
"C'est le plus grand scandale de l'histoire du football. Je suis très inquiet". C'est par ces mots que Sepp Blatter a rompu le silence de la Fédération internationale de football (FIFA), sur une affaire qui pourrait faire date dans le monde du football italien.
Le tout récent champion d'Italie, la Juventus de Turin, est secoué depuis plusieurs semaines par des scandales multiples, incluant des matches truqués et de la corruption d'arbitres. Le directeur général du club, Luciano Moggi, a donné sa démission à l'issue de la dernière journée du championnat, le week-end dernier (lire l'article : "La Juventus dans la tourmente judiciaire"). Il a été remplacé par Carlo Sant'Albano, directeur exécutif de IFIL, la holding actionnaire majoritaire du club. Depuis, l'affaire a pris des proportions considérables en Italie.
La Juventus de Turin risque la relégation
Première concernée, la Juventus de Turin : le club ne risque pas moins qu'une relégation pure et simple. La semaine dernière, des perquisitions ont eu lieu au siège du club, ainsi qu'aux domiciles de Luciano Moggi, de l'attaquant suédois Zlatan Ibrahimovic et du capitaine de la sélection nationale italienne Fabio Cannavaro, tous deux joueurs de la Juventus.
Depuis plusieurs jours, Luciano Moggi dénonce une machination, orchestrée selon lui par Adriano Galliani, vice-président du Milan AC. "En septembre dernier, je suis allé voir Silvio Berlusconi (propriétaire du Milan AC) et celui-ci m'a proposé de venir au club", raconte-t-il. "Il a tout raconté à Galliani" poursuit Moggi. "Deux semaines après notre rencontre, la Fédération de football a reçu les écoutes qui me concernaient, ainsi que d'autres personnalités du football. Naturellement, Galliani a suggéré à Berlusconi d'être attentif avant de faire certains choix" conclut-il.
Et l'affaire semble s'étendre à l'ensemble du football italien. Au total, quarante et une personnes ont déjà été mises en examen, dont neuf arbitres, onze juges de touche ainsi que les deux responsables de la fédération italienne chargés de désigner les arbitres. Le président de la Fédération, Franco Carraro, a déjà démissionné, à la suite de la publication des écoutes téléphoniques. D'après Luciano Moggi, il était au courant de toutes ces pratiques, courantes selon lui dans le football italien.
Le sélectionneur national entendu comme témoin
Mais à moins de trois semaines de la Coupe du monde, c'est le sort de l'entraîneur de l'équipe nationale qui suscite l'inquiétude. En fin de semaine dernière, Marcello Lippi, qui figure dans certaines retranscriptions des écoutes téléphonique, a été interrogé comme témoin par les magistrats du Parquet de Rome, dans le cadre de l'enquête sur les agissements des anciens dirigeants du club de la Juventus Turin. Des conversations entre Lippi et Moggi laissent penser que l'ancien directeur général du club aurait tenté d'influencer le sélectionneur pour ne pas appeler certains joueurs de la Juventus en équipe d'Italie, afin de ne pas les fatiguer. Lippi, qui fut durant huit ans l'entraîneur de la Juventus sous la direction de Moggi, a réfuté cette interprétation.
Matches arrangés, marché des transferts faussé
Ces écoutes entrent également dans le cadre de l'enquête qui vise la société d'agents de joueurs GEA World, dirigée par Alessandro Moggi, fils de Luciano, qui emploie également comme consultant Davide Lippi, fils de Marcello. La société est soupçonnée d'avoir profité de sa position dominante pour fausser le marché des transferts et d'avoir arrangé des matches en faisant pression sur des adversaires de la Juventus. Lundi, Marcello Lippi a été confirmé à son poste de sélectionneur par le nouveau commissaire de la fédération, Guido Rossi, mais de nombreuses voix dans la presse et dans les rangs des députés s'élèvent pour demander sa démission.
Ce seisme judiciaire qui secoue le football italien pourrait remettre en cause la participation des clubs transalpins aux compétitions européennes pour la saison 2006/2007. L'UEFA, par la voix de son directeur général a également annoncé qu'elle étudierait la recevabilité de la candidature de l'Italie pour l'organisation de l'Euro 2012.
| Ca se complique pour les joueurs de la Juve |
Le représentant italien au sein du syndicat international des joueurs de football professionnels (FIFPro), Leonardo Grosso, a précisé que les joueurs de la Juventus Turin ne seraient pas libres en cas de relégation administrative. "Il n'y a aucune règle précisant que les joueurs sont libres. Les joueurs ne sont libres qu'en cas de rétrogradation économique (dépôt de bilan, faillite)". Leonardo Grosso a donné l'exemple du Genoa, promu en 2005 en Serie A sur le terrain mais descendu en Serie C pour cause de match truqué. "Les contrats des joueurs étaient restés valables", a précisé le dirigeant. Le même système est en vigueur en France, a précisé le président de la FIFPro, Philippe Piat. |
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