Romano Prodi, "Il professore" devenu politicien

Par Par AFP, le 10 avril 2006 à 15h26 , mis à jour le 11 avril 2006 à 15h21

Rattrapé sur le tard par le démon de la politique, connu dans son pays comme l'homme des missions douloureuses, Romano Prodi est un économiste austère qui veut rendre sa crédibilité à l'Italie après son passage à la tête de la Commission européenne.

TF1/LCI italie prodi gros plan

Face au roi du marketing politique Silvio Berlusconi, Romano Prodi, professeur universitaire d'économie et de politique industrielle, âgé de 66 ans, n'a pas compté sur son charisme dans la campagne pour convaincre les Italiens.

Amateur de grandes promenades à bicyclette, il n'a pas proposé non plus de rêve doré, mais plutôt l'assainissement des finances publiques, la lutte contre l'évasion fiscale et le retour de la morale en politique dans un pays devenu, selon lui, "un self-service" gangrené par les intérêts particuliers. Les Italiens n'ont pas été surpris par ce discours, prononcé sur le ton de l'évidence, avec un regard rieur réfugié derrière de grosses lunettes carrées.

Missions douleureuses

Car le parcours du "Professore", partisan d'un Etat présent dans le social mais pas du tout effrayé par le libéralisme économique, a souvent été marqué par les missions douloureuses. En 1982, quatre ans après avoir été ministre de l'Industrie dans un gouvernement de Démocrates-Chrétiens, l'ancien élève de la London School of Economics se voit confier les destinées de l'Institut pour la reconstruction industrielle (IRI), la plus importante holding publique italienne. A la tête du mastodonte (450 sociétés, 400.000 employés) criblé de dettes, il accélère privatisations et dégraissages qui lui permettent de redresser les comptes.

Une décennie plus tard, le technicien entre en politique à cinquante ans passés, dans la foulée du gigantesque scandale de pots-de-vin révélé par l'opération judiciaire "Mains propres". Tirant profit de son indépendance par rapport aux anciens partis balayés par les soupçons de malversations, il prend la tête d'une coalition de centre-gauche et remporte les élections législatives en 1996.

Bilan mitigé à Bruxelles

Premier chef d'un gouvernement orienté à gauche depuis l'après-guerre, il donne là encore la priorité à la baisse des déficits publics pour faire entrer son pays dans l'euro dès 1999. Malgré les prédictions pessimistes, il tient son pari, au prix d'un impôt exceptionnel et de lois de finances ultra-rigoureuses. Mais la victoire a un goût amer, car son dernier budget suscite une fronde des communistes qui provoquent la chute du gouvernement en octobre 1998.

Ulcéré par ce mauvais coup, Prodi, qui a pris goût aux batailles politiques, fonde son propre mouvement (Les Démocrates) pour prendre sa revanche. Appelé pour diriger la Commission européenne, il accepte cependant de suspendre l'aventure politique pour un destin à Bruxelles. Marqué par l'introduction de l'euro et l'arrivée de dix nouveaux membres, son mandat de cinq ans (1999-2004) reste mitigé et teinté de critiques sur ses déclarations parfois maladroites, son manque de leadership et son souci permanent de préparer son retour en Italie pour affronter son grand rival Silvio Berlusconi.

Ressouder la gauche

Depuis deux ans, Romano Prodi a surtout travaillé à ressouder le centre-gauche pour réunir une dizaine de partis sous la même bannière, des communistes qui l'avaient lâché en 1998 aux centristes catholiques. "Prodi n'est ni un homme du centre, ni un homme de gauche, c'est plutôt un élément central qui permet de faire tenir un regroupement de partis aux sensibilités différentes", explique un parlementaire de son camp. Souvent, le jeu d'équilibriste l'affaiblit, mais au moment où sa direction est le plus contestée, il impose des "primaires populaires" et s'offre un plébiscite de plus de trois millions d'électeurs en octobre dernier.

Catholique, marié et père de deux enfants, Romano Prodi a également une réputation d'homme intègre, un avantage indéniable par rapport à son adversaire plusieurs fois poursuivi par la justice pour corruption et faux en bilan.

Par Par AFP le 10 avril 2006 à 15:26
Envoyer cette page à un ami
Les champs marqués par une étoile * sont obligatoires.
Les derniers articles Monde
  

8 Commentaires

Afficher : Les plus récents | Les plus appréciés

  • Anne, le 11/04/2006 à 15h48

    Pour Claude Postel, de menton. Decidement, on ne sait plus quoi faire pour bien faire... si on ne parle pas de l'actualite internationale, on se fait traite de nombriliste et quand on en parle c'est soit-disant pour juger et donc que l'on ferai mieux de s'occuper de nos affaires... il faut arreter de traiter les francais d'arrogants, on est pas plus arrogant que les autres quand il sagit de patriotisme mais il est clair que par rapport a beaucoup d'autres pays europeens on a pas peur de l'ouvrir pour se defendre ou dire notre desaccord... a bon entendeur,

  • Bruno, le 11/04/2006 à 13h24

    L'italie retrouve des dirigeants sérieux ? lol : depuis qd la gauche est-elle bonne à autre chose que de creuser les déficits et ne rien comprendre à l'économie ? Malgré les années de pouvoir et le déchainement médiatique contre sa personne (ce prêt à penser d'ailleurs bien véhiculé par tous les internautes sans aucune remise en question), je constate que Berlusconi est tjs majoritaire en Italie (i.e. les voix des italiens vivant en Italie). Alors profil bas la gauche : Prodi ne pourra certainement pas en dire autant au même stade.

  • Patrick, le 11/04/2006 à 11h48

    Bobjour pour repondre a sebastien prodi a ete pendant 2 ans a la tete du gouvernement italien il n'a rien fait et il a pris les renes du parlement europeen sans grand succes alors je ne crois pas qu'il se soit ameliore quand au niçois il vous envoie un grand bonjour ensoleille 20degres aujourdhui

  • Dennis, le 11/04/2006 à 10h18

    "Il profesor" (de gauche) s'associe avec le pcf (qui l'a trahi dans le passé) pour atteindre une majorité (<50%?), je ne peux m'empêcher de faire un parallèle avec la France, aussi j'imagine que c'est un PCF minoritaire qui va imposer sa loi. Bien venu au club.

  • Paolo, le 10/04/2006 à 22h38

    Sébastien, ce nést rien de personnel contre Prodi, mais cet homme a dejá été ministre de l'industrie dans les années '70, et président de l'IRI (institut pour líndustrie italienne) pendant une dizaine d'années... Il a malhereusement dej'faot ses preuves avec des résultats tres moyens... La gauche a besoin de tout autre homme pour bien gouverner... je vois bien Rutelli, mais il a besoin encore de 10 ans déxperience... entre temps, le moment d'un "gross coalition" est venu... Ciao, P

  • Claude Postel, le 10/04/2006 à 21h26

    Les italiens s'intéressent beaucoup moins à nos dirigeants , que nous nous "occupons" des leurs ......Vivant à Menton , qui est en France - cqfd - bavardant beaucoup avec eux et lisant assez régulièrement leur presse , je peux vous assurer qu'il portent beaucoup moins de "jugements" sur ce qui se passe en France que nous passons de temps à parler et écrire sur Berlusconi ou Prodi ou d'autres MAIS EN FRANCE , COMME ON LE SAIT NOUS AVONS LE DROIT DE JUGER TOUT LE MONDE , TOUS LES PAYS ET TOUS LEURS POLITICIENS - les français sont plus intelligents que toutes les autres nationalités ( ils l'ont d'ailleurs fait voir ces dernieres semaines !!!!!! Claude

  • Sébastien, le 10/04/2006 à 17h24

    A Patrick de Nice, avant de critiquer et d'émettre des avis sans intérêt, laissons à cet homme le temps de faire ses preuves et voir dans quelle direction il va mener son pays. Après et seulement après, en fonction des résultats, les électeurs pourront critiquer. Les Niçois aussi...

  • Patrick, le 10/04/2006 à 16h27

    Bonjour il devra s'occuper de la mafia le fera t'il j'en doute et un homme integre ou voit on cela en politique

Lire tous les commentaires

       Chargement en cours...
      Alertez-nous
        alertez-nous

        Témoin d'un événement ?

        Alertez la rédaction !

        Envoyez une alerte

        A lire aussi
        logAudience