Zarqaoui : "Une bonne nouvelle, mais pas la fin des attentats"

Par Propos recueillis par Fabrice AUBERT, le 08 juin 2006 à 16h08 , mis à jour le 04 août 2006 à 11h58

Pour Barah Mikaïl, chercheur à l'IRIS, la mort de Zarqaoui concrétise la stratégie américaine en Irak, sans pour autant signifier la disparition de la branche d'Al-Qaïda dans le pays. En attendant que le processus politique se poursuive, les violences devraient donc continuer.

TF1/LCI Photo de Moussab Al Zarkaoui

Barah Mikaïl est chercheur spécialisé sur le Moyen-Orient à l'Institut des relations internationales et stratégiques.
Il vient notamment de publier "La politique américaine au Moyen-Orient" (Dalloz, 18 €).


LCI.fr : Zarqaoui tué. Une bonne nouvelle à la fois pour Bush et pour le gouvernement irakien.
Barah Mikaïl :
Tout à fait, surtout dans la conjoncture actuelle des deux pays. Aux Etats-Unis, les élections législatives de mi-mandat se profilent à l'horizon (ndlr : elles se dérouleront début novembre). L'administration américaine a donc besoin de prouver que la lutte anti-terroriste porte ses fruits. La mort de Zarqaoui légitime ainsi cette politique menée dans le monde entier et devrait faire taire les critiques qui s'élevaient Outre-Atlantique.

En Irak, elle consolide le processus électoral entamé ces derniers mois. Cette journée de jeudi est d'ailleurs doublement importante : il est en effet intéressant de noter que l'annonce du décès de Zarqaoui a été suivie de celle de l'attribution des postes de ministres de l'Intérieur et de la Défense, qui coinçait depuis plusieurs semaines. Tout ceci confirme la bonne voie de la stratégie américaine dans le pays. C'est la consécration d'un nouveau départ au niveau des intentions des acteurs concernés.

LCI.fr : Peut-on parler d'un "coup" électoral de Bush, comme ne manqueront pas de soulever ses opposants. 
B.M. : C'est vrai que les Américains ont frappé le réseau Al-Qaïda à un moment électoral important. Mais avant de parler hâtivement de "complot", il faut surtout rappeler que 2 scénarios sont évoqués depuis plus d'un an : l'arrestation ou la mort de ben Laden et l'arrestation ou la mort de Zarqaoui. Il est donc difficile de parler d'une stratégie délibérée qui consisterait à stopper Zarqaoui à un moment précis.

"Zarqaoui ne planifiait pas tout"

LCI.fr : L'organisation Al-Qaïda peut-elle survivre à la mort de son chef ?
B.M. : La mort de Zarqaoui n'est pas la mort de Al-Qaïda en Irak. Il était bien sûr son autorité morale, mais il ne préparait pas tous les attentats. Certains planificateurs des attaques étaient physiquement éloignés de lui. En outre, sa mort prochaine était annoncée depuis plus d'un an. Le réseau ne s'est vraisemblablement pas laissé prendre au dépourvu et sa succession a sûrement été programmée.

Deux scénarios peuvent être envisagés : une déstabilisation passagère au sein de sa hiérarchie et des différentes factions, avec comme conséquence des violences moins programmées et une relative accalmie. A l'opposé, l'organisation pourrait avoir la volonté de prouver que la mort de son chef n'implique pas sa fin et qu'elle garde sa capacité de nuisance. Dans cette hypothèse, les attentats pourraient redoubler. Quoi qu'il en soit, les violences continueront aussi longtemps que le dysfonctionnement politique perdurera.

LCI.fr : Zarqaoui a été trahi par l'un des siens. Est-ce un signe supplémentaire de l'affaiblissement de l'organisation ? 
B.M. : Non, il n'y a rien d'étonnant. Le meilleur exemple provient de Saddam Hussein, qui a été arrêté grâce à son ancien et fidèle serviteur. Le schéma de la trahison interne est traditionnel, quels que soient l'organisation ou le discours. En outre, le renseignement américain en Irak est très bien structuré et bénéficie de nombreuses aides, comme celle de la Jordanie, qui revendique sa participation au raid.

LCI.fr : Les relations entre ben Laden et Zarqaoui ont parfois été tendues. Le premier peut-il profiter de l'occasion pour reprendre la main sur Al-Qaïda en Irak ?
B.M. : Il y a en effet toujours eu un certain désaccord stratégique entre eux. ben Laden n'a ainsi jamais apprécié la lutte anti-chiite menée par Zarqaoui. La logique voudrait donc qu'il essaye d'influer avec plus de vigueur sur Al-Qaïda en Irak. Mais comme il ne se trouve pas dans le pays, sa capacité à le faire est loin d'être prouvée. On ne peut pas exclure néanmoins que ses partisans réussissent à prendre le pouvoir dans l'organisation.

Plus globalement, la désignation du nouveau leader pourrait entraîner une modification de la stratégie. Si un Irakien prend la tête (ndlr : Zarqaoui était Jordanien), cela serait un signal fort pour justifier les attaques. Il faudra attendre les prochains communiqués pour se faire une idée.

(image : le cadavre de Zarkaoui, montré par l'armée américaine)

Par Propos recueillis par Fabrice AUBERT le 08 juin 2006 à 16:08
Envoyer cette page à un ami
Les champs marqués par une étoile * sont obligatoires.
Les derniers articles Monde
  

9 Commentaires

Afficher : Les plus récents | Les plus appréciés

  • Jean, le 09/06/2006 à 10h46

    Un criminel se cache dans une maison isolée, que faites-vous : - essayer de le capturer avec un minimum de pertes collatérales, - ou envoyer deux bombes de 500kg qui rasent tout (y compris une femme et un enfant présents)? Amérique, ou vas-tu ?

  • Zarquau, le 09/06/2006 à 10h40

    CIA 14h00 Le bureau de Mr Zarqaoui SVP ? 2ème étage bureau d'en face de Mr ben Laden... Merci.

  • Franz, le 09/06/2006 à 01h23

    "Wanted Zarkaoui" est maintenant encadré dans de la la dorure strié modèle "caisse américaine " . Mais cette image figée de Zarkaoui ne reflète qu'un trophée de chasse . Le terrorisme ne s'éteindra pas sur l'exposition de tels trophées . A

  • Tounsi, le 08/06/2006 à 22h10

    On montre l'image d'un prisonnier ou d'un mort comme un trophé maintenant? Et les conventions de Geneve? aah oui, j'oublier c'est juste de la théorie pour jouer les civilisés et faire la morale au autres...surtout quand le prisonnier ou le mort n'est pas un occidentale... Quel sera la réaction des autres peuples? je vous laisse y reflechir...

  • Pfffff, le 08/06/2006 à 21h00

    Quand un zarquaoui meurt il y en a cent qui renaissent, si l'amerique ne continue pas sa politique repressive a l'egard du moyen orient alors cela risque de se transformer hélas en un embrasement mondial et la destruction de l humanité tout ca a cause d un abruti de texan quel triste vie...

  • Meyerie, le 08/06/2006 à 20h07

    Coupez une tete , il en poussera une autre ,il faut pas rever, c est le propre d "al quaida ". zarquaoui en moins c est bien mais c est osama qui a soi disant commis le 11 septembre , il faut ptetre commencer a le chercher mr bush , non ?

  • Daniel.Binkowski, le 08/06/2006 à 19h49

    Un de perdu , dix de retrouvés ....

  • Farielle, le 08/06/2006 à 19h00

    La photo est vraimen bizar, et pk on ne le voi pa en entier? Sa tête n'a aucun impacte alor que la maison dans laquelle ils étaient, a été bombardé avec 2 bombes de 250Kg chacune. La maison est en ruine, mai pa la tête de El-Zarquaoui!!!? Merci d publié

  • Tamanio, le 08/06/2006 à 18h48

    La convention de genève ne prévoyait t'elle pas justement de ne pas montrer les photos des corps des ennemis...? Ah oui, mais c'est en Irak, les droits de l'homme ont toujours été bafoués et contiuerons de l'être par ceux qui se disent justement les défendeurs des droits de l'homme....

Lire tous les commentaires

      logAudience