Le Liban accuse Israël de "crimes contre l'humanité"

Par Par A.C. et D.H. (d'après AFP), le 30 juillet 2006 à 07h59 , mis à jour le 30 juillet 2006 à 22h40

Le Liban, par la voix de son ministre de l'Information, accuse dimanche Israël de "crimes contre l'humanité" et de "crimes de guerre" après le bombardement de Cana, au Liban sud. Ghazi Aridi affirme que les Etats-Unis "couvrent" l'Etat hébreu.

cana raids tsahal corps décombres liban30 juillet : un bombardement de Tsahal sur un abri à Cana, à la frontière, se termine par un carnage. Au moins cinquante civils, en majorité des femmes et des enfants, sont tués. La communauté internationale est indignée.
  • Le Liban accuse Israël de "crimes contre l'humanité" 

"Crimes contre l'humanité" et "crimes de guerre". Le Liban, par la voix de son ministre de l'Information, Ghazi Aridi, condamne le plus fermement possible les raids israéliens de dimanche matin sur le petit village de Cana, où l'explosion d'un bâtiment a fait au moins 57 morts, dont 22 enfants et une dizaine de femmes. Interrogé sur la position américaine dans le conflit au Liban, Ghazi Aridi a estimé que Washington "couvre ces agressions".

  • Israël met en doute la cause de l'explosion de Cana 

Dimanche, dans la soirée, des responsables militaires israéliens ont  cependant émis des doutes sur l'origine de l'explosion dans le bâtiment à Cana. "Nous avons attaqué ce bâtiment entre minuit et une heure du  matin dans la nuit de samedi à dimanche, or l'annonce sur les victimes civiles  a eu lieu sept heures après", a déclaré le  général Amir Eshel, de l'armée de l'air. "Nous avons ensuite mené une autre attaque, mais à plus de quatre cents mètres de l'immeuble où les civils ont été  tués", a affirmé le responsable militaire israélien.  

"Nous ne savons pas ce qu'il y avait dans le bâtiment. Il est possible que le Hezbollah y ait stocké des  armes", a ajouté le général. Selon la chaîne de télévision "10", des responsables de l'armée affirment  que l'explosion meurtrière a été provoquée par des armes et munitions stockées  par le Hezbollah dans l'immeuble visé.

Selon tous les témoignages recueillis sur place par l'Agence France Presse (AFP), un premier  bombardement sur l'abri s'est produit dimanche à 1h du matin, suivi  d'un deuxième raid, dix minutes plus tard, qui a aussitôt entraîné  l'effondrement de l'immeuble et la destruction du refuge. Les secours ne sont arrivés qu'à la levée du jour en raison de l'intensité  des bombardements, ajoute l'AFP.

  • L'ONU et Paris agissent

Le Conseil de sécurité de l'ONU se réunit en urgence dimanche, à la demande de son secrétaire général, Kofi Annan, qui a invité le Conseil à condamner le bombardement israélien de Cana et à lancer un appel à un cessez-le feu immédiat. "Je suis profondément consterné de constater que mes appels précédents pour une cessation immédiate des hostilités n'ont pas été suivis", a déclaré le secrétaire général devant les Quinze réunis en séance extraordinaire.

Ce raid, l'un des plus sanglants depuis le début de l'offensive est vivement critiqué sur la scène internationale. Seuls les USA et la Grande-Bretagne restent mesurés, en qualifiant le raid de "plutôt révoltant". Un raid qui a revanche été fermement condamné par Jacques Chirac, qui parle d'acte "injustifiable". Le ministre des Affaires  étrangères Philippe Douste-Blazy, qui se rendra sur place lundi, a estimé que ce drame n'aurait pas eu lieu "si l'on avait écouté ce que les Français disent depuis quelques jours". Par ailleurs, le président français a décidé d'envoyer le ministre de la Santé, Xavier Bertrand, dans les prochains jours à Beyrouth, pour exprimer "la solidarité" au peuple libanais.

La France a d'ores et déjà fait circuler au Conseil de sécurité de l'ONU un projet de résolution demandant la cessation immédiate des hostilités. Les Etats-Unis ont fait savoir dimanche qu'ils menaient "des consultations" avant de se prononcer sur le projet de résolution  présenté par la France.

Pour lire l'intégralité du projet de résolution français, cliquez-ici

  • Les Libanais en colère

beyrouth manifestantsCe raid de dimanche a enflammé le Liban endeuillé. Apprenant la nouvelle dimanche matin, des milliers de manifestants se sont réunis dans le centre de Beyrouth en signe de protestation. Plusieurs centaines de Libanais, en colère et en pleurs, ont attaqué la "Maison de l'ONU", siège de l'organisation internationale dans le centre de Beyrouth. Ils ont mis le feu à  des drapeaux des Nations-Unies, jeté des pierres sur la façade et brisé des portes, criant à la "barbarie" d'Israël, tandis que le personnel s'abritait dans les sous-sols.

Le Hezbollah, de même que le Hamas palestinien, ont aussitôt promis de venger les victimes de Cana. La branche armée du mouvement palestinien Jihad islamique promet aussi des attentats-suicide.

  • Pas de cessez-le-feu pour Tsahal

liban carteCe raid meurtrier bloque plus encore la situation déjà ultra délicate au Proche-Orient. "Nous continuerons à agir sans hésitation contre le Hezbollah. Nous ne cesserons pas cette  opération", a déclaré dimanche le Premier ministre israélien Ehud Olmert, rejettant tout cessez-le-feu immédiat avec le Hezbollah, exigé par le Liban (Lire ci-dessous). Il a toutefois promis de permettre l'acheminement d'une aide humanitaire aux victimes à Cana après cet "incident pénible".

Après avoir dans un premier temps démenti les propos d'Ehud Olmert, relayés par le site internet israélien Ynet, selon lequel le Premier ministre avait évoqué devant Condoleezza Rice la nécessité pour l'Etat juif de 10 à 14 jours supplémentaires pour mener à bien son offensive, l'entourage du chef du gouvernement a confirmé que ces propos avaient bien été tenus. L'armée israélienne s'est donné jusqu'à mercredi pour créer une "zone de sécurité" de 2 km de large en territoire  libanais le long de la frontière, a indiqué dimanche le chef des opérations à  l'état-major, le général Gadi Eisenkaut.

  • Beyrouth ne veut plus négocier

Le refus d'Israël de stopper le conflit faisait suite à la réaction du Premier ministre libanais. Après le bombardement de Cana, Fouad Siniora a aussitôt exigé un cessez-le-feu immédiat, précisant qu'aucune négociation ne serait possible avant l'arrêt des combats. Il a aussi réclamé "une enquête internationale sur les massacres israéliens en cours au Liban". Le Premier ministre libanais a qualifié ce bombardement israélien d'opération "Raisins de la haine", faisant allusion à l'opération "Raisins de la colère", déclenchée le 11 avril 1996 et marquée par environ 600 raids aériens  israéliens et le tir de 23.000 obus. Fouad Siniora estime qu'Israël pratique un "terrorisme d'Etat".

  • Les USA changent un peu de discours 

Pour la première fois, Condoleezza Rice a appelé dimanche depuis Jérusalem à la fin du conflit. Peu avant, Le Liban avait annoncé que la secrétaire d'Etat américaine, en visite pour la seconde fois en une semaine en Israël, n'était pas la bienvenue à Beyrouth tant qu'un cessez-le-feu n'était pas déclaré. Condoleezza Rice rentre lundi à Washington pour se mettre à la rédaction d'un projet de résolution des Nations unies.

D'après AFP

(Photo TF1-LCI : combats à Maroun-al-Ras)

Par Par A.C. et D.H. (d'après AFP) le 30 juillet 2006 à 07:59
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