Mis en service en 1962 pour le compte de la Compagnie Générale Transatlantique, le paquebotFrance, rebaptisé Norway puis Blue Lady, est arrivé mardi au port d'Alang, dans l'Ouest de l'Inde. Le navire doit être démantelé au chantier naval d'Alang, le plus grand d'Asie, dans l'Etat du Gujarat.
900 tonnes d'amiante, selon Greenpeace
En juin dernier, la Cour suprême indienne autorise le paquebot à pénétrer temporairement dans les eaux territoriales indiennes. Mais elle indique que le navire ne pourra être démantelé tant qu'un comité d'experts techniques mandatés n'aura pas rendu son rapport sur la composition des matériaux à son bord. Début août, le groupe d'experts mandatés estime que ce démantèlement occasionnera 210 tonnes de produits dangereux. Les experts donnent le feu vert à l'opération, à condition que le chantier se débarrasse de ces matériaux sans provoquer aucun danger.
Les organisations écologistes Greenpeace et Corporate Accountability Desk accusent ces mêmes experts d'avoir mené une inspection "hâtive" du navire. Selon Greenpeace, le paquebot contiendrait plus de 900 tonnes d'amiante, autres matériaux cancérigènes et métaux lourds. Après avoir achevé toutes les formalités requises, le paquebot devrait être prêt au démantèlement d'ici un mois, a indiqué mercredi un responsable du port d'Alang.
"Vive le France, vive la France !"
La polémique sur l'ex-France était née après celle qui a porté pendant des mois sur l'ex-porte-avions français Clemenceau, qui devait être démantelé et finir d'être désiamanté à Alang. Après des mois de bataille judiciaire, Paris avait finalement ordonné le 15 février le retour du Clemenceau qui faisait route vers l'Inde, après que la plus haute juridiction administrative française eut ordonné la suspension de son transfert vers Alang.
Construit par les Chantiers de l'Atlantique, le France fût mis à l'eau en 1960, en présence notamment de milliers de spectateurs. Le général de Gaulle déclare alors : "Et maintenant, que France s'achève et s'en aille vers l'Océan pour y voguer et servir ! Vive le France, vive la France !". Ce paquebot de luxe, fleuron de la marine commerciale française, commence à connaître des problèmes de rentabilités trois ans seulement après sa mise en service, en 1965.
Pendant quatre ans, le France sombre dans l'oubli
L'arrivée sur le marché des croisières de luxe du Queen Elizabeth II en 1969 n'arrangera rien aux affaires de la Compagnie Générale Transatlantique. Le 8 juillet 1974, après de nombreuses tergiversations et promesses non tenues, le France est désarmé. Les comités de soutien, les grèves et les pétitions n'y feront rien. Le navire, amarré au port du Havre pendant quatre ans, sombre peu à peu dans l'oubli.
Il est racheté en 1979 par la société Norwegian Caribbean Line pour 77 millions de francs et est rebaptisé Norway. Le paquebot est exploité pendant une vingtaine d'années, jusqu'à l'explosion d'un de ses quatre chaudières à Miami, le 25 mai 2003. La compagnie NCL décide alors d'abandonner le Norway au profit d'un navire plus récent et plus moderne, le Pride Of America, lui aussi victime d'une avarie. Le paquebot végète quelques temps en Malaisie, avant d'être renommé Blue Lady en janvier 2006.








