© AFPJusqu'ici, Günter Grass, prix Nobel de la littérature 1999, né en 1927 à Gdansk, anciennement Danzig, affirmait seulement avoir fait partie de la défense antiaérienne en 1944 avant d'être fait prisonnier par les Américains jusqu'en 1946. Dans un entretien accordé samedi au quotidien Frankfurter Allgemeine Zeitung (FAZ), il a finalement confié avoir été membre de la division "Frundsberg" de la terrible unité d'élite du régime nazi des Waffen-SS, dans les derniers mois de la guerre. Il avait alors 17 ans.
L'écrivain révèle dans un "livre souvenirs" (sortie mercredi - "Beim Häuten der Zwiebel", soit "En épluchant les oignons"), son expérience de la Seconde guerre mondiale. "Mon silence, au fil de toutes ces années, est l'une des raisons pour lesquelles j'ai écrit ce livre. Cela devait finir par émerger", dit-il dans l'interview.
"C'était avant tout un moyen de sortir ce trou"
A la fin de la guerre, Grass était devenu un militant pacifiste de premier plan. Il dit s'être porté volontaire dans l'armée comme moyen pour rompre avec sa famille et son lieu de vie. "Pour moi, c'était avant tout un moyen de sortir de là. De ce trou, de ma famille", dit-il au FAZ. "Je voulais mettre fin à cette situation et c'est pourquoi je me suis fait enrôler dans l'armée".
"Il en était ainsi pour beaucoup d'hommes de ma génération", ajoute-t-il. "Nous servions dans l'armée et soudain, un an plus tard, l'ordre d'intégration était sur la table. Et alors j'ai compris, probablement pas avant d'être à Dresde, que c'était les Waffen-SS".
Vive émotion en Allemagne
L'écrivain proche de l'ancien chancelier Willy Brandt a suscité une vive émotion en Allemagne et dans les pays voisins. Dans une interview accordée au quotidien à grand tirage Bild Zeitung, paru lundi, le prix Nobel de la paix Lech Walesa a demandé à l'écrivain allemand de rendre sa distinction de citoyen d'honneur de la ville polonaise de Gdansk, ex-Dantzig, où vivait avant-guerre une forte communauté allemande et qui avait servi de prétexte aux nazis pour attaquer la Pologne en 1939. "Si l'on avait su qu'il était dans la SS, il n'aurait pas reçu cette distinction. Le mieux serait qu'il y renonce de lui-même".
L'écrivain s'est dit personnellement blessé par ces critiques. "Il y a certainement là une tentative de certains pour faire de moi une persona non grata. J'ai eu à sentir sur moi, soixante ans durant, cette souillure, et je l'ai éprouvée comme une souillure, et j'ai essayé d'en tirer les conséquences. Et cela a correspondu à mon comportement par la suite en tant qu'écrivain et en tant que citoyen", a déclaré Günter Grass ce lundi.
D'après AFP
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