© AFP / Tim SLOANEn 2004, un film avait évoqué d'une manière tragi-comique le poids des hispaniques dans la vie et l'économie américaine : Un jour sans Mexicains imaginait le chaos si la Californie se réveillait un matin sans ses millions d'immigrés latinos. C'est un peu ce qu'ont essayé de traduire dans les faits, ce lundi, des mouvements hispaniques en organisant à travers les Etats-Unis une "journée sans immigrés", avec des consignes de boycottage de toutes les activités. Le but : essayer de démontrer que sans eux, légaux ou non, le pays cale.
Les Hispaniques, première minorité aux Etats-Unis avec plus de 40 millions de personnes et plus de 8% de l'électorat, entendent faire pression sur le Congrès pour obtenir une réforme de l'immigration et la régularisation des 11 à 12 millions de sans-papiers installés dans le pays. Trois semaines après la mobilisation de centaines de milliers de personnes qui avaient défilé dans plus de 130 villes américains, cette nouvelle initiative a bénéficié d'une couverture médiatique massive, les chaînes de télévision multipliant les images de manifestations à travers le pays. Des milliers de personnes ont commencé à défiler, comme par exemple dans la petite ville de Homestead, en Floride, dont la moitié des 36.000 habitants est hispanique. "Qui va ramasser vos tomates ? Qui va construire vos maisons ?", interrogeait une banderole.
Un mouvement inégalement suivi
Mais dans la mesure où le 1er mai n'est pas férié aux Etats-Unis, l'idée du boycott ne faisait pas l'unanimité. Certains craignaient en effet un retour de bâton et le licenciement d'employés, qui se trouvent tous dans une situation précaire. La coalition "We are America" (Nous sommes l'Amérique), qui inclut l'église catholique, a ainsi conseillé aux immigrants d'envoyer leurs enfants à l'école et d'aller travailler, avant de participer aux nombreux défilés et rassemblements prévus dans le pays. A New York par exemple, le mouvement était suivi de manière inégale. Dans le quartier latino populaire surnommé la "petite Colombie", les rues étaient plus calmes qu'à l'accoutumée, mais beaucoup de magasins restaient ouverts.
Dans les secteurs où les Hispaniques représentent une forte proportion de la force de travail, essentiellement la construction, la restauration, la distribution et l'agriculture, les entreprises se sont organisées pour faire face au mouvement. Les géants de l'alimentation, tels que Tyson Foods et Cargill Foods ont annoncé la fermeture de plusieurs usines et Goya Foods a annoncé une interruption totale de ses livraisons quotidiennes. Les trois groupes ont indiqué comprendre les motifs de la journée d'action. De même, McDonald's a assuré "respecter le droit de ses employés" à participer aux actions : "les immigrés ont contribué à la croissance et à la prospérité de notre nation, et ils méritent d'être traités avec respect et dignité". Le groupe de fruits et légumes Dole Food a assuré que le mouvement n'avait pas de conséquence sur ses activités.
Le président George W. Bush a dénoncé la semaine dernière ce boycott, en rappelant son attachement à une "réforme étendue" de l'immigration incluant un programme de "travailleurs invités". Lundi matin, le porte-parole de la Maison Blanche, Scott McClellan, a évoqué cette "question difficile qui soulève beaucoup d'émotion", en appelant chacun à travailler pour "élever le débat et éliminer une partie de la rhétorique chargée qui accompagne parfois ce type de questions".
Photo d'ouverture : manifestation d'Hispaniques aux Etats-Unis - AFP / Tim SLOAN
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