
Le "jour de l'Europe" a été l'occasion mardi de débats dans des cafés prestigieux des capitales des 25 sur l'avenir de l'UE, à l'horizon politique toujours obscur en dépit de la ratification symbolique de la Constitution européenne en Estonie. La présidence autrichienne de l'UE avait sélectionné 27 cafés, un pour chaque capitale (y compris Sofia et Bucarest dont l'adhésion est prévue en 2007 ou 2008) pour y tenir un débat "très libre" sur l'idée d'Europe.
A Vienne, la rencontre a eu lieu au Café central, où le secrétaire d'Etat aux Affaires étrangères Hans Winkler a dialogué avec une petite centaine de lycéens, alors qu'à Lisbonne le café Martinho da Arcada a proposé aux participants 27 différentes pâtisseries traditionnelles. Mais très souvent, ces débats n'ont rassemblé qu'une poignée de personnes, comme à Bruxelles ou Paris. Au café Les Deux Magots, célèbre rendez-vous du tout-Paris de l'après-guerre, une cinquantaine d'intellectuels pro-Européens ont ainsi longuement disserté entre eux, réclamant davantage de "culture" et de "rêve".
Pour être plus proches des préoccupations fondamentales des citoyens européens, il fallait aller à Bucarest où quelque 10.000 personnes ont manifesté pour exiger un salaire minimum de 500 euros d'ici à 2007, contre environ 80 euros actuellement. La poursuite de l'élargissement divise en effet les Européens, en panne de projet politique depuis les non français et néerlandais à la Constitution européenne il y a bientôt un an.
"Il est insensé qu'on ne parle plus d'Europe en France depuis le référendum"
Pour "rappeler aux Français la place qu'occupe l'Europe", le gouvernement français avait multiplié les initiatives (Tour Eiffel illuminée en bleu, tickets de métro et de train de la même couleur...) pour célébrer l'anniversaire de la déclaration fondatrice du Français Robert Schuman. Le 9 mai 1950, alors ministre des Affaires étrangères, il avait appelé à la construction pas à pas de l'Europe, en commençant par la mise en commun du charbon et de l'acier. "Il est insensé qu'on ne parle plus d'Europe en France depuis le référendum. Il faut que les Français reparlent d'Europe entre eux et avec les autres", a jugé l'ancien commissaire européen et ministre des Affaires étrangères Michel Barnier. Celui-ci était à Bruxelles pour présenter un projet de force européenne de protection civile pour renforcer l'efficacité de l'UE au moment des crises et des catastrophes internationales.
Afin de réconcilier les citoyens avec l'UE, le nouveau leitmotiv des dirigeants européens est en effet de réaliser des projets concrets, faute de consensus prévisible à court terme sur l'avenir du projet de Constitution. "Un traité constitutionnel européen a besoin de temps, si nous avons besoin de deux années supplémentaires, ce ne serait pas dramatique", a souligné le président de l'Assemblée nationale autrichienne, Andreas Khol, devant le Parlement européen à Bruxelles, où avaient été invités pour le 9 mai des délégations de tous les Parlements nationaux. L'Estonie a pourtant célébré à sa manière la Journée de l'Europe en devenant le quinzième pays à ratifier la Constitution européenne, par voie parlementaire. Son voisin finlandais devrait être le prochain sur la liste, d'ici au 1er juillet.
Image: la Tour Eiffel vêtue de bleu à l'occasion de la fête de l'Europe. DR.
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