En plein débat sur l'immigration et sur la régularisation des clandestins, majoritairement hispaniques, le Sénat a adopté par 63 voix contre 34 un amendement du républicain James Inhofe, stipulant que "l'anglais est la langue nationale des Etats-Unis". Depuis 1787, les Etats-Unis, dont la Constitution, le serment d'allégeance et l'hymne national sont rédigés en anglais, n'ont pas de langue officielle s'imposant obligatoirement à tous les citoyens au niveau fédéral.
Pour défendre son amendement, James Inhofe (photo ci-contre) a souligné que 27 des 50 Etats américains avaient déjà adopté l'anglais comme langue officielle, et que, selon lui, 80% des Américains étaient favorables à une telle mesure.
Bonne connaissance de la langue pour acquérir la nationalité
Mais l'amendement du sénateur n'est pas limité à cette clause symbolique. Le texte de cet opposant farouche à la régularisation des clandestins stipule en outre que, sauf loi particulière, "nul n'a le droit d'exiger que le gouvernement américain ou ses représentants" s'expriment dans une langue autre que l'anglais. L'amendement exige par ailleurs une bonne connaissance de l'anglais non seulement pour acquérir la nationalité américaine, comme le prévoit le projet de loi en débat, mais aussi pour obtenir une carte de séjour permanente, la carte verte.
Connotation "raciste" de l'amendement pour l'opposition
Le chef de l'opposition démocrate Harry Reid (photo ci-contre) a dénoncé au cours des débats précédent le vote une connotation "raciste" dans cet amendement, qui risquait selon lui d'entraver l'accès aux soins des étrangers. Il le jugeait en outre inutile. "L'anglais est la langue de l'Amérique, nous n'allons pas changer ça avec l'amendement" de James Inhofe, avait-il dit, au terme d'un débat passionné.
Pour avoir force de loi, l'amendement devra cependant être voté dans les mêmes termes à la Chambre des représentants. Les manœuvres de lobbying y ont d'ailleurs déjà débuté puisque le républicain Steve King a déposé une proposition de loi allant dans le même sens, soutenue par 150 élus sur les 435 que compte la Chambre.
La langue dans les organes officiels aux Etats-Unis |
Le débat sur la langue a rebondi récemment aux Etats-Unis avec un désaccord remontant jusque dans la famille Bush sur l'opportunité de chanter l'hymne national en espagnol : le président George W. Bush est contre, sa femme Laura et sa secrétaire d'Etat Condoleezza Rice sont pour. La langue espagnole, parlée par les immigrés d'Amérique latine et les Porto Ricains, est en plein essor aux Etats-Unis, ce qui va de pair avec la montée en puissance de la communauté hispanique, la première minorité du pays avec 14% de la population totale. De nombreuses collectivités proposent des bulletins de vote bilingues, et les principales administrations, de même que les services consommateurs des grandes sociétés, proposent aussi des services en espagnol. L'espagnol gagne également du terrain dans le monde politique : George Bush le parle à l'occasion, et les partis politiques ont des services de communication en espagnol. La langue de Cervantès a même cours, à de rares occasions, dans la salle de séance du Sénat... |








