L'attente des Libanais échoués à Paris

Par , le 19 juillet 2006 à 07h00 , mis à jour le 09 janvier 2010 à 19h58

Ils appellent dès qu'ils le peuvent pour parler à leur famille restée "là-bas" : au foyer de la paroisse Notre-Dame-du-Liban, à Paris, on vit au rythme des nouvelles du conflit. Tout en s'efforçant d'accueillir touristes ou étudiants en stage bloqués en France par les bombardements israéliens.

TF1/LCI : Samir Chaghouri téléphonant à l'extérieur du foyer, en compagnie de Wissam DaoudSamir Chaghouri téléphonant à l'extérieur du foyer, en compagnie de Wissam Daoud © Franck LEFEBVRE

La guerre est loin, mais sa rumeur est présente. A l'extérieur, c'est la rue d'Ulm, le Ve arrondissement parisien écrasé de soleil, à deux pas du Panthéon, trois pas du Jardin du Luxembourg. A l'intérieur du grand immeuble de la paroisse Notre-Dame-du-Liban, dans la cantine du foyer franco-libanais, la chaîne satellitaire Al-Arabiya diffuse en permanence des images d'explosions et d'immeubles effondrés.

Dans l'entrée, des adolescents attendent désoeuvrés, une journaliste passe avec sa caméra. Des bribes de conversations flottent : "... elle est coincée avec sa famille, quand elle appelle l'ambassade de France, personne ne répond. Elle est dans un état un peu critique. Il faut appeler Catherine au Liban..." Quelqu'un s'isole pour téléphoner. Hélène El Khoury, à l'accueil, parle, les mains tremblantes, de sa mère restée "là-bas" à Batroun.

Piégés par le conflit

"Hier ma maman m'a demandé de prier pour elle et d'allumer une bougie à Notre-Dame-du-Liban. Là-bas, il y a des usines, des produits chimiques, ils ont tellement peur que les Israéliens bombardent... L'armée libanaise avait installé une antenne, mais Israël l'a bombardée, un soldat a été tué et onze autres blessés. Et le bruit, le bruit des avions qui arrivent, c'est quelque chose de terrible."

Dans la paroisse, tout le monde a de la famille au Liban. Tout le monde attend les derniers messages de Beyrouth. Et pour certains des résidents du foyer, à l'attente s'ajoute une autre incertitude : ils sont en transit, piégés par un conflit qui les empêche de rentrer chez eux. Touristes, étudiants en stage, ils ont appris la nouvelle par la télé, la radio, et n'ont pas tout de suite compris qu'ils étaient bloqués en France. Ce n'est que lorsqu'ils ont pu téléphoner à leur famille qu'ils ont vraiment réalisé.

Quelques frictions

TF1/LCI : Monseigneur Saïd, vicaire patriarcal maronite et curé de la paroisse Notre-Dame du Liban à Paris
Monseigneur Saïd - FL

Des réseaux se montent dans la communauté libanaise et aboutissent à la rue d'Ulm. La paroisse reçoit depuis plusieurs jours des appels pressants. Le nombre des hébergés fluctue : une quinzaine en début de semaine, une douzaine mardi. "Les choses ont commencé à s'organiser depuis 3-4 jours, résume entre deux appels téléphoniques Monseigneur Saïd, vicaire patriarcal maronite.

"Et depuis peu, certains téléphonent aussi pour proposer des solutions. Un sénateur a appelé, l'évêque de Metz a écrit, je déjeune aujourd'hui avec un conseiller de la mairie de Paris : les choses commencent à bouger", assure le curé. Mais tout ne va pas sans friction : "On a beau parler d'union nationale entre Libanais, il peut y avoir des problèmes entre chrétiens et musulmans."  (Lire la suite en page 2)

Photo d'ouverture TF1-LCI/F.L.: Samir Chaghouri téléphonant à l'extérieur du foyer,
en compagnie de Tarek, un des membres de son groupe de collégiens

 



(Suite de la page 1)

TF1/LCI : Bassam Jabbour, hébergé au foyer franco-libanais de la paroisse Notre-Dame du Liban, à Paris
Bassam Jabbour - FL

Le plus difficile à gérer pour les hébergés reste cette attente qui pèse. Bassam Jabbour, 20 ans, en prépa maths, devait rejoindre Beyrouth le 15 juillet. Sa voix n'est qu'un murmure, ses mots se bousculent et ses mains triturent la courroie d'un sac à dos. "Je ne fais rien de la journée ; j'attends. Je cherche sur Internet s'il n'y aurait pas des actions, des manifestations, quelque chose à faire... Hier, j'ai participé à une manifestation contre l'attaque israélienne. Ma famille appelle de temps en temps. Ils sont dans la montagne au-dessus de Beyrouth, à Bikfaya ; c'est plutôt calme mais il y a beaucoup de réfugiés qui arrivent."

Des collégiens, venus avec un accompagnateur pour un stage d'escrime, ignorent comment faire le voyage du retour. Les parents de certains d'entre eux sont tout proches des zones bombardées : 500 mètres à peine. C'est le cas de Wissam Daoud, 12 ans, venu avec sa soeur Sarah-Marie-Christine, 16 ans. "Là où ils sont, ils entendent tout", raconte Sarah. "Toute notre famille, nos amis sont là-bas. Plusieurs fois par jour, on parle avec eux au téléphone".

Echapper à la guerre

Pour l'heure, les membres de leur petit groupe s'entassent à deux ou trois dans des chambres du foyer. "La direction du collège préfère que nous restions ici, plutôt que d'aller à Chypre", explique l'accompagnateur, Samir Chaghouri. Lui-même s'inquiète, mais sans le montrer, pour sa famille si près des combats, et pour ses deux filles qui dorment dans un couloir pour moins entendre le fracas des bombes.

Pendant le repas, les adolescents sont les seuls à parler. Bassam Jabbour contemple les images diffusées en boucle par Al-Arabiya. Samir Chaghouri a d'autres préoccupations : occuper les ados confiés à sa garde. Leur permettre d'échapper à la guerre le plus longtemps possible. Aussi longtemps qu'ils seront à Paris, dans cette curieuse ambiance de vacances prolongées. Ce mardi après-midi, il les emmène à la Cité des Sciences. Loin des écrans de télé.

Photo d'ouverture TF1-LCI/F.L.: Samir Chaghouri téléphonant à l'extérieur du foyer,
en compagnie de Tarek, un des membres de son groupe de collégiens

Par Franck Lefebvre-Billiez le 19 juillet 2006 à 07:00
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