
Pour Silvio Berlusconi, le revers est cuisant, et menace directement son leadership sur l'opposition de droite. La réforme de la Constitution italienne soumise à référendum dimanche et lundi a été rejetée par 61,7% des votants. Score clair et sans ambigüité. 53,6% des quelque 50 millions d'électeurs italiens se sont exprimés. "Les Italiens ont porté un jugement sans appel sur une loi que nous avions dénoncée comme dangereuse pour la stabilité des institutions républicaines", a commenté le chef du gouvernement Romano Prodi. "Ce vote renforce le gouvernement", s'est pour sa part félicité le ministre de la Défense Arturo Parisi, un proche du président du Conseil. Romano Prodi a fait campagne pour le Non, "car cette réforme divise le pays en deux, entre riches et pauvres", a-t-il affirmé.
Le rejet de la réforme prévoyant une plus large autonomie pour les 20 régions dans les domaines de la santé, de l'éducation et de la police locale, une transformation du Sénat en instance fédérale et un renforcement des pouvoirs du chef du gouvernement est très net dans les régions du sud (74,8%) et du centre (67,7%). Mais le "Non" est également majoritaire (52,6%) dans les régions du nord de la Péninsule, base électorale de la Ligue du nord, le mouvement populiste et sécessioniste à l'origine de cette réforme constitutionnelle. La Ligue du nord avait d'ailleurs averti avant le scrutin que si la réforme était rejetée, elle reverrait sa participation à la "Maison de la Liberté", la coalition montée par Silvio Berlusconi en 2001. Quant au petit parti de centre-droit UDC pourrait imploser, car une partie de ses élus a décidé de voter Non, contre la consigne de la direction du mouvement.
"Il y a une chose plus importante, c'est le résultat des Azzuri"
Les premiers commentaires de la Ligue ont été très durs. "Les Italiens me dégoûtent, l'Italie me dégoûte, parce qu'elle ne veut pas se moderniser et qu'ont gagné ceux qui veulent vivre aux crochets des autres", a tonné un de ses responsables, le député européen Francesco Speroni. Umberto Bossi, le tribun de la Ligue du Nord, a cherché à apaiser ses partisans. "Je suis un peu déçu (...), mais il faut continuer. Les Ecossais, les Gallois et les Catalans s'y sont pris à plusieurs reprises. Nous tenterons encore", a-t-il affirmé dans une déclarations à l'agence italienne Ansa.
Silvio Berlusconi n'avait pas fait de déclaration lundi soir. Il a toutefois affirmé à plusieurs reprises miser sur une chute rapide de Romano Prodi, dont la majorité est ténue au Sénat. Dans le cas contraire, il devra se résigner à cinq années d'opposition. Mais le véritable intérêt des Italiens au cours de cette journée a été résumé par Ignazio La Russa, chef des députés du parti de droite Alliance nationale. "Il y a une chose beaucoup plus importante que ce référendum", a-t-il dit, "c'est le résultat des Azzuri", l'équipe nationale, qui s'est qualifiée pour les 1/4de finale du Mondial de football en battant l'Australie 1-0, déclenchant une véritable liesse populaire.
(photo d'archives : Berlusconi)
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