privatisations et dégraissages qui lui permettent de redresser les comptes.
Une décennie plus tard, le technicien entre en politique à cinquante ans passés, dans la foulée du gigantesque scandale de pots-de-vin révélé par l'opération judiciaire "Mains propres". Tirant profit de son indépendance par rapport aux anciens partis balayés par les soupçons de malversations, il prend la tête d'une coalition de centre-gauche et remporte les élections législatives en 1996.
Bilan mitigé à Bruxelles
Premier chef d'un gouvernement orienté à gauche depuis l'après-guerre, il donne là encore la priorité à la baisse des déficits publics pour faire entrer son pays dans l'euro dès 1999. Malgré les prédictions pessimistes, il tient son pari, au prix d'un impôt exceptionnel et de lois de finances ultra-rigoureuses. Mais la victoire a un goût amer, car son dernier budget suscite une fronde des communistes qui provoquent la chute du gouvernement en octobre 1998.
Ulcéré par ce mauvais coup, Prodi, qui a pris goût aux batailles politiques, fonde son propre mouvement (Les Démocrates) pour prendre sa revanche. Appelé pour diriger la Commission européenne, il accepte cependant de suspendre l'aventure politique pour un destin à Bruxelles. Marqué par l'introduction de l'euro et l'arrivée de dix nouveaux membres, son mandat de cinq ans (1999-2004) reste mitigé et teinté de critiques sur ses déclarations parfois maladroites, son manque de leadership et son souci permanent de préparer son retour en Italie pour affronter son grand rival Silvio Berlusconi.
Ressouder la gauche
Depuis deux ans, Romano Prodi a surtout travaillé à ressouder le centre-gauche pour réunir une dizaine de partis sous la même bannière, des communistes qui l'avaient lâché en 1998 aux centristes catholiques. "Prodi n'est ni un homme du centre, ni un homme de gauche, c'est plutôt un élément central qui permet de faire tenir un regroupement de partis aux sensibilités différentes", explique un parlementaire de son camp. Souvent, le jeu d'équilibriste l'affaiblit, mais au moment où sa direction est le plus contestée, il impose des "primaires populaires" et s'offre un plébiscite de plus de trois millions d'électeurs en octobre dernier.
Catholique, marié et père de deux enfants, Romano Prodi a également une réputation d'homme intègre, un avantage indéniable par rapport à son adversaire plusieurs fois poursuivi par la justice pour corruption et faux en bilan.
Retour MYTF1
Chargement en cours...




