© afpLe moins que l'on puisse dire, c'est que Tony Blair n'a pas tardé. Sans même attendre la publication des résultats définitifs des élections locales qui ont eu lieu jeudi en Angleterre, il a réagi avec une célérité exceptionnelle pour entreprendre une vaste réorganisation de son gouvernement, la plus importante depuis son arrivée au pouvoir en 1997.
Il est vrai que la "punition" infligée par les électeurs, comme titrait vendredi The Daily Telegraph, est conséquente : en ne rassemblant que 26% des suffrages, le Parti travailliste a perdu au moins 220 sièges d'élus et n'arrive qu'en troisième position, loin derrière les conservateurs (40%, + 213 sièges) et de peu derrière les libéraux-démocrates (27%, -16 sièges). Il est notamment largement battu à Londres, parfois dans des fiefs tenus depuis 30 ans. Le BNP (British National Party), formation d'extrême-droite, ouvertement raciste, obtient également des résultats remarqués à ses dépens dans l'est londonien à forte population immigrée, à Barking et Dagenham, où il devient la deuxième formation au sein du conseil de quartier (borough).
Test national
Ce scrutin avait été transformé en un test national après une longue série de déboires gouvernementaux qui ont culminé avec la mise en cause de la compétence du ministre de l'Intérieur Charles Clarke et le vaudeville du vice-Premier ministre John Prescott devenu la risée de la presse britannique avec la divulgation d'une liaison extraconjugale -il restera finalement en place mais avec des pouvoirs réduits.
Les consultations ont donc débuté très tôt vendredi matin et dès la fin de la matinée, la nouvelle équipe était validée. Deux "poids lourds" ont été évincés : comme prévu, Charles Clarke laisse sa place au Home office où il sera remplacé par John Reid, ministre sortant de la Défense, et fidèle de Blair.
Straw aux Communes
L'autre départ spectaculaire est celui de Jack Straw au Foreign. Remplacé par Margaret Beckett, ministre sortante de l'Environnement, qui devient titulaire d'un ministère amputé des questions européennes, Jack Straw a été néanmoins nommé leader de la chambre des Communes, c'est-à-dire ministre des Relations avec le Parlement.
A ce poste-clé, il suivra l'agenda législatif du gouvernement à la Chambre. Une manière de signaler qu'une pause dans le rythme des réformes n'est pas à l'ordre du jour, en dépit des réticences qui ont bloqué ces derniers mois les réformes de l'éducation et du système de santé publique. Par ailleurs, Tony Blair a décidé de maintenir John Prescott à son poste de vice-Premier ministre mais avec des responsabilités réduites.
Brown attendra
Ce soudain remaniement, et son ampleur, devraient escamoter dans les médias et l'opinion publique -dont 50% souhaitent le départ de leur Premier ministre- l'importance du revers électoral enregistré par le Labour. Mais il n'empêchera pas les spéculations sur la durée du bail de Tony Blair au 10 Downing Street.
Le Chancelier de l'échiquier, Gordon Brown, promis à la succession a aussitôt lancé un avertissement en déclarant que "le renouveau du parti travailliste devait commencer immédiatement". En écho, Blair a nommé un nouveau chef de la formation au pouvoir en la personne d'Hazel Blears, une de ses fidèles. Il ne pouvait pas indiquer plus clairement son intention de ne pas engager une passation de pouvoir à court terme.
(photo afp d'archives : Blair arrivant au bureau de vote, jeudi)
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