© INTERNELes corps des petites Stacy et Nathalie ont été retrouvés mercredi à Liège, 18 jours après leur disparition lors d'une braderie. Cette macabre découverte ravive, dix ans après en Belgique, le traumatisme de l'affaire du pédophile Marc Dutroux qui avait fait vaciller pendant de long mois le pays et ses institutions.
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L'affaire commence le 13 août 1996, quand, sur la base de l'immatriculation d'une fourgonnette aperçue quatre jours plus tôt sur les lieux du rapt d'une adolescente de 14 ans, Laetitia Delhez, enlevée à Bertrix près de Neufchâteau, Marc Dutroux est arrêté. Deux jours plus tard, Laetitia est retrouvée vivante avec Sabine Dardenne, 12 ans, dans la cave d'une maison du pédophile à Marcinelle, à la périphérie de Charleroi.
"La thèse d'un réseau pédophile protégé"
Dans un royaume inquiet d'une litanie de disparitions d'enfants non élucidées, la libération de deux adolescentes est un soulagement. Mais l'horreur prend très vite le dessus, avec l'exhumation le 17 août puis le 3 septembre dans deux autres propriétés de Dutroux des corps de deux fillettes de 8 ans, Julie Lejeune et Melissa Russo, et de deux jeunes Flamandes, An Marchal (17 ans) et Eefje Lambrecks (19 ans), disparues un an plus tôt près de Liège et sur la côte flamande.
Les quatre victimes sont portées en terre au cours de funérailles nationales. L'opinion gronde d'apprendre que Dutroux, condamné à 13 ans et demi de prison en 1989 pour l'enlèvement et le viol de cinq mineurs, avait été libéré dès 1992.
L'arrestation de Michel Nihoul, escroc qui se vante d'avoir le bras long, la révélation que policiers et gendarmes soupçonnaient Dutroux depuis l'été 1995, et un engagement sybillin du procureur Michel Bourlet à éclaircir toute l'affaire "si on (le) laisse faire" alimentent la thèse d'un réseau pédophile protégé.
"La Marche blanche"
Le 14 octobre 1996, la mise à l'écart du juge Jean-Marc Connerotte, à l'origine de l'arrestation de Dutroux mais dessaisi pour un dîner partagé avec des proches de victimes, déclenche l'explosion : manifestations, grèves sauvages, une révolte populaire s'étend dans toute la Belgique et culmine six jours plus tard avec la "Marche blanche" de 320.000 personnes à Bruxelles.
Le roi Albert II intervient en témoignant son soutien aux parents des enfants disparus. Mais le gouvernement de Jean-Luc Dehaene peine à apaiser l'opinion en promettant de réformer l'appareil policier et judiciaire, dont une commission parlementaire épluche les dysfonctionnements dans l'enquête Dutroux.
Marc Dutroux fera payer à l'appareil d'Etat le prix du scandale: le 23 avril 1998, son évasion éphémère et rocambolesque coûte leurs postes aux ministres de la Justice et l'Intérieur, Stefaan De Clerck et Johan Vande Lanotte. Après huit ans d'instruction et trois mois et demi de procès, Dutroux est reconnu coupable le 22 juin 2004 de l'enlèvement et du viol des six fillettes et adolescentes, et de la mort de Julie, Melissa, An et Eefje.
Rarement une telle affaire aura accumulé autant de dérapages, dégénérant du fait divers à la crise de société. "L'affaire dite Dutroux (...) a ébranlé en profondeur la nation", reconnaissait en février 2004, à la veille du procès, le ministre belge de la Justice, Laurette Onkelinx.
(Marc Dutroux lors de son procès/archives/DR)
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