© AFP Henry Ray AbramsElles chantent de la country et irritent George W. Bush. N'en déplaise au président américain, les Dixie Chicks sont de retour avec un nouvel album, qui cartonne Outre-Atlantique. Taking the Long Way a, en une semaine, pris la tête du hit-parade avec 526.000 exemplaires vendus. Le groupe de faire la Une du prestigieux hebdomadaire Time et de recevoir une avalanche d'invitations à des émissions télévisées.
Un beau succès personnel, soit. Mais ce retour en grâce constitue surtout un beau pied de nez aux détracteurs du trio texan après l'"affaire" dont ont fait les frais ses trois membres, Natalie Maines, Emily Robison, Martie Maguire. Ces jolies blondes ne se contentent pas de chanter des ballades romantiques et d'honorer le folklore du sud des Etats-Unis de leur voix nasillardes et aigües, chapeau de cow-boy sur la tête et santiags aux pieds... Elles savent aussi taper du poing sur la table.
Chasse aux sorcières
Mars 2003. A la veille de l'invasion américaine de l'Irak, lors d'un concert à Londres, la leader du groupe Natalie, réputée pour son franc-parler, déclare qu'elle a honte que le président Bush soit comme les Dixie Chicks, originaire du Texas.
Ce "manque de patriotisme" suscite un tollé aux Etats-Unis et particulièrement dans le milieu country plutôt conservateur. Les Dixie Chicks deviennent la cible des zélotes de la guerre. Par une cascade de représailles, le groupe est cloué au pilori médiatique. Moult radios, pour ne dire toutes, boycottent leurs disques. Parmi elles, les 1 200 du groupe de communication Clear Channel, dont le vice-président, Tom Hicks, est l'un des donateurs les plus généreux lors de la campagne présidentielle de George W. Bush. Certaines de ces radios appellent même les auditeurs à venir jeter leurs albums des Dixie Chicks dans des bennes disposées à cet effet à l'entrée de leurs studios.
Des "fans" vont jusqu'à brûler les albums ou à publier des tribunes vengeresses contre la "traîtresse" et des parlementaires de Caroline du Sud font passer une résolution demandant que le groupe offre un concert gratuit aux troupes pour pardonner leur inconduite. Le titre Travelin'soldier, qui était alors numéros un, disparaît du hit parade en quelques semaines.
"Je ne suis pas prête à être gentille"
Devant cette virulente campagne conservatrice, Natalie Maines doit faire amende honorable. "En tant que citoyenne américaine, je présente mes excuses au président Bush car ma remarque n'était pas respectueuse". Mais elle souligne qu'en tournée en Europe, elle "était témoin d'un sentiment anti-américain massif" engendré par la position américaine sur l'Irak.
Plus de trois ans après les faits, les Dixie Chicks ont leur revanche. Cette disgrâce a-t-elle pour autant assagi le groupe ? Pas vraiment. Dans l'un des nouveaux titres, "Not ready to make nice", Natalie Maines chante : "je ne suis pas prête à être gentille. Je ne suis pas prête à céder. Je suis toujours folle de colère et je n'ai pas le temps de faire des ronds de jambe. Il est trop tard pour changer et même si je pouvais je ne le ferais probablement pas". Tant pis pour les irritations de l'autre Texan.
(Les Dixies Chicks lors des Grammys en 2003/PHOTO AFP/RAY ABRAHMS)
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