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Susanne Nies est directrice de recherche à l'Institut des relations internationales et stratégiques. Elle s'occupe notamment des relations transatlantiques.
Guantanamo: Obama revient sur ses promesses de campagne
Dans une série de décisions lundi, le président américain a ordonné l'organisation de nouveaux procès militaires d'exception et encadré la détention illimitée de plus de 40 détenus de Guantanamo.
Publié le 08/03/2011
LCI.fr : A Washington et à Bruxelles, on parle de relations apaisées au niveau politique après la tempête de la guerre en Irak. Langue de bois ou réelle amélioration ?
Susanne Nies : Il n'y a pas de vraie amélioration, sauf sur le nucléaire iranien où les Européens ont réussi à convaincre Bush d'employer la voie de la négociation. Sinon, les divergences persistent de chaque côté. On essaye donc d'apaiser la tension en évitant les sujets qui fâchent et en ne choisissant que le plus petit dénominateur commun. Cela n'a rien de surprenant car l'administration américaine est affaiblie sur le plan intérieur, comme la plupart des grands pays européens, à l'exception de l'Allemagne d'Angela Merkel. Bref, à l'instar du sommet européen de Bruxelles la semaine dernière, il ne faut attendre aucun résultat de cette réunion de Vienne.
LCI.fr : L'UE va réclamer la fermeture de la prison américaine de Guantanamo. Simple déclaration de principe ou réelle détermination ?
S.N. : Sur ce point, les Européens sont vraiment tous sur la même longueur d'onde. Ils sont vraiment choqués par le maintien de ce bagne. Mais en cas de fermeture, il faut aussi se demander ce qui se passera après. Il y a un risque de "délocalisation" de ce type de centre dans des zones beaucoup moins contrôlées.
"'Soft power' contre 'Hard power'"
LCI.fr : Si Bush refuse, de quels moyens l'UE dispose-t-elle pour le convaincre ?
S.N. : Politiquement, elle n'en a pas la capacité. Mais sur un sujet si sensible, le poids de l'image donnée par les Etats-Unis dans le monde suffit. Guantanamo, et plus globalement toute la politique américaine (vols secrets de la CIA, Irak, images du cadavre de Zarqaoui,...), renvoient en effet une image désastreuse dans les opinions publiques européennes. Dans les sondages, on constate une dégradation spectaculaire.
Or Joe Nye, un chercheur américain, explique dans son livre que la puissance d'un pays ne se base pas seulement sur sa puissance militaire, mais aussi sur son attractivité, qu'il nomme "Soft power" ("pouvoir doux"). A l'opposé, Bush fonde sa politique sur le "Hard Power" ("pouvoir dur"). Or, l'Europe communautaire considère cette approche de pouvoir fondée sur le seul militaire aujourd'hui dépassée, anachronique. Et les élites, si j'ose dire "européennes" des Etats-Unis, dont fait partie justement Joe Nye, concordent avec cette vue. Ce sont les Etats-Unis eux-mêmes qui se livrent ainsi à un extra-ordinaire gâchis de leur modèle sociétal qui a été fortement apprécié, il y a encore peu de temps.
LCI.fr : Donc Bush a tout intérêt à accéder à cette requête ?
S.N. : Tout à fait. D'ailleurs, je pense qu'il va fermer Guantanamo assez rapidement. Outre l'image extérieure désastreuse, la médiatisation de ce bagne pose également des problèmes de politique intérieure. Bref, cela nuit à sa volonté d'imposer ses valeurs dans le monde et il se débarrassera ainsi d'un sujet fâcheux, d'autant plus qu'il reste à peine 200 prisonniers.
(photo afp-archives : un prisonnier à Guantanamo)
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