La France garde de très mauvais souvenirs de ses interventions précédentes sous mandat de l'ONU au Liban. En octobre 1983, l'attentat contre l'immeuble Drakkar, qui abritait à Beyrouth le quartier général du contingent français de la force multinationale chargée d'assurer la paix après l'invasion israélienne et les combats contre l'OLP, avait tué 58 parachutistes. Il avait été attribué à l'époque aux milices chiites qui formaient l'embryon de ce qui deviendra le Hezbollah. Deux ans plus tard, en pleine guerre Iran-Irak, Paris fut encore victime de son soutien à Saddam Hussein avec l'enlèvement de plusieurs de ses ressortissants, les derniers n'étant libérés qu'en 1998.
Les militaires français ont également en travers de la gorge leur intervention en Bosnie dans le cadre de la Force de protection des Nations unies entre 1992 et 1995. Paralysés par un mandat flou, ils furent humiliés, virent notamment plusieurs de leurs soldats enlevés et ligotés par les Serbes en 1995 et perdirent au total près de 80 hommes. Sans oublier encore les difficultés rencontrées par la Force licorne en Côte d'Ivoire.
" Pour quoi faire et comment"
Conséquence de ces déboires passés : la France, pourtant à l'origine de la résolution 1701 de l'Onu du vendredi 11 août qui prévoit le renforcement de la Finul, présente au Liban depuis 1978, hésite. Elle a tout d'abord hésité à en prendre la tête, et hésite maintenant à lui fournir un contingent important. Elle souhaite notamment la mise noir sur blanc d'un mandat clair et précis pour l'établissement de la zone tampon au Liban-Sud, où ni Tsahal ni le Hezbollah ne devront être présents, et dans quelles conditions l'usage de la force sera autorisé.
En annonçant jeudi soir sa décision d'assumer la direction, Jacques Chirac a ainsi rappelé "que la mission, les règles d'engagement et les moyens de cette force doivent encore être précisés, de même que la répartition des contingents qui doit refléter l'engagement de toute la communauté internationale" -allusion à la présence de pays européens et musulmans. "La question, ce n'est pas combien et quand. C'est pour quoi faire et comment. Une mission floue risquerait d'entraîner une catastrophe" résumait auparavant Michèle Alliot-Marie, la ministre de la Défense.
Syrie et Iran, les épouvantails
Pour l'instant, 200 soldats français participent à la Finul au Liban-Sud, composée de 2 000 hommes et dirigée par le général Alain Pellegrini. La résolution 1 701 prévoit de déployer au total environ 15 000 militaires. L'Onu, estimant qu'il faudra plusieurs mois pour arriver à ce chiffre, plaide donc pour l'envoi rapide d'au moins 3 500. Et pousse surtout la France à entériner son rôle de leader, en lui demandant au total jusqu'à 5 000 hommes. "La position de la France fera boule de neige", négativement ou positivement, indiquaient des sources diplomatiques au Monde daté de vendredi. Or Jacques Chirac n'a annoncé jeudi que la participation symbolique supplémentaire de 200 hommes -tout en maintenant il est vrai le soutien apporté par ceux (1 700) basés au large du Liban pour l'opération Baliste.
Parmi les raisons évoquées par les diplomates pour expliquer ce pas en arrière, outre un mandat encore flou, "la crainte de représailles de la Syrie et de l'Iran". La France est en conflit avec la première pour l'enquête sur l'assassinat de l'ancien Premier ministre libanais Rafic Hariri. Et avec le second, elle est en première ligne sur le dossier du nucléaire. Or les deux pays, soutiens financiers et militaires du Hezbollah, auraient la possibilité de mener la vie dure aux soldats français via la milice chiite. Et le Parti de Dieu devrait garder tout son attirail militaire. Son désarmement n'incombe en effet pas à la Finul, mais à l'armée libanaise. Soit un vœu pieux pour la plupart des observateurs.
(photo : un véhicule de la Finul)







