évacués libanKarine et ses trois enfants, âgés de 11 ans, 10 ans et 3 mois, ont la double nationalité franco-libanaise et vivent à Paris. Juste avant l'enlèvement des 2 soldats israéliens par le Hezbollah, ils étaient partis en vacances rejoindre leur famille à Kfar Heta, un village situé au sud du Liban.
Dès le début de l'offensive israélienne, la jeune femme et ses proches ont vécu l'enfer des bombes tombant à proximité et l'angoisse incessante d'être les prochaines victimes. " Nous avons passé une nuit entière à 8 dans les toilettes. Mon bébé était malade et nous n'avions pas de quoi le soigner. Cela a été un déclic. Nous devions nous rendre à Beyrouth, contre l'avis de l'ambassade, qui nous demandait de ne pas bouger " confie la jeune femme, âgée de 29 ans, à LCI.fr.
A quelques mètres...
Quelques jours plus tard, même si le trajet pour la capitale comportait un risque considérable, elle prend la décision de partir sur Beyrouth, seule avec ses trois enfants. " Juste après notre passage, un raid israélien visant le pont que nous venions de traverser a décimé une famille de sept personnes. Nous les avons vus...Ils étaient juste dernière nous..." dit-elle.
Une fois arrivés à Beyrouth, Karine et sa famille se réfugient dans un hôtel situé à une vingtaine de kilomètres des bombardements. Après avoir contacté l'ambassade, elle est convoquée trois jours plus tard, pour être évacuée en France. " Ils nous ont demandés de nous présenter à 10h du matin. Mais je me sentais tellement peu en sécurité que nous sommes arrivés deux heures à l'avance ". Dés la prise en charge par les autorités françaises, la jeune femme et ses trois enfants se sentent enfin en sécurité.
"Je remercie le gouvernement français"
La famille embarque alors en priorité sur le ferry Jean de Vienne. A bord, les officiers de la marine française et les infirmières apportent un soutien important aux enfants, très souvent en état de choc. " Un des enfants d'une famille maronite résidant dans une banlieue chrétienne racontait sans cesse les horreurs qu'il avait vues. Il parlait notamment du cadavre d'un garçon déchiqueté par les roquettes " raconte Karine.
La prise en charge des rapatriés se poursuit à Roissy avec la Croix-Rouge et des psychiatres. "Mes enfants étaient encore sous état de choc, et ils ont bénéficié d'un soutien admirable. Pour nous, les conditions d'évacuation ont été très bonnes... Je souhaite remercier le gouvernement français pour tout ce qu'il a fait pour nous ".
"On s'en prend au Liban tout entier"
Aujourd'hui, de retour à Paris, la jeune femme ne se sent pas pour autant soulagée et vit toujours dans l'angoisse pour ses proches restés sur place. " Je suis au téléphone avec eux au moins trois fois par jour. Aujourd'hui (ndlr : jeudi), ils me disaient que la nuit dernière avait été encore plus difficile que les précédentes... J'ai peur pour eux... ".
Elle craint pour leur vie et s'indigne de la situation. "Les Israéliens ne visent pas le Hezbollah. Qui peut encore croire ça ? La centrale électrique, le bombardement de Jouniyeh (ndlr : quartier peuplé majoritairement de chrétiens et de français) en sont la preuve ! On s'en prend au Liban tout entier : chiites, sunnites, druzes et maronites, tous confondus... Pourquoi ? " . Elle insiste également sur le fait que les Libanais cohabitent sans problème malgré les différentes confessions et une proximité évidente. "Nous vivons très bien ensemble : musulmans, chrétiens et juifs. Une semaine avant ces évènements nous étions invités à fêter shabbat chez une famille juive" fait-elle remarquer.
" Arrêtez de bombarder les civils "
Résultat de ce conflit : la population libanaise a tendance à soutenir le Hezbollah. "Mon amie maronite a perdu son cousin âgé de 22 ans dans les combats. Depuis, elle ne peut plus condamner le Hezbollah pour ce qu'il a fait ou pourrait faire par la suite... même si nous voulons tous la libération des deux soldats israéliens ! De plus en plus de Libanais pensent comme elle, et on ne peut pas leur en vouloir".
Bouleversée par ce qu'elle vient de vivre, la jeune franco-libanaise veut témoigner pour faire passer un message de paix. "On ne cherche pas à savoir à qui la faute revient ! Nous, les Libanais, nous sommes un peuple sans défense et nous voulons simplement l'arrêt des bombardements visant les civils".
(Photo: Ferry rapatriant les ressortissants français)
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