L'oeil de Washington sur les flux financiers

le 23 juin 2006 à 20h41 , mis à jour le 24 juin 2006 à 21h49

Des milliers de transactions financières espionnées partout dans le monde : c'est ce que permet un programme des Etats-Unis lancé au lendemain du 11 septembre 2001 et mis au jour par la presse américaine. Le gouvernement confirme et s'enorgueillit d'avoir pu ainsi "pister" divers terroristes.

George Bush président états unis discours sur l'iran

Après les écoutes de citoyens américains, les transferts financiers. Le gouvernement américain, après des révélations de la presse, a reconnu vendredi qu'il espionne depuis près de cinq ans des transactions internationales. "Je suis particulièrement fier de notre programme de chasse aux financement du terrorisme" qui "suit minutieusement la trace des transactions financières de terroristes étrangers présumés", a affirmé le secrétaire au Trésor John Snow.

Ce programme secret a été lancé après les attentats du 11 septembre 2001. Il a permis au Trésor de passer au crible les informations de Swift, une entreprise basée en Belgique qui joue le rôle d'intermédiaire dans la plupart des transactions financières mondiales. Swift (Society for Worlwide Interbank Financial Telecommunication) ne gère pas les transferts, mais les informations sur ces transferts, pour le compte de 7800 organismes financiers. "En suivant les flux d'argent, les Etats-Unis ont été capables de localiser les activistes et leurs financiers, repérer des réseaux terroristes et aider à les traduire en justice et à sauver des vies", a souligné John Snow. Selon le New York Times, le programme aurait ainsi permis la capture de Riduan Isamuddin, plus connu sous le nom de Hambali, l'ancien chef opérationnel de la Jamaah Islamiyah.

Inquiétudes sur la protection de la vie privée

Le Trésor a assuré qu'il ne s'agissait pas d'avoir accès à des informations violant la vie privée des Américains. Mais depuis sa mise en route, des transactions effectuées par des milliers d'Américains ou autres ont été passées au crible, selon la presse. La question de la légalité de ces méthodes a aussitôt fait surface. "Le département de la Justice a examiné ce programme. Nous pensons qu'il est légal", a assuré le ministre de la Justice Alberto Gonzales. Plusieurs experts estiment cependant que le gouvernement a exploité une "zone grise" du droit, selon le New York Times. Ces révélations ont aussi provoqué des froncements de sourcils dans l'opposition au Congrès.

Pour le New York Times, il s'agit d'une nouvelle tentative du gouvernement "pour démanteler les barrières légales ou institutionnelles protégeant l'accès aux informations privées concernant les Américains". Cette traque financière fonctionne en effet en parallèle avec la surveillance clandestine des communications internationales menée depuis plusieurs années par la très secrète Agence de sécurité nationale (NSA). L'existence de ces écoutes, révélée il y a six mois, a soulevé une énorme controverse politique aux Etats-Unis, l'opposition démocrate jugeant ces écoutes illégales, ce que conteste la Maison Blanche. "Les programmes secrets de la NSA et du Trésor ont permis de créer des bases de données sans précédent sur des transactions privées, dont la plupart concernent des gens qui n'intéressent pas les enquêteurs sur le terrorisme", s'est ému vendredi le Washington Post.

Photo d'ouverture : archives

le 23 juin 2006 à 20:41
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