
"Amérique, tu as perdu ! Raskin et Novak (ndlr : deux des trois procureurs)", vous avez perdu ! J'ai gagné !". C'est par ces mots que Zacarias Moussaoui a accueilli le verdict de son procès.
Le jury a en effet recommandé mercredi que le Français soit condamné à la prison à perpétuité pour sa complicité avec les auteurs des attentats du 11-Septembre.
Le prononcé formel de la peine par la juge Leonie Brinkema, qui devrait suivre sauf surprise majeure le verdict du jury, doit intervenir lors d'une nouvelle audience jeudi matin. Moussaoui, 37 ans, sera alors transféré dans la prison fédérale de haute sécurité de Florence dans le Colorado. Le procès du Français, qui a plaidé coupable en avril 2005, se tenait depuis le 6 février.
Les neuf hommes et trois femmes délibéraient depuis le 24 avril. L'unanimité était requise pour une condamnation à mort. La réclusion à perpétuité pouvait aussi être décidée à l'unanimité ou devenir automatique si un seul juré s'opposait à la peine capitale.
Arrêté pour un visa périmé
Lors de la confirmation de sa peine, Moussaoui deviendra le premier condamné aux Etats-Unis pour les attentats qui ont bouleversé l'Amérique il y a bientôt 5 ans, bien que son rôle n'ait jamais été établi avec certitude: le jour des attaques, il était en prison dans le Minnesota pour un visa périmé.
Le gouvernement avait pourtant obtenu début avril que le même jury considère, à l'unanimité, le Français passible de la peine capitale pour avoir menti lors de son arrestation et permis ainsi à ses complices de tuer près de 3.000 personnes.
Pour la plupart des experts, le défi de la défense semblait insurmontable, face au torrent d'émotion déversé par l'accusation, qui s'est efforcée de montrer aux jurés les attentats dans toute leur horreur: images insoutenables, enregistrements terrifiants, témoignages déchirants de proches de victimes...
Zacarias Moussaoui lui-même a semblé faire de son mieux pour se rendre aussi détestable que possible, prenant la parole contre l'avis de ses avocats pour revendiquer un rôle dans le 11-Septembre puis pour exprimer son dégoût des victimes et son souhait de voir l'Amérique souffrir encore et encore.
L'éventuelle schizophrénie de Moussaoui
Mais aucun jury fédéral n'avait jamais recommandé la peine de mort à Alexandria, et la défense pouvait se contenter d'une seule voix pour épargner l'injection mortelle à Moussaoui. Pour cela, les avocats du Français, né à Saint-Jean-de-Luz dans le sud-ouest de la France, enfant d'immigrés marocains, avaient présenté une liste de 23 circonstances atténuantes, sur lesquelles les jurés ont dû se prononcer avant de rendre leur verdict.
Les avocats ont insisté sur une éventuelle schizophrénie de Moussaoui, avant d'évoquer les longues et lugubres années de détention à l'isolement absolu qui l'attendent, et d'implorer le jury de ne pas lui accorder de mourir "en martyr".
La défense avait également reproché à l'accusation de ne présenter qu'un marginal du 11-Septembre, alors que le cerveau présumé de l'opération, Khalid Cheikh Mohammed, ou encore l'un des organisateurs, Ramzi ben Al-Shaiba, sont entre les mains des autorités américaines.
Mais leurs conditions de détention, au secret, rendent peu probable un procès devant la justice fédérale où des allégations de mauvais traitements risqueraient d'entacher toute procédure de nullité.
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