Le Yasukuni, sanctuaire de la discorde

Par Par Fabrice AUBERT, le 10 août 2006 à 06h45 , mis à jour le 29 août 2006 à 09h45

Rendant hommage aux Japonais morts pour leur pays, le Yasukuni vénère aussi des criminels de guerre. Le Premier ministre a prévu de s'y rendre, à titre "individuel", aux alentours du 15 août, date de la capitulation en 1945. De quoi raviver les tensions avec la Chine et la Corée du Sud, victimes du Japon impérial au siècle dernier.

[Expiré] [Expiré] japon yasukuni sanctuaire © AFP

QU'EST-CE QUE LE YASUKUNI ?
Il s'agit d'un sanctuaire patriotique, de rituel shintoïste, installé à Tokyo. Construit en 1869, il honore les "âmes" de plus de deux millions de Japonais - civils ou militaires- morts pour la patrie, la plupart pendant la Seconde Guerre Mondiale. Parmi eux, quatorze criminels de guerre, condamnés par les Alliés, y ont été enregistrés en 1978 dans la discrétion.

QUE REPRESENTE LE 15 AOUT ?
Il s'agit de l'anniversaire de la capitulation japonaise en 1945. Depuis, le Japon rend chaque année à cette date hommage, aux soldats décédés pendant la Seconde Guerre Mondiale, y compris donc aux criminels de guerre ajoutés en 1978.

POURQUOI LE YASUKUNI PROVOQUE-T-IL LA POLEMIQUE ?
L'enregistrement des quatorze criminels de guerre est très mal perçu par la Chine et la Corée du Sud, victimes du Japon impérial et nationaliste lors de la première moitié du XXe siècle. De violentes manifestations anti-japonaises ont ainsi eu lieu en avril 2005 en Chine (cliquez ici pour lire notre article).

Cette colère redouble d'intensité lors de visites de personnalités japonaises officielles au monument. L'Empereur Hirohito avait mis fin à ses pèlerinages après l'enregistrement des criminels de guerre tandis que Akihito, l'actuel souverain, ne s'y est jamais rendu. Mais ce n'est pas le cas du Premier ministre en exercice, Junichiro Koizumi, et de son ministre des Affaires étrangères, Shinzo Abe, favori pour lui succéder le mois prochain (voir ci-dessous).

QUELLE EST L'ATTITUDE DU PREMIER MINISTRE KOIZUMI ?

TF1/LCI japon koizumi yasukuni
Koizumi lors de sa visite en 2005- AFP
Lors de la campagne électorale de 2001, il avait promis de visiter, comme certains de ses prédécesseurs, le Yasukuni un 15 août, pour rendre son pèlerinage encore plus marquant et ainsi satisfaire le camp nationaliste.

Depuis sa prise de fonctions, il s'est bien rendu sur place tous les ans, mais jamais en ce jour symbolique. Il a notamment souligné qu'il s'agissait d'une affaire de "coeur", de "décision individuelle", et non d'une position officielle qu'il souhaitait imposer à son peuple.

QU'A PREVU DE FAIRE KOIZUMI CETTE ANNEE ?
Comme il quittera son poste en septembre, il s'agit de sa dernière possibilité de visiter le monument un 15 août et de réaliser ainsi sa promesse électorale. Il a pour l'instant annoncé que son hommage aurait lieu entre le lundi 14 et le dimanche 20 août, sans préciser le jour exact. Il laisse donc planer le suspense sur un pèlerinage effectué le 15 août.

QUELLE EST LA POSITION DES JAPONAIS SUR LE YASUKUNI ?
L'opinion publique et certains dirigeants commencent à prendre leurs distances avec le sanctuaire. Selon un sondage du quotidien Nikkei publié début août, le soutien populaire aux

visites du chef du gouvernement s'est effondré : seuls 28% des Japonais y sont désormais favorables, contre 49% en juin, alors que 53% les désapprouvent, contre seulement 37% en juin. Selon les politologues, ils ont été influencés par les dernières révélations de la presse, faisant état de l'hostilité de Hirohito à l'inscription des criminels de guerre au Yasukuni.

LE YASUKUNI AURA-T-IL UN ROLE DANS LA SUCCESSION DE KOIZUMI ?
Le successeur de Koizumi à la tête du Parti libéral-démocrate (PLD), le grand parti de la droite nippone, sera connu le 20 septembre prochain. Il deviendra automatiquement Premier ministre.

Outre Shinzo Abe, le principal prétendant est le ministre des Finances Sadakazu Tanigaki. Or ce dernier défend une thèse opposée au chef de la diplomatie, à la réputation de 'faucon". Partisan d'un rapprochement avec la Chine, Sadakazu Tanigaki a par exemple clairement annoncé qu'il "s'abstiendrait de visiter" le sanctuaire s'il était élu, afin de tenir compte de "l'environnement international". Shinzo Abe cherche donc à éviter que la question du Yasukuni ne joue un rôle central dans la course à la succession.

(photo d'ouverture afp-archives : le Yasukuni)

Par Par Fabrice AUBERT le 10 août 2006 à 06:45
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3 Commentaires

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  • Fred, le 11/08/2006 à 11h41

    Pour M. J. Yves, quand on y connait rien le mieux c'est de se taire. La Corée du sud est un de ces rares pays qui n'a jamais crée de guerre expansionniste mais au contraire en a très souvent été victime

  • Johanna, le 11/08/2006 à 09h27

    Les crimes de guerre japonais de la seconde guerre mondiale et même d'un peu avant sonttrès mal connus en Europe et n'ont rien à envier aux atrocités nazies. Alors que l'on s'indignerait d'un tel pélerinage s'il avait lieu à la gloire de soldats SS, ici presque aucune réaction. Toujours 2 poids 2 mesures...

  • J-Yves, le 10/08/2006 à 20h12

    La chine et la coree ont eux aussi connu des dictateurs, des bouchers durant toute leur histoire. Bizarre. ces noms n'ont pas ete rayes des livres. Pourquoi le japon devrait-il faire ? C'est leur passe, leur probleme, ce n'est pas a nous de leur dire comment il faut cuire leur poisson.

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