
- DE QUEL SCRUTIN S'AGIT-IL ?
Il s'agit de renouveler 4 360 sièges (sur 19 500) au sein de la moitié des 388 collectivités (conseils municipaux et locaux) anglaises -l'Ulster, l'Ecosse et le Pays-de-Galles ne sont pas concernés par le vote.
Environ 23 millions d'électeurs sont appelés aux urnes pour cette consultation où le taux d'abstention est traditionnellement élevé (60%). Le parti au pouvoir y est également généralement sanctionné. Les sondages confirment d'ailleurs cette tendance.
- DANS QUEL CONTEXTE SURVIENT LE SCRUTIN ?
Très tendu. Tony Blair, qui vient de fêter les neuf ans de son arrivée au pouvoir, est contesté depuis plusieurs mois à l'intérieur même du Labour. Et il vient d'encaisser trois grosses crises successives dans son gouvernement (lire notre article).
- L'"affaire" Charles Clarke, le ministre de l'Intérieur (Home Office). Un millier de prisonniers étrangers, certains jugés pour meurtres, viols et pédophilie et qui auraient dû faire l'objet de procédures d'expulsion, ont été libérés sans suivi. Cinq ont récidivé. Outre la désorganisation des services pénitentiaires et de l'immigration, cette affaire est politiquement sensible car Tony Blair a mis en avant le bilan des travaillistes en matière de sécurité et d'ordre public. Il a pris ses distances avec son ministre.
- L"affaire" Prescott, vice-Premier ministre. L'"affaire" fait suite à la révélation d'une liaison extraconjugale entretenue par le numéro 2 avec sa secrétaire. Qualifié "d'ordre privé" par Tony Blair, ce classique scandale politico-sexuel à l'anglaise discrédite néanmoins l'homme clé du parti travailliste et "médiateur" des rivalités entre Tony Blair et Gordon Brown, le ministre de l'Economie promis à la succession de l'actuel Premier ministre.
- L'"affaire" Hewitt. La ministre de la Santé a estimé que le système de santé britannique venait de connaître "sa meilleure année" alors que les hôpitaux ont annoncé 7 000 suppressions d'emplois et en prévoient 13 000 autres. Tony Blair s'est dépensé sans compter pour soutenir sa ministre et la réforme du NHS qui est l'une de ses priorités.
- QUELS SONT LES ENJEUX DU SCRUTIN ?
Tony Blair et le Labour commencent à ressentir l'usure du pouvoir. Il s'agit pour eux d'une sorte de mini-référendum. Ils sont menacés d'une défaite électorale suffisamment nette (plus de 200 sièges), notamment à Londres, pour que ses répercussions soient nationales. Elle précipiterait notamment un ample remaniement gouvernemental et relancerait surtout la pression sur Tony Blair pour qu'il précise le calendrier et les modalités de son départ de Downing Street avant la fin de la législature, prévue en 2010.
Pour les nouveaux dirigeants de l'opposition, David Cameron (conservateur) et Menzies Campbell (libéral-démocrate), il s'agit du baptême du feu électoral. Le premier a besoin d'un net succès (un gain de près de 300 sièges) pour établir son autorité sur le parti conservateur et de leader de l'opposition. Le second se doit de bénéficier des déboires travaillistes et faire ainsi oublier les récents scandales sexuels ou liés à l'alcool ayant affecté la direction des libéraux-démocrates (lire notre article).
- QUID DE L'EXTREME-DROITE ?
Le score du BNP (British National Party). Seulement 0,7% des électeurs avaient voté pour lui l'an dernier pour les législatives, mais les sondages lui prédisent jusqu'à 7%. Il pourrait ainsi obtenir une cinquantaine d'élus, contre 24 actuellement. Les experts estiment qu'il devrait bénéficier du désintérêt des partis traditionnels pour "la classe populaire blanche". Sa progression est ainsi attendue dans les zones industrielles en difficulté de l'est de Londres, des Midlands (centre) et du nord-ouest. Il pourrait même dépasser les 25% à certains endroits.
Le BNP, ouvertement raciste dans un pays où la liberté d'expression permet de tout dire ou presque, concentre son discours sur l'immigration et l'"identité". Ses rangs restent réservés aux membres "d'ascendance ethnique britannique ou européenne". Nick Griffin, son chef, compare les immigrés à "des cafards" qui "submergent" l'Angleterre blanche et devraient être "réinstallés dans leurs pays d'origine ethnique". Les attentats de Londres des 7 et 21 juillet derniers ont servi son programme. Deux-tiers des Britanniques estiment par exemple qu'il faudrait "prendre des mesures plus dures contre les musulmans qui veulent détruire ce pays" (lire notre article).
(photo d'archives : Tony Blair)
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