George W. Bush et son homologue iranien Mahmoud AhmadinejadLe pouvoir iranien n'a pas encore réagi officiellement à l'accord intervenu jeudi soir dans la capitale autrichienne entre Américains, Européens, Russes et Chinois pour faire à l'Iran des "propositions de grande portée", mêlant mesures incitatives et répressives, afin de tenter de convaincre Téhéran de suspendre son programme nucléaire. L'offre ne leur a pas encore été officiellement transmise, et les Européens doivent en présenter le contenu "dans les prochains jours", a souligné vendredi le porte-parole de la Maison Blanche Tony Snow, précisant ne pas attendre de réponse avant plusieurs semaines.
Mais déjà, un haut responsable nucléaire iranien, Mommadad Saïdi, a affirmé que son peuple ne permettrait pas un arrêt des activités d'enrichissement d'uranium. Quant à l'offre des Etats-Unis de participer aux discussions : "L'entrée des Etats-Unis dans les négociations avec l'Iran ressemble à quelqu'un qui veut jouer au football, n'a pas les compétences et veut poser des conditions", a-t-il commenté.
Washington réaffirme son exigence préalable d'un arrêt des activités nucléaires
Pour sa part, la Maison Blanche a répété vendredi que l'Iran devait suspendre ses activités nucléaires sensibles, et réaffirmé son exigence d'un gel de l'enrichissement pour participer aux négociations de sortie de crise. "Dès que l'Iran suspendra complètement et de façon vérifiable ses activités d'enrichissement et de retraitement, les Etats-Unis rejoindront leurs collègues de l'UE-3 (France, Allemagne, Grande-Bretagne) à la table des négociations et rencontreront des représentants iraniens", avait déjà promis la secrétaire d'Etat Condoleeza Rice.
En envisageant ainsi, pour la première fois depuis 26 ans, un dialogue direct approfondi avec Téhéran, les Etats-Unis ont joué une carte maîtresse dans les difficiles négociations sur le programme nucléaire iranien. Saluée par les grandes puissances, cette initiative a cependant été accueillie avec scepticisme par certains commentateurs qui y voient davantage une tactique destinée à rallier le soutien de la Russie et de la Chine à des mesures coercitives contre l'Iran qu'un revirement stratégique de la politique américaine d'isolement du régime islamiste, que Washington accuse de soutenir le terrorisme.
D'ailleurs, dès vendredi, le front commun affiché la veille à Vienne par les grandes puissances a semblé se fissurer. Alors que le ministère français des Affaires étrangères a souligné que l'accord "engage les Russes et les Chinois" sur des mesures de rétorsion contre l'Iran, le chef de la diplomatie russe s'est empressé de souligner que les cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l'Onu et l'Allemagne avaient exclu "le recours à la force militaire" contre l'Iran "quelles que soient les circonstances". Il s'est aussi refusé à parler d'ultimatum à l'Iran, mais évoquant quelques semaines de réflexion pour les Iraniens. Quant à Vladimir Poutine, il a estimé vendredi soir qu'il est "trop tôt pour parler de sanctions" contre l'Iran.
Photo d'ouverture : montage : à gauche, le président américain George W. Bush ; à droite, le président iranien Mahmoud Ahmadinejad
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