"Capacité d'absorption" de l'UE : la France ouvre le débat

le 16 juin 2006 à 18h27 , mis à jour le 16 juin 2006 à 19h46

La France a plaidé vendredi à Bruxelles pour que l'UE examine sa "capacité à absorber" de nouveaux membres avant tout élargissement. Ce que certains comme le Royaume-Uni, l'Espagne ou la Hongrie voient comme une volonté de freiner de nouvelles adhésions. La question sera de nouveau au menu du sommet de décembre, et Jacques Chirac se félicite d'avoir "initié un débat".

TF1/LCI : Conférence de presse de Jacques Chirac à l'issue du sommet européen à BruxellesConférence de presse de Jacques Chirac à l'issue du sommet européen à Bruxelles © DR

La question de la "capacité d'absorption" de l'UE n'apparaît pas prioritaire pour nombre d'Etats membres. Reste qu'au terme d'une journée de discussion au sommet européen de Bruxelles, Jacques Chirac a pu se féliciter vendredi d'avoir "initié un débat". La France, dont le "non" au référendum sur le traité constitutionnel est pour beaucoup dans le blocage de la réforme des institutions européennes, explique depuis quelques mois qu'avant tout nouvel élargissement, les Européens doivent déterminer quelles sont leur capacité d'absorption de nouveaux candidats.

Même si Jacques Chirac s'en est défendu, cet accent mis sur la capacité d'absorption est perçu par d'autres pays de l'UE plus favorables à l'élargissement, comme le Royaume-Uni, l'Espagne ou la Hongrie, comme une volonté de rendre plus difficile toute adhésion au-delà de celle de la Croatie, attendue d'ici la fin de la décennie. Pour couper court à ces divergences, la présidence autrichienne a annoncé vendredi que les 25 avaient "abandonné l'idée" de faire de la "capacité d'absorption" de l'UE un nouveau critère dans l'examen des pays candidats. Mais elle reste une "condition", qui devrait être affinée lors du sommet européen de décembre, à la lumière d'un rapport de la Commission européenne.

Une notion qui reste floue

Pour l'instant, la notion de capacité d'absorption reste floue, même dans la bouche des Français. Le ministre des Affaires étrangères Philippe Douste-Blazy a même évoqué lundi à Luxembourg une très imprécise "capacité d'absorption populaire" pour évoquer la nécessité qu'à l'avenir, dans tous les pays de l'UE, les peuples soient prêts à un nouvel élargissement. Pour Jacques Chirac, cette capacité s'applique clairement à tous les domaines, institutionnel, politique, économique ou financier.

Les 25 doivent déterminer leur "capacité financière car quand on élargit, on augmente la dépense et il faut donc soit augmenter les recettes, le budget européen, soit remettre en cause les dépenses existantes", a-t-il souligné à Bruxelles. Le président français a aussi plaidé pour une réforme des institutions, qui "ne sont pas adaptées pour un nombre trop important de pays". C'est d'ailleurs la France qui aura, selon le calendrier que se sont fixé les dirigeants européens, la tâche de finaliser cette réforme institutionnelle au second semestre 2008, soit un an après l'élection présidentielle de 2007. Mais on ignore encore s'il s'agira de reprendre pour l'essentiel le texte de la Constitution, ou d'en pondre un nouveau, les 25 ayant décidé à Bruxelles de ne pas trancher pour l'instant cette question essentielle.

En attendant des éclaircissements sur la capacité d'absorption, la Roumanie et la Bulgarie, dont l'adhésion est pourtant acquise pour le 1er janvier 2008 au plus tard, font les frais de ces hésitations en se voyant soumis à un examen d'entrée particulièrement strict. La Croatie, qui espérait adhérer pour les élections parlementaires européennes de 2009, se voit maintenant priée d'attendre jusqu'à "la fin de la décennie". Avec la Turquie, les négociations d'adhésion prendront au moins 10 ans et sont déjà si électriques que certains analystes sont prêts à parier qu'elles n'aboutiront jamais.

La Slovénie réussit son examen d'entrée dans la zone euro

Les chefs d'Etat et de gouvernement de l'UE, suivant l'avis de la Commission européenne, ont accepté vendredi l'entrée de la Slovénie dans la zone euro en 2007. Ce pays sera le premier, parmi les dix nouveaux Etats membres entrés dans l'UE en mai 2004, à adopter l'euro. La signature formelle de cette décision reviendra au conseil des ministres des Finances qui doit se réunir le 11 juillet à Bruxelles. Les ministres décideront aussi du taux de conversion définitif entre le tolar slovène et l'euro. Toujours suivant l'avis de la Commission, les dirigeants de l'UE refusé la candidature de la Lituanie, qui pâtit d'une inflation trop élevée au regard des critères de convergence fixés par le traité de Maastricht.

Photo d'ouverture : Conférence de presse de Jacques Chirac à l'issue du sommet européen à Bruxelles - DR
le 16 juin 2006 à 18:27
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