Les propos ambigus du pape sur l'islam

le 13 septembre 2006 à 15h51 , mis à jour le 13 septembre 2006 à 20h22

A l'occasion de son voyage en Allemagne, Benoît XVI s'est s'aventuré sur le terrain délicat des relations avec l'islam.

TF1-LCI - Le pape Benoît XVI, en 2006Le pape Benoît XVI, en 2006 © TF1-LCI

Benoît XVI n'a pas axé son pontificat sur le dialogue interreligieux. Depuis son accession à la tête de l'Eglise catholique, il ne s'était d'ailleurs jamais penché publiquement de manière claire sur l'islam.

Mardi, au lendemain du 5e anniversaire des attentats du 11-Septembre, il a donc pour la première fois exprimé sa pensée. Devant des universitaires et des étudiants de Ratisbonne, dans le Sud de l'Allemagne, où il effectue un voyage depuis samedi, il n'a pas hésité à condamner entre les lignes "la Djihad" et les "conversions passant par la violence".

"Aucune contrainte en religion"

S'appuyant sur les commentaires d'un professeur d'université, le pape a surtout établi une distinction claire entre le christianisme et l'islam dans le domaine des rapports entre la raison et la foi. "Pour la doctrine musulmane, Dieu est absolument transcendant. Sa volonté n'est liée à aucune de nos catégories, pas même celle de la raison", a-t-il cité, reprenant la phrase du Coran : "Aucune contrainte en religion". A l'inverse, faut-il lire dans son raisonnement, la pensée chrétienne, emprunte de philosophie grecque, refuse de "ne pas agir selon la raison", ce qui est "contraire à la nature de Dieu".

"Montre-moi ce que Mahomet a apporté de nouveau, et tu ne trouveras que des choses méchantes et inhumaines, comme son ordre de diffuser par les moyens de l'épée la foi qu'il professait", a ajouté Benoît XVI, citant sans se l'approprier une phrase d'un dialogue du XIVe siècle dans lequel un empereur byzantin s'adresse à un "persan cultivé".

"Radicaliser les musulmans"

Même si Benoît XVI a pris soin de préciser au cours de son discours théologique qu'il empruntait ses mots à d'autres, sa réflexion a suscité de nombreux commentaires. "Le pape a évoqué le concept de 'guerre sainte' pour marquer la différence entre le christianisme et l'islam", interpréte le Frankfurter Allgemeine Zeitung. Expert reconnu de l'islam, Gilles Kepel pense, dans un entretien au journal italien La Repubblica, que Benoît XVI "a tenté d'entrer dans la logique du texte coranique". Mais, selon l'auteur de "Djihad", les conséquences sont "risquées, car le discours pourrait radicaliser une partie de la communauté musulmane". Plus affirmatif, le théologien contestataire Hans Küng, cité par l'agence DPA, estime que "ces déclarations ne seront sûrement pas bien accueillies chez les musulmans et nécessitent d'urgence une explication."

Mardi soir, le nouveau directeur de la salle du presse du Saint-Siège, le père Federico Lombardi, est intervenu auprès des journalistes pour expliquer que "le pape ne (voulait) pas donner une interprétation de l'islam dans le sens violent". Mais selon des vaticanistes, le pape a peut-être voulu poser des conditions à un dialogue avec les musulmans, à quelques semaines d'un voyage prévu du 28 au 30 novembre en Turquie.

Les musulmans américains protestent

La présidente d'une importante organisation islamique américaine, Dr Ingrid Mattson, récemment élue à la tête de l'Islamic Society of North america (ISNA), a estimé mercredi que les critiques du pape Benoît XVI sur l'Islam était "inexactes et opportunistes". Le Pape "prend avantage de l'actuel contexte politique pour tenter de marquer des points religieux", a-t-elle poursuivi ajoutant : "ce n'est pas l'époque pour entrer dans ce genre de compétition (...). L'objectif des leaders religieux aujourd'hui doit être de conduire leurs communautés vers de meilleures et plus hautes valeurs".

D'après AFP

(photo d'archives : Benoît XVI)

le 13 septembre 2006 à 15:51
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2 Commentaires

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  • Marc, le 13/09/2006 à 16h46

    De toute façon, on n'a absolument rien le droit de dire sur l'Islam... sans risquer de déclencher de la part de ces joyeux et tolérants démocrates des vagues d'attentats et de manifestations hystériques, ou au minimu des hurlements de la LICRA, du MRAP et compagnie!

  • Kinan, le 13/09/2006 à 16h27

    Que demander d un pape qui n a jamais mis les pieds en terre sainte ? Pour ce qui est de la raison, l islam est une religion qui voue un culte du libre arbitre. Mais effectivement, Dieu est tout, contrairement à la religion du vatican, polythéiste ou l on dit "sainte marie MERE de Dieu" ... si y a un dieu, puis un fils de dieu qui est aussi un dieu, c est plus que du polythéisme, c est de la banalisation spirituelle. c est pourquoi le pape ne peut comprendre l universalité de Dieu et sa toute puissance dans l islam.

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