Thaïlande : le scrutin boycotté

le 03 avril 2006 à 08h23 , mis à jour le 03 avril 2006 à 08h41

Le Premier ministre thaïlandais Thaksin Shinawatra devrait remporter sa troisième victoire électorale à l'issue des législatives de dimanche. Mais il pourrait rater son objectif principal : celui d'apaiser la contestation, tant le boycott a fonctionné.

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Le Thai Rak Thai (TRT, "Les Thaïs aiment les Thaïs"), formation au pouvoir,  remporterait la majorité des sièges au niveau national à la Chambre des  Représentants grâce à un nouveau raz-de-marée dans les régions rurales du Nord  et du Nord-Est où le Premier ministre thaïlandais Thaksin Shinawatra reste populaire, selon des résultats partiels.

Mais, le nombre de suffrages blancs serait tellement élevé dans la capitale Bangkok et dans le Sud, région musulmane en proie à une rébellion séparatiste, que certains candidats du TRT n'arriveraient pas à atteindre le seuil des 20% des suffrages exprimés nécessaire pour valider leur élection, même s'ils arrivent en tête étant donné l'absence de l'opposition qui a totalement boycotté le scrutin. Les candidats du TRT étaient seuls en lice dans 278 des 400 circonscriptions. A Bangkok, dans quatre circonscriptions où le dépouillement est achevé, le TRT remporte 45% des suffrages mais le vote blanc atteint 49%, selon la Commission électorale.

Déjà de nouvelles élections

Ce scénario, largement attendu depuis le lancement d'une consigne de vote  blanc lancée par les trois partis d'opposition, pourrait empêcher la nomination  rapide d'un Premier ministre. La Constitution thaïlandaise exige que la  totalité, ou presque, des 500 sièges soient pourvus pour que la Chambre puisse  se réunir et nommer un gouvernement. Prévoyant l'invalidation de l'élection dans certaines circonscriptions, les  responsables électoraux ont dès avant le scrutin commencé à organiser des  partielles qui pourraient avoir lieu dans les prochains jours.

La presse pessimiste

Les législatives ont été convoquées trois ans plus tôt que prévu par M. Thaksin dans l'espoir qu'elles désamorcent un mouvement de contestation sans  précédent. Les adversaires du Premier ministre l'accusent d'abus de pouvoir et  de corruption et ont réclamé depuis deux mois sa démission lors de  manifestations de rue quasi-quotidiennes dans la capitale. Le scrutin pourrait ne pas mettre fin à la crise politique, estiment de  nombreux analystes. Les organisateurs des manifestations ont en effet déjà  promis de poursuivre leur combat en dépit des appels de la police et du Premier  ministre. M. Thaksin s'est engagé à démissionner s'il ne réunissait pas au moins la  moitié des suffrages exprimés.

La presse de lundi estimait elle aussi que le scrutin ne mettrait pas fin au  mécontentement. "Le résultats des élections ne changeront rien à la légitimité politique de  M. Thaksin", écrivait The Nation, quotidien vivement opposé au Premier ministre.  Dénonçant une "lutte désespérée pour s'accrocher au pouvoir", le journal  prédisait des "conséquences potentiellement explosives" après le "rejet massif"  des élections que montre l'important nombre de votes blancs. Le vote, "le plus bizarre de l'histoire" du pays, montre la persistance de  profondes divisions en Thaïlande qui "pourraient entraîner un bain de sang",  avertissait The Krungthep Thurakit, quotidien des affaires. Le Bangkok Post prévoyait la reprise des "manifestations monstres et des  appels à la démission de M. Thaksin d'ici vendredi si rien ne se passe".

le 03 avril 2006 à 08:23
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