
Le Proche-Orient n'avait pas connu d'escalade aussi grave depuis de nombreuses années. Une quarantaine de civils ont été tués jeudi au Liban dans la violente offensive militaire lancée par Israël en représailles à la capture et la mort de plusieurs de ses soldats dans une attaque du Hezbollah chiite.
L'aviation israélienne a bombardé l'aéroport international de Beyrouth pour la première fois depuis 1968, et imposé un blocus maritime et terrestre au Liban, où des ponts, des bases du Hezbollah et aussi de l'armée libanaise ont été la cible de bombardements à travers le pays. Cette offensive de Tsahal a poussé des milliers de personnes sur les routes de l'exode.
Appel au cessez-le-feu
Le Hezbollah a tiré des dizaines de roquettes qui ont pour la première fois touchée la ville de Safed située à plus de 20 km de la frontière du Liban, tuant deux personnes et blessant des dizaines. Selon Israël, 20 localités du nord ont été touchées par des "missiles".
Le gouvernement libanais a demandé un "cessez-le-feu immédiat, et la fin de l'agression israélienne". Mercredi, il avait nié toute responsabilité dans la capture des deux soldats et réclamé une réunion urgente du Conseil de sécurité de l'ONU. Le président palestinien Mahmoud Abbas a mis en garde contre une "guerre régionale" et une réunion urgente de la Ligue arabe est prévue samedi au Caire.
Cette escalade ne semble pas prête de se terminer, les protagonistes campant sur leurs positions et accentuant les menaces. Le chef d'état-major israélien Dan Haloutz a affirmé que "rien n'était à l'abri" au Liban, alors que le Hezbollah a menacé de bombarder Haïfa, la troisième ville d'Israël à 40 km de la frontière libanaise si Beyrouth ou sa banlieue sud étaient pris pour cible.
Mercredi, un commando du Hezbollah a capturé deux soldats israéliens et en a tué trois dans une opération spectaculaire menée en territoire israélien tout près de la frontière du Liban. Cinq autres soldats sont morts dans les accrochages qui ont suivi.
L'Etat hébreu, parlant d'"acte de guerre", s'est engagé à faire payer "le prix fort" au Liban en rendant le gouvernement libanais responsable de l'escalade. Ce dernier s'est distancié de l'opération du Hezbollah, représenté au cabinet par des ministres, affirmant qu'il n'y était pas "au courant".
"Le droit de se défendre"
Outre sur son front nord, Israël se bat depuis plus de deux semaines sur son front sud, dans la bande de Gaza où elle a lancé une offensive meurtrière pour retrouver son soldat enlevé le 25 juin par trois groupes palestiniens dont la branche armée du Hamas, en Israël à la frontière du territoire palestinien.
Aussi bien le Hezbollah que les groupes palestiniens exigent la libération de prisonniers détenus en Israël en échange de celle des soldats dont la capture a plongé dans l'embarras son armée, la plus puissante de la région. Ce qu'Israël a catégoriquement rejeté, refusant de négocier avec des mouvements qu'il considère comme "terroristes". Les Affaires étrangères israéliennes ont même affirmé que le Hezbollah voulait transférer les deux soldats capturés vers l'Iran. Ce que Téhéran a démenti.
L'Etat hébreu a d'ailleurs accusé l'Iran et la Syrie, qui soutiennent le Hamas et le Hezbollah, d'être responsables de l'escalade. Une accusation reprise par les Etats-Unis. Le président Bush a affirmé qu'Israël avait "le droit de se défendre" et que la Syrie devrait "rendre des comptes".
La communauté internationale a appelé à la retenue, alors qu'une délégation de haut niveau de l'ONU, de même que le Haut représentant pour la politique étrangère de l'Union européenne Javier Solana s'apprêtent à se rendre au Proche-Orient pour tenter de trouver un règlement.
(Photo l'aéroport de Beyrouth/DR)
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