Washington et Londres dans le viseur d'Amnesty

le 23 mai 2006 à 15h04 , mis à jour le 23 mai 2006 à 20h31

Dans son rapport annuel, l'ONG pointe les tentatives britanniques de restreindre les droits de l'Homme après les attentats de juillet 2005. Elle dénonce la détention sans inculpation de milliers de personnes, notamment en Irak, par le Etats-Unis.

Photo : Peter MUHLY (AFP) © INTERNE

Comme chaque année, on retrouve dans le rapport d'Amnesty International les pays "habitués" à être pointés du doigt pour des atteintes aux droits de l'Homme (Birmanie, Chine...). Mais cette année, deux pays sont également mis en exergue pour leur manquement, à des degrés moindres évidemment. Il s'agit du Royaume-Uni et des Etats-Unis, critiqués pour leurs actions dans la lutte contre le terrorisme.

  • En 2012, Amnesty milite pour un traité fort sur les ventes d'armes

    Dans son rapport annuel, l'ONG souligne que 2011 a montré que les peuples n'avaient plus peur de s'opposer à leurs dirigeants. Pour éviter que les armes soient encore utilisées comme instrument de répression, elle appelle à l'adoption d'un "traité fort" sur leur commerce en juillet à l'Onu.

    Publié le 24/05/2012 En 2012, Amnesty milite pour un traité fort sur les ventes d'armes
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Outre-manche, Tony Blair est épinglé pour avoir, après les attentats du 7 juillet à Londres (52 morts), annoncé "des plans imposant de sévères restrictions aux droits humains". "Le gouvernement a cherché à remettre en cause l'interdiction de la torture sur le territoire et à l'étranger, et a fait adopter - ou tenté de faire adopter - des lois non conformes au droit national et aux normes internationales en matières de droits humains" dénonce Amnesty.

Répercussions

Elle évoque notamment la loi antiterroriste, qui permet d'imposer sans jugement des "ordonnances de contrôle" à des suspects de terrorisme, sur la base de documents tenus secrets. Ces ordonnances limitent sévèrement leurs déplacements, leurs fréquentations, ou même leur accès à l'internet.

Une nouvelle loi a été votée à la fin de l'année, qui double également la durée de la garde à vue, à 28 jours maximum. Le parlement a "heureusement rejeté certaines des dispositions les plus choquantes", à deux reprises, souligne Amnesty, en évoquant le projet initial d'une garde à vue de 90 jours.

Afghanistan, Guantanamo et Irak

Pour les Etats-Unis, dont Londres est un fidèle allié dans la guerre contre le terrorisme, Amnesty concentre ses critiques sur la détention, sans inculpation ni jugement, de milliers de personnes en Irak, en Afghanistan et à Guantanamo, et la "disparition" d'autres détenus dans un réseau secret de prisons de la CIA qui serait réparti dans plusieurs pays.

Elle dénonce encore des "éléments d'information ayant fait état d'actes de torture et de mauvais traitements"et souligne que "cette année encore, rien n'a été fait pour que les hauts responsables (américains) aient à répondre des violations des droits fondamentaux commises". "Aucune investigation n'a porté sur la CIA, dont les activités demeurent entourées du plus grand secret", écrit notamment Amnesty.

L'ONG note qu'un "grand nombre des techniques d'interrogatoire approuvées par les autorités américaines "dans le cadre de la guerre contre le terrorisme" s'inscrivent "en violation des normes internationales interdisant la torture et les mauvais traitements". Elle évoque par exemple "l'utilisation de chiens pour susciter la terreur, les positions éprouvantes, l'exposition à des températures extrêmes, la privation de sommeil et le maintien à l'isolement".

La réplique de Washington

La réplique du département d'Etat ne fait pas fait attendre. Amnesty International ferait mieux d'aider la justice irakienne à juger Saddam Hussein que d'accuser à tort les Etats-Unis de pratiquer la torture à Guantanamo, a-t-il estimé mardi. "Pendant les années Saddam Hussein, Amnesty International a été à l'avant-garde pour révéler les abus des droits de l'homme perpétrés par ce régime -- des choses terribles, terribles", a rappelé le porte-parole du ministère américain des Affaires étrangères, Sean McCormack.

 "Je voudrais donc humblement suggérer qu'ils suivent leurs dossiers et qu'ils apportent une assistance ou un soutien au procès de celui qu'ils reconnaissent comme l'un des pires violeurs des droits de l'homme de tous les temps", a poursuivi M. McCormack. Le porte-parole a formellement démenti les accusations d'Amnesty International faisant état "d'actes de torture et de mauvais traitements" dans le centre de détention militaire américain de Guantanamo, à Cuba. "Non. Personne n'est torturé à Guantanamo", a-t-il assuré.

Cliquez ici pour lire un résumé du rapport

Légère évolution positive


Même si les droits de l'Homme ont continué d'être piétinés en 2005, des "raisons d'espérer" apparaissent, juge Amnesty International dans son rapport. "Les manquements aux droits de l'Homme sont partout. L'Irak a sombré dans la spirale de massacres quotidiens. Palestiniens et Israéliens continuent de souffrir. Dans plusieurs pays, les attentats commis contre des civils ont franchi "un nouveau palier de brutalité et d'intensité". Amnesty cite aussi des violations à grande échelle en Chine, en Russie, en Colombie et au Soudan.  

Amnesty juge toutefois l'année 2005 encourageante à certains égards. "L'opinion publique commence à changer, notamment grâce au travail des défenseurs des droits de l'Homme, et les gouvernements américain et européens sont désormais contraints de se justifier".


D'après AFP

(photo : prisonnier à Guantanamo)

le 23 mai 2006 à 15:04
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