© AFPLes révélations de Günter Grass n'en finissent plus d'alimenter la controverse outre-Rhin. Le dirigeant historique du syndicat Solidarité et prix Nobel de la Paix, Lech Walesa, a annoncé vendredi qu'il envisageait de renoncer à sa citoyenneté d'honneur de la ville de Gdansk, afin de ne pas partager ce titre honorifique avec l'écrivain allemand. Le prix Nobel de littérature 1999 n'a en effet dévoilé que la semaine dernière avoir brièvement appartenu aux Waffen-SS en 1945.
"Il faut que cette situation soit éclaircie. Sans explications, je renoncerai moi-même à la citoyenneté, je ne pourrai pas rester en compagnie de M. Grass", a déclaré Lech Walesa. "Il me sera difficile de tendre la main à un homme des SS qui a contribué à la mort de mon père et d'autres gens, à la destruction de Gdansk." Dans une interview à la télévision publique ARD, jeudi soir, l'écrivain a déclaré qu'il ne renoncerait pas de lui-même à cette citoyenneté. Son roman le plus célèbre, Le Tambour, retrace d'ailleurs l'histoire difficile de la cité dans l'entre-deux-guerres.
Geste de réconciliation
La Fédération des expulsés allemands (BdV) a également appelé Günter Grass à verser la totalité des recettes issues des ventes de son autobiographie aux victimes du nazisme en Pologne, "comme geste de réconciliation", a estimé la présidente de la BdV, Erika Steinbach.
L'écrivain allemand Günter Grass a évoqué longuement jeudi soir dans une interview à la télévision son "aveuglement" de très jeune Allemand pour le régime nazi et Adolf Hitler, en assurant qu'il "n'avait pris part à aucun crime" dans la Waffen SS. Cette phase honteuse "était enfouie en moi" et "m'a toujours obsédé", a-t-il dit, reconnaissant qu'il en parlait "très tard ou trop tard". Le désir d'être "un héros a peut-être joué un rôle" dans l'engagement militaire, mais aussi la volonté de fuir "l'étroitesse du logement familial", a dit l'écrivain engagé depuis soixante ans à gauche et proche du Parti social-démocrate (SPD).
Autobiographie épuisée en librairie
Le cinéaste allemand Volker Schlöndorff, qui a porté à l'écran Le Tambour, a quant à lui pris la défense du prix Nobel de littérature. Dans "Une lettre à un ami" publiée par le quotidien Tagesspiegel de jeudi, Schlöndorff écrit qu'il a bien fait de "se libérer" en se confessant. Salman Rushdie a également affirmé qu'il gardait son amitié à l'écrivain allemand, établissant une comparaison entre son cas et celui de Louis-Ferdinand Céline. De plus, a relevé Rushdie, Grass "n'a jamais caché qu'il venait d'un milieu nazi". Son long silence sur son engagement en 1944 ne relèverait donc pas de "l'hypocrisie", mais d'une "dissimulation partielle" aujourd'hui réparée.
Parue mercredi en Allemagne, en Autriche et en Suisse, l'autobiographie de Günter Grass (En épluchant les oignons) était déjà quasiment épuisée en librairie jeudi. L'ouvrage ne devait initialement être publié que le 1er septembre, mais sa maison d'édition a décidé mercredi d'avancer la publication en raison du scandale suscité par les aveux de l'écrivain.
D'après AFP
(Photo AFP)
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